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Esthétique de la misère, misère de l'esthétique

Par
Marcello Fonte dans «Dogman», du réalisateur italien Matteo Garrone.
Marcello Fonte dans «Dogman», du réalisateur italien Matteo Garrone.
- ARCHIMEDE S.r.l. - LE PACTE S.a.s

Cannes 2018. La misère sociale au cinéma, c’est souvent choisir entre brutalité stylisée et sensiblerie réaliste. Illustration, avec Dogman, de l’Italien Matteo Garrone, et Capharnaüm, de la Libanaise Nadine Labaki, que d’aucuns proclament déjà comme la Palme d’or.

Cannes, c'est ce lieu où parfois, en robe de soirée ou en smoking, on gravit le tapis rouge pour assister au spectacle de la misère du monde, avec comme perspective de se faire, au choix, brutaliser ou émouvoir. Côté brutalité, c'est Matteo Garrone, le réalisateur de Gomorra, Reality et Tale of Tales, qui a tiré le premier avec Dogman, l'histoire, dans une cité très esthétiquement décatie du Sud de l'Italie, d'un toiletteur pour chien, individu malingre et affable perdu dans un monde de brutes intimidantes. Porté par un attachant acteur, qui s'inscrit dans la plus antique tradition du cinéma transalpin, Marcello Fonte, candidat sérieux demain au prix d'interprétation, le film verse cependant dans la lourde métaphore sur la bestialité humaine opposée à l'humanité des chiens, et ne décrit le drame d'un homme que pour l'y enfoncer encore plus. 

"Capharnaüm", un espoir malheureusement saboté

On nourrissait plus d'espoir avec Capharnaüm, de la Libanaise Nadine Labaki, la dernière des trois seules femmes à concourir cette année pour la Palme d'or, trophée suprême qu'en raison de son genre et de son succès au Marché du Film, la rumeur cannoise lui promet demain soir. Il y a de très beaux moments dans cette histoire improbable d'un garçon de 12 ans qui attaque ses parents en justice pour lui avoir donné la vie, une plongée dans les bas-fonds de Beyrouth, où la concurrence de la misère fait rage, entre réfugiés palestiniens, nouveaux arrivants syriens et sans-papiers de toutes les origines, tous exploités par une société impitoyable. Nadine Labaki sait remarquablement filmer à hauteur d'enfant, avec une sécheresse quasi documentaire qui pourrait elle aussi valoir un prix à son jeune interprète, buté et colérique, Zain Al Rafeea. Malheureusement, elle sabote son film dans les 20 dernières minutes, versant dans le sirupeux et la résolution artificielle de son intrigue. Comme si elle ne faisait pas confiance dans sa capacité à nous émouvoir sans retomber dans les ficelles les plus éculées du mélodrame social. Dommage...

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