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Esclavage, jazz, naturalisme, écologie et émancipation : la Session de rattrapage

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La Session de rattrapage
La Session de rattrapage

Sélection. Retrouvez chaque samedi la sélection hebdomadaire des programmes de France Culture à écouter.

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Bonjour à toutes et à tous.

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20 ans après l’adoption de la "loi Taubira" reconnaissant la traite et l’esclavage comme crimes contre l’humanité, la semaine s'est ouverte sur la commémoration annuelle de ce drame en recevant notamment celle qui l'a portée, pour donner un sens politique, historique et collectif au souvenir. Une manière de se pencher sur notre rapport à la mémoire, mais aussi de penser l'aliénation et ses contrepoints. Car il est bien question d'une histoire française longue et douloureuse, sur laquelle repose l'établissement des puissances modernes, racontée en images et sons d'après la vie de personnages historiques auxquels il est bon de penser, comme Joseph, modèle noir fétiche des peintres romantiques, dont la trajectoire est révélatrice du statut et de la représentation des Noirs peu après l'abolition. Au-delà de la mémoire des faits, la question est aussi celle, plus générale et non moins essentielle, de savoir s'il est possible, voire souhaitable, de penser s'affranchir de ce qui emprisonne, retient et déchire ? Mais tout n'est pas qu'enchaînement ces derniers jours, tant France Culture a aussi posé un regard particulier sur ce que le poétique dénote de nos libertés, au cinéma par exemple, sujet de la compagnie des poètes de ce vendredi, ou encore en photographie, lorsque de tendres clichés d'inconnus au parc des Buttes-Chaumont à Paris nous racontent une histoire ashkénaze dans l'expression de visages anonymes. Signe qu'il est parfois possible de sourire, de voir et d'écouter, même lorsqu'on à rien à dire. Bonnes émissions ! Rémi Guezodje

COMPRENDRE

Judith Butler (2018)
Judith Butler (2018)
© Getty - SOPA Images

Questions de genre. 16 ans après la traduction en France de l'ouvrage clé Trouble dans le genre, écrit par la philosophe américaine Judith Butler, sa pensée est toujours aussi présente dans les revendications actuelles, du mouvement féministe à la woke culture, en passant par la lutte contre les inégalités. ( L'Invité(e) des Matins, 47 minutes)

Les Français savent-ils parler ? Qui n’a jamais ressenti la peur de s’exprimer devant un public ? Les mains moites, la voix qui tremble, les mots qui se cherchent et le… silence qui frappe, angoisse et nous fait perdre tous nos moyens. Il se murmure que les Français ne seraient pas à l’aise avec cet exercice, à l’inverse de leurs voisins européens, on peut même parler d’épreuve comme celle que tous les lycéens vont devoir affronter, dans quelques semaines, pour la première fois face à un jury pour le baccalauréat. ( La Temps du débat, 48 minutes)

De l'eau dans le gaz. Le Danemark a annoncé en décembre dernier la fin de l’exploitation de gaz naturel et de pétrole dès 2050. Mais pour d'autres, le gaz naturel est présenté comme un carburant "de transition". Alors, dans quelle mesure le gaz naturel liquéfié est-il compatible avec une transition énergétique ? ( Cultures Monde, 59 minutes)

APPRENDRE

Julien Bayou aux journées d'été des Verts à Pantin en août 2020
Julien Bayou aux journées d'été des Verts à Pantin en août 2020
© AFP - ALAIN JOCARD

Quelle place pour les verts en politique ? Souvent décrits comme idéalistes, divisés et dogmatiques, les militants écologistes peuvent paraître indéfinis dans l'échiquier politique. La politiste Vanessa Jérome a mené, de l'intérieur, une longue enquête pour mieux situer les militants verts. Rejointe à l'antenne par l'écrivaine Lucie Rico, récente lauréate du prix du roman d'écologie, elles tentent de faire sens de ce militantisme fondamental de notre époque. ( La Suite dans les idées, 41 minutes)

Et la Révolution inventa la gauche. La Révolution de 1789 marque l’acte de naissance de la gauche française. Depuis, le clivage gauche-droite anime, construit et structure la vie politique. Faire l'histoire des gauches pourrait alors mener à mieux situer ses valeurs comme ses oppositions. ( Le Cours de l'histoire, 52 minutes)

Résister par le jazz. Témoignant que le rythme musical est politique, le jazz garde toutefois des contours flous. Entre liberté et émancipation, comment pourrait-on le définir, et qu'est-ce que le mythique saxophoniste et compositeur John Coltrane a apporté à son histoire ? Cinquante minutes en compagnie du jazzman Raphaël Imbert, son saxophone, et John Coltrane en personne ! ( Les Chemins de la philosophie, 58 minutes)

(RE)DÉCOUVRIR

Photo prise par William Karel
Photo prise par William Karel
- © William Karel

Diaspora des cendres. "Aussi longtemps qu’on s’entend, qu’on partage, on vit ensemble" écrivait Simone Veil. Aujourd'hui, comment enseigner la Shoah alors que les témoins disparaissent ? Le documentariste William Karel utilise un procédé inédit pour créer une œuvre forte à partir de témoignages du désastre. ( Fictions/théâtre et cie, 1h45)

Miracle du naturalisme. Le photographe allemand Wolfgang Tillmans s'attache à travailler sur les limites du visible et la frontière à explorer entre intimité et critique sociale. Exposé en ce moment à la Chantal Crousel à Paris, il poursuit ses recherches où se mêlent l'abstrait et le concret, toujours fasciné par ce qu'il appelle le "miracle de la photographie", lorsque la lumière frappe les produits chimiques. Une ambiguïté chimique et théorique pour traiter les corps comme des paysages, et inversement. ( Par les temps qui courent, 42 minutes)

Soulier de satin. Le format du "Théâtre à la table" de la Comédie-Française permet de monter l'immontable : Le Soulier de satin de Paul Claudel et ses 12 heures de représentation. En compagnie d'Eric Ruf, qui dirige la première journée et de Didier Sandre, sociétaire et interprète de Don Rodrigue dans la quatrième. ( La Grande table culture, 28 minutes)

LA CITATION

La citation de la semaine est de la chanteuse, écrivaine et comédienne Brigitte Fontaine, venue dans le Réveil Culturel parler du bonheur, du temps, de la douleur et du travail qu'elle y consacre, des frasques de la "vieillerie" et de l'écriture aussi :

Décortiquer la douleur et mettre des mots dessus, c’est introspectif bien sûr. Mais quand j’écris, j’invente des histoires. Je n’aime pas l’autoportrait. Tout est inventé. (...) On ne peut pas dire que le fait d’écrire me rende heureuse. Le bonheur est trop long, ça prend du temps. Ecrire est un geste qui me procure plutôt une euphorie, un contentement. C’est un effort joyeux.

Terminons cette session de rattrapage avec un peu d'espoir. Celui des habitants de Saint-Dizier, une petite ville de Haute-Marne entre Nancy, Troyes et Reims, qui a transformé tous ses panneaux publicitaires en œuvres d’art. À la place des réclames, des reproductions de Cézanne, Van Gogh, Hokusai, Manet, Delacroix, Botticelli… La ville devient un musée à ciel ouvert pour contourner la morosité ambiante où les habitants constatent "qu'il faut quand même que le beau existe". À la semaine prochaine !