L'écrivain Camille de Toledo plaide pour qu'on accorde la personnalité juridique à la Loire, pour mieux protéger les intérêts de l'environnement.
L'écrivain Camille de Toledo plaide pour qu'on accorde la personnalité juridique à la Loire, pour mieux protéger les intérêts de l'environnement.

"Il faut considérer la Loire comme une personne"

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Et si la Loire avait bientôt les mêmes droits que vous ?

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Donner des droits juridiques à la nature : c’est le combat d’écrivain de Camille de Toledo, qui a récemment pris part aux “auditions du parlement de Loire”, à Tours, une expérience qui visait à faire état des revendications pour accorder une personnalité juridique au fleuve.

L’espoir, c’est de changer le rapport de force. Permettre à des entités naturelles de se défendre en leur nom en justice. Camille de Toledo, écrivain

Pendant quelques jours, des juristes, militants, écologues, riverains, ont pris la parole pour faire un constat : donner un statut juridique au fleuve lui permettrait de défendre ses intérêts, face à des projets de construction, des épisodes de pollution ou encore les effets des changements climatiques.

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Des précédents en Colombie, en Nouvelle-Zélande, au Canada

Partout dans le monde, le sujet émerge. Fin avril, des zones humides ont déposé plainte contre l’État de Floride pour un projet de construction. Ces dernières années, plusieurs fleuves ont obtenu le statut de personne juridique : le Río Atrato, en Colombie, puis le Whanganui, en Nouvelle-Zélande, doté du statut d’“être vivant unique”, ou encore la rivière Magpie, au Québec. Ce qui fait constater à Camille de Toledo un “soulèvement légal terrestre”.

L’auteur a retranscrit ces auditions dans Les auditions du parlement de Loire (aux éditions Les liens qui libèrent), où il a apporté son expérience de la traduction.

Ce sont des formes de vie qui ne parlent pas comme nous. Et il faut, en quelque sorte, des processus de traduction, pour parler depuis leurs intérêts, leurs valeurs propres. Camille de Toledo, écrivain

Mais l'écrivain a aussi apporté son expertise des fictions juridiques, puisque le droit n’est rien d’autre qu’une convention.

Notre monde humain est tissé de fictions, de récits, de narrations institutionnelles. Je prends quelques exemples : l’ensemble de l’appareillage parlementaire, la Nation, sont des fictions. De la même manière, à la fin du XIXe siècle, il y a eu également des fictions d’entreprises. Camille de Toledo, écrivain

Dans le même ordre de comparaison, l'auteur cite les droits donnés à des entreprises ou la notion de personne morale.

Aller plus loin que le principe de préjudice écologique

Depuis 2016, le principe de préjudice écologique est inscrit dans la loi, tandis qu’une loi de 1992 sur la gestion de l’eau en 1992 reconnaissait ce bien comme “patrimoine commun de la nation”. Mais selon l’écrivain, aller plus loin en accordant une personnalité juridique à des éléments naturels permettrait de changer notre rapport à la nature. 

On ne se rapporte pas de la même manière à une chose, à un objet, et à une personne. À partir du moment où on est face à une grande personne, tout d’un coup, on va être face à quelqu’un plutôt que quelque chose. L’espoir, c’est de changer le rapport de force pour qu’il y ait une meilleur balance des pouvoirs, de telle façon que les intérêts humains associés à la nature soient mieux défendus. Et notamment, on parle des intérêts des générations futures. Camille de Toledo, écrivain