Publicité

Et si on supprimait le ministère de la Culture ?

Par
La Bobine, le rendez vous culturel participatif à Grenoble
La Bobine, le rendez vous culturel participatif à Grenoble
© Radio France - Cécile de Kervasdoué

Reportage. La culture n’apparaît pas dans les débats de cette campagne présidentielle, mais cela ne l'empêche pas de se développer sur le terrain. Loin des politiques publiques et des grandes entreprises privées, les artistes et les citoyens font la politique culturelle. Comme à Paris ou Grenoble.

Aujourd'hui, la culture vit loin des politiques. C'est la réponse au désengagement financier de l'Etat et à la diminution des subventions, ainsi qu'une adaptation à la révolution numérique. Le visage de la culture en France a muté, mais n'a rien perdu de son dynamisme. C'est d'ailleurs ce que révèle le Livre blanc des États Généreux de la Culture qu'a remis le magazine Télérama il y a quelques jours au ministère de la Culture et aux candidats à l'élection présidentielle.

L'Artiste est devenu un entrepreneur

Poids lourd de notre économie, avec près de 700 000 emplois et au moins 83 milliards d'euros de chiffre d'affaire par an, dont seulement 22 milliards d'argent public, le secteur culturel englobe aujourd'hui 160 000 TPE, auxquelles il faut ajouter une foule d'autoentrepreneurs et d'artistes indépendants. Avec la crise, les artistes ont laissé de côté le principe de l'intermittence ou rien et le réflexe de la recherche de subventions.

Publicité

Reportage au 100ecs, la première fabrique culturelle de Paris, lancée en 2008 à la place d'un ancien local EDF de 2000 m2

Pour afficher ce contenu Youtube, vous devez accepter les cookies Publicité.

Ces cookies permettent à nos partenaires de vous proposer des publicités et des contenus personnalisés en fonction de votre navigation, de votre profil et de vos centres d'intérêt.

Pour vivre, les artistes diversifient leur activité dans des domaines plus utilitaristes et donc rémunérateurs. Ils suivent donc des formations d'entrepreneurs, cherchent des financements via des fonds privés ou des campagnes participatives en ligne et se regroupent dans des fabriques culturelles. Dans ces lieux, très à la mode, qui prennent la forme d'espace de coworking, d'incubateurs, de couveuses ou de coopératives, ils trouvent des espaces de travail, la possibilité comme dans une start up de se développer en réseaux, et surtout une chance de résister aux grandes entreprises privées du secteur.

Le poids grandissant des géants culturels privés

Aujourd'hui, le paysage culturel français est tiraillé entre des acteurs publics qui ont de plus en plus de mal à soutenir la culture des territoires et de grandes entreprises privées de plus en plus concentrées, qui tentent de mettre la main sur toute la chaîne culturelle : de la création, à la diffusion.

Avec Fimalac, Vivendi, la holding LNEI du banquier Matthieu Pigasse ou l'américain Live Nation, la culture s'industrialise, au risque de devenir plus chère d'accès et surtout plus uniforme. D'où le sursaut opéré par de nombreux citoyens, qui, localement, sans en faire de publicité et surtout sans aide publique, organisent des rendez-vous culturels de manière autonome.

A LIRE Matthieu Pigasse étend son empire culturel

Le citoyen, acteur de la diversité culturelle

C'est particulièrement le cas à Grenoble. La ville, où la culture des squats d'artistes est très ancrée, est devenue un laboratoire qui réinvente une vraie culture participative. Finie l'idée que la culture savante venue d'en haut doit venir irriguer grâce à l'argent public les territoires oubliés.

La Bobine propose par exemple depuis plus de 10 ans des concerts et des spectacles gratuits ou à moins de 10 euros. La particularité est que ce sont 70 bénévoles de tous les milieux qui se relaient en commission pour décider de la programmation.

A Grenoble, "La Bobine", institution de la culture alternative

1 min

Et ces méthodes inspirées du concept d'empowerment américain essaiment bien au-delà de la scène alternative. Il y a 11 ans, Patrick Souillot, chef de l'orchestre universitaire de la ville, a ainsi décidé de se passer de l'aide du ministère de la Culture pour monter des opéras pour tous via "la Fabrique Opéra". Et il est pour le moins remonté à l'égard de la rue de Valois !

Pour afficher ce contenu Youtube, vous devez accepter les cookies Publicité.

Ces cookies permettent à nos partenaires de vous proposer des publicités et des contenus personnalisés en fonction de votre navigation, de votre profil et de vos centres d'intérêt.

Je suis pour la suppression du ministère de la Culture. Eh oui, parce l'on arrive dans un système qui est pire que celui de l'URSS ! C'est-à-dire qu'il y a une poignée de personnes dans un ministère qui décide de ce qui est culturel et de ce qui ne l'est pas. Par exemple, moi, je n'ai jamais réussi à être reçu à la DRAC Rhône-Alpes. Et tout est comme ça ! Alors qu'il y ait un ministère du Patrimoine, oui. Un ministère de la Culture ? Foutez la paix à ceux qui font la culture, qui ont envie de culture, je vous promets qu'ils vont s'organiser pour la transmettre et pour la faire vivre. On a pas besoin de mecs dans des bureaux qui décident de qui va faire quoi, qui a des subventions et toi tu es le fils de machin, et donc tu es protégé, etc. C'est de la science-fiction ce que je vois au quotidien ! Avec les budgets en France, on devrait avoir une vie culturelle mille fois supérieure à l'Allemagne !

Le concept de la Fabrique Opéra est un opéra coopératif qui se monte avec quelques professionnels, mais surtout des élèves de conservatoire et de lycées professionnels, dans une grande salle populaire type Zénith. Les trois quarts du financement viennent de la billetterie et l'objectif est de diffuser l'art lyrique. Un opéra sans subventions donc, malgré un budget de 500 000 euros : une révolution dans le milieu, mais qui séduit de plus en plus. Chaque année, des opéras se fabriquent sur ce système participatif à Orléans, Bordeaux, Angoulême et bientôt à Mulhouse et Avignon.