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Et vous, de quoi rêvez vous en pleine campagne électorale ?

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Un dimanche par mois à Nanterre des cueilleurs de rêves demandent aux habitants: "vous rêvez de quoi la nuit?"
Un dimanche par mois à Nanterre des cueilleurs de rêves demandent aux habitants: "vous rêvez de quoi la nuit?"
© Radio France - Cécile de Kervasdoué

Quels sont les songes des citoyens en périodes électorales ? Depuis trois ans, l'écrivain Lancelot Hamelin, en résidence au Théâtre Nanterre-Amandiers, recueille, avec un collectif de "cueilleurs de rêves", les songes des Nanterriens.

Imaginez que l'on puisse voir les rêves des habitants d'une ville chaque nuit. Le contenu de ce magma onirique changerait-il selon l'actualité ? Pendant une période électorale par exemple, nos rêves parlent-ils de notre société ? Et dans la journée, ces songes ont-il une incidence sur les choix que nous faisons individuellement et collectivement ?

C'est avec ce genre de question que l'écrivain Lancelot Hamelin, en résidence depuis 3 ans au théâtre Nanterre-Amandiers, a constitué avec le comédien et metteur en scène Duncan Evenou un groupe de "cueilleurs de rêves". Un dimanche par mois, une vingtaine de bénévoles, parmi lesquels des artistes d'art contemporain, des comédiens, des chercheurs en urbanisme ou en sociologie, ou tout simplement des habitants de Nanterre, recueillent par écrit ou dans des enregistrement les récits de rêves des habitants :

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Récit d'une cueillette de songes à Nanterre

1 min

Interdiction d'interpréter les rêves !

C'est la première consigne de ce groupe. Les citoyens de Nanterre sont interrogés sur ce dont ils rêvent de manière factuelle, brute et donc exclusivement descriptive. Car l'idée du projet est de sortir les rêves du lieu où depuis près de 100 ans ils ont été cantonnés en Occident, à savoir la psychanalyse.

Les songes sont d'abord des histoires, propres à chacun et l'occasion ainsi de découvrir que selon les cultures d'origine des rêveurs, ils ont plus ou moins d'impact sur nos vies.

Nous, les Africains, nous n'avons pas les mêmes rêves. Chez nous, il n'y a pas de hasard, et le rêve a des conséquences sur nos décisions.

Voilà ce que raconte un Sénégalais croisé dans un grand magasin ouvert le dimanche. Avant son mariage, il a rêvé de tissus blanc, ce qui était de bonne augure pour son union. S'il avait rêvé de tonnerre, il ne se serait alors sans doute pas marié.

Duncan Evenou coordonne les groupes de "cueilleurs de rêves" comme ici dans le quartier prioritaire du Petit Nanterre
Duncan Evenou coordonne les groupes de "cueilleurs de rêves" comme ici dans le quartier prioritaire du Petit Nanterre
© Radio France - Cécile de Kervasdoué

Des rêves politiques ?

Depuis le mois de janvier dernier, des centaines de rêves ont été recueillis et les cueilleurs bénévoles notent des évolutions dans le contenu de ces rêves selon l'actualité.

Les rêves ici sont toujours très concrets. Ils parlent des factures, de remplir le frigo, de la difficulté matérielle de vivre. Au fur et à mesure de la campagne, ces rêves sont devenus de plus en plus violents et inquiétants.

Malika, "une cueilleuse"

Comme ce mécanicien algérien qui rêve qu'une grosse dame avec des cornes sur la tête le poursuit et qu'il s'enfuit dans un bateau à moteur en traversant la Méditerranée pour rejoindre "le bled".

Et après ?

L'idée après est de rendre leurs rêves aux habitants. Les retranscrire d'abord, puis réutiliser cette data onirique dans une oeuvre théâtrale, radiophonique, ou littéraire capable d'atteindre tous les Nanterriens, même dans les quartiers populaires.

Déjà, les cueilleurs se félicitent : le premier succès est d'avoir réussi en quelques mois à créer du lien entre les habitants de Nanterre et le Théâtre des Amandiers, dont le public reste encore malgré tout trop parisien.

Ce projet est une grande joie parce que bien sûr on ne sort pas indemne lorsqu'on entend un retraité algérien qui rêve que son ancien patron le poursuit en lui criant "viens ici l'Arabe !". Mais c'est aussi une immense joie de pouvoir partager des moments vrais avec des inconnus en passant par le rêve. C'est une façon de réinventer du collectif.

Duncan Evenou

La collecte de rêves à Nanterre se poursuit jusqu'aux élections législatives.