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États-Unis : des réseaux sociaux reflet des multiples tentatives d'empêcher le vote

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Le FBI enquête après que des supporters de Trump ont suivi le bus de campagne Biden/Harris au Texas
Le FBI enquête après que des supporters de Trump ont suivi le bus de campagne Biden/Harris au Texas
- Capture d'écran Twitter

#USA2020. A l'approche du scrutin de ce mardi, la tension est extrême entre supporters des deux camps. Les tentatives pour empêcher que le scrutin se déroule normalement se multiplient.

Une crainte ressort à l'approche du scrutin de ce 3 novembre : des scènes de violence, des débordements, pas de résultat définitif, ou un résultat qui ne serait pas accepté par le perdant. Bref, la nuit de mardi à mercredi s'annonce longue, avec au bout une incertitude sur le moment d'après. Dans ce contexte, les évènements de ces derniers jours sont autant de matière à préoccupation.

Le bus de campagne Biden/Harris a été poursuivi vendredi sur l'autoroute au Texas par plusieurs véhicules de supporters de Trump, dans une tentative d'intimidation. Ce qui a contraint les démocrates à annuler deux meetings. Des dizaines de sacs postaux ont aussi été retrouvés en Floride, abandonnés, contenant des milliers d'enveloppes de matériel électoral sensées être reçues par des électeurs voulant voter par correspondance.

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John Villasenor, expert à la Brookings Institution et professeur de politique à UCLA
John Villasenor, expert à la Brookings Institution et professeur de politique à UCLA
- John Villasenor

Cette campagne américaine est tellement hors norme que nous donnons la parole chaque semaine à un expert qui décrypte l'actualité politique sur les réseaux sociaux : John Villasenor, directeur de l'Institut de Technologie, Loi et Politique à UCLA (Université de Californie à Los Angeles), professeur et expert à la Brookings Institution.

Comment les réseaux sociaux réagissent-ils à toutes ces tentatives d'empêcher l'exercice de la démocratie ? 

Le Président Trump lui-même a relayé l'information au sujet du bus. Il a twitté son soutien envers ses supporters qui entouraient le bus de campagne Biden/Harris, écrivant "Ces patriotes n'ont rien fait de mal" :

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Demain et les jours suivants, on va voir beaucoup d'activité sur les réseaux sociaux, principalement pour contester le vote. Par exemple, je vois qu'au Texas le parti républicain a tenté de faire annuler devant la justice fédérale plus de 120 000 bulletins qui ont été déposés au bureau de vote drive-through de Harris, Texas (comté qui recouvre notamment la ville de Houston). La justice a tout d'abord rejeté la plainte au niveau local. Puis les plaignants républicains se sont adressés à la Cour Suprême. Et là aussi, la justice a finalement validé le vote ce lundi soir. 

Nous pouvons aussi craindre que le Président Trump se déclare vainqueur avant même que l'on ait les résultats officiels donnés par les télévisions.

À lire aussi : Trump, mauvais perdant ?

Au sujet du bus Biden/Harris, que dit un tel évènement, et comment est-il vu sur les réseaux sociaux ? 

L'atmosphère est très tendue. Et on remarque quelque chose ici : les autocollants de supporters qui sont habituellement sur les parechocs des voitures ("bumper stickers"). Cette année, il y en a très peu, voire pas du tout, car les gens ont peur d'afficher leur préférence, leurs opinions politiques, quelles qu'elles soient. Et sur les réseaux sociaux, on a ce genre d'évènements comme le bus qui est amplifié sur le net, ça met le feu aux poudres. Il n'y a en effet rien d'interdit à rouler dans sa voiture sur l'autoroute avec des drapeaux de soutien à tel ou tel candidat, comme a l'air de le dire Donald Trump dans son tweet. Mais si vous empêchez quelqu'un de rouler correctement sur la route, si ces supporters ont fait prendre des risques au conducteur du bus de la campagne de Joe Biden, alors là c'est illégal, ce n'est pas juste exprimer ses opinions politiques ! Sur les réseaux sociaux, certaines personnes qui voient ça peuvent très bien aller loin et vouloir faire pareil ailleurs.

Pensez-vous que les réseaux sociaux contribuent à ce genre d'évènements ? 

Je pense que les réseaux jouent un rôle, mais pas plus que les networks, car de toute façon les chaines de télé des grands networks ont repris aussi largement l'information et les images, ce qui est normal. Sauf que c'est une chose de donner l'info en tant que fait qui s'est produit, mais c'est une autre chose de suggérer que c'est quelque chose à faire, suggérer que d'autres gens devraient faire pareil. Et ça effectivement, cela arrive plus sur les réseaux sociaux.

Le fait que le Président ait mis en évidence cet évènement, et l'ait soutenu, qu'est-ce que cela signifie ? 

Bien sûr, cela amplifie les tensions déjà existantes. Tout le monde sera d'accord pour dire que cela va être une élection très tendue. Et le rôle de n'importe quel Président serait d'instaurer le calme et de tenter de calmer les choses. 

Le vote par correspondance est regardé à la loupe, car on note déjà des tentatives d'empêcher de voter.

Le Président Trump a toujours attaqué le vote par correspondance, l'accusant de permettre davantage de fraude. Il n'y a pas de preuve que c'est le cas. C'est même au contraire considéré comme une manière sûre et fiable d'organiser un scrutin. D'un autre côté, si vous regardez de manière très pragmatique, froide, vous voyez que dans cette élection, ce sont des activistes républicains qui trouvent des tactiques pour empêcher le vote.  Par exemple, en Pennsylvanie, un état qui n'est pas autorisé à décompter les bulletins par correspondance avant le matin du scrutin (donc cette année le 3 novembre). C'est une énorme différence par exemple avec l'état de Floride où l'on a déjà commencé à dépouiller et où l'on peut donc prévoir de connaître les résultats le soir même du scrutin. En Pennsylvanie, certains comtés ont même annoncé qu'ils ne dépouilleraient pas les courriers avant le lendemain du vote. Et il existe des statistiques qui disent qu'en Pennsylvanie, quand on commence à dépouiller les bulletins par correspondance, les démocrates gagnent du terrain car les électeurs démocrates sont plus enclins à voter par courrier. Donc, il est certain qu'il va y avoir des tentatives, notamment sur les réseaux sociaux, d'empêcher ce décompte, de geler ce décompte le plus tôt possible, d'annoncer des résultats en avance, pour favoriser un candidat républicain, en jouant sur le fait que le Président a estimé que les résultats devaient être annoncés le soir de l'élection, pas plus tard. Pourtant, aucune loi n'oblige à annoncer les résultats aussi tôt. Pour les élections présidentielles passées, plusieurs résultats ont été annoncés le lendemain matin, dans 7 ou 8 scrutins. Sans parler bien sûr de 2000 (course Bush/Gore) où il a fallu attendre la décision de la Cour Suprême. Donald Trump ne prévoit même pas d'attendre mercredi, jeudi ou vendredi ! Selon les médias, il va organiser une soirée à la Maison Blanche le 3 novembre au soir avec environ 400 invités. . . 

Que peut-on attendre des réseaux sociaux en cette fin de campagne ? 

Les réseaux sociaux vont jouer un rôle essentiel dans la réaction des gens. Va-t-il y avoir des manifestations ? Vont-elles rester pacifiques ?  Où auront-elles lieu ? Que disent les supporters ? Les vidéos virales ? Les réseaux ne vont pas influencer le résultat ou la rapidité de dépouillement, mais ils vont déterminer quelle direction prend le pays dans les jours suivant l'élection.