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États-Unis : Donald Trump a gagné en popularité auprès des électeurs ruraux, latinos et afro-américains

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Un partisan de Donald Trump, lors d'un meeting le 23 octobre 2020 à Pensacola, en Floride.
Un partisan de Donald Trump, lors d'un meeting le 23 octobre 2020 à Pensacola, en Floride.
© Maxppp - DAN ANDERSON

En attendant de savoir qui va l'emporter, les résultats de la présidentielle laissent apparaître de nouvelles tendances dans les votes des États-Uniens : le président sortant républicain a gagné plus de voix chez les électeurs ruraux, latinos et afro-américains que lors du précédent scrutin de 2016.

L'élection présidentielle 2020 aux États-Unis aura été marquée par des résultats très serrés entre les deux principaux candidats, Donald Trump et Joe Biden, mais également par de nouvelles tendances de vote des Américains. Le président républicain sortant, Donald Trump, a réussi à attirer davantage d'électeurs ruraux, latino-américains, et afro-américains qu'en 2016. Le candidat du parti démocrate, Joe Biden, qui bénéficie d'un record historique de voix, a été plébiscité par les minorités lors de l'élection, mais il a perdu une partie de leur vote au profit de Donald Trump.
Comment expliquer cette nouvelle sociologie du vote américain ? Éléments de réponse avec les premiers résultats à la sortie des urnes.

La peur du socialisme chez certains électeurs latinos-américains

La communauté latino-américaine vote toujours majoritairement pour le parti démocrate lors de l'élection présidentielle. Mais cette année, une partie des électeurs ont préféré Donald Trump à Joe Biden. "En 2016, Donald Trump avait remporté 28% du vote latino. Cette année, les sondages laissaient à penser qu'il allait obtenir 30% en intentions de vote dans cette communauté. En fait, il fait mieux puisque les sondages à la sortie des urnes indiquent que Donald Trump a obtenu un soutien de l'ordre de 32%", affirme Marie-Christine Bonzom, politologue et spécialiste des Etats-Unis. Cela reste inférieur aux 66% de suffrages que Joe Biden a recueilli auprès de la communauté latino-américaine, selon les sondages réalisés à la sortie des urnes, mais l'intérêt de ceux que les experts américains appellent parfois les "Latinos" est grandissant pour la candidature de Donald Trump.

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 Le président sortant, Donald Trump, lors d'une table ronde avec des supporters d'origine latino-américaine, à Phoenix en Arizona, le 14 septembre 2020.
Le président sortant, Donald Trump, lors d'une table ronde avec des supporters d'origine latino-américaine, à Phoenix en Arizona, le 14 septembre 2020.
© AFP - Brendan Smialowski

Le succès de la candidature de Donald Trump au sein de cette frange de la population peut aussi s'expliquer par la campagne menée par le président sortant. "Dans cette campagne, Donald Trump a mis le paquet, notamment en Floride où il y a énormément d'Hispaniques, en dénonçant Joe Biden comme étant une marionnette de l'extrême gauche, de l'aile gauche du parti, représenté par Bernie Sanders et Elisabeth Warren, dépeignant Monsieur Biden comme la marionnette des socialistes, voire des communistes. Donald Trump est allé très souvent en Floride. Il a martelé ce message et ce message est passé auprès d'un public hispanique en Floride qui est déjà receveur de ce type de message", détaille Marie-Christine Bonzom, ancienne correspondante de la BBC aux États-Unis.

Durant la campagne, Trump avait beaucoup insisté sur le fait que Biden était très à gauche, que les démocrates étaient en train de se gauchiser et que Biden serait un peu prisonnier de l’aile gauche de son parti.                                                          
Mathieu Gallard, directeur de recherches à Ipsos

Le pays d'origine des électeurs latino-américains influence également leur vote : par exemple, la communauté latino-américaine vivant en Floride, qui a voté en grande partie pour Donald Trump, est surtout constituée surtout de Cubains et de Vénézuéliens. "On sait que les Cubains sont essentiellement des réfugiés ou des descendants réfugiés anticastristes. Les Vénézuéliens sont des réfugiés qui ont fui le chavisme et ont donc forcément une image extrêmement négative du socialisme et de la gauche radicale", explique Mathieu Gallard, directeur de recherches à Ipsos, spécialisé notamment dans l’étude des grandes tendances aux Etats-Unis. 

L'idéologie socialiste du Parti démocrate n'a pourtant rien à voir "avec la politique du régime de Castro à Cuba ou du régime de Maduro au Venezuela mais ce sont des détails qui ne sont pas vraiment familiers aux gens", note Melissa Michelson, professeure en science politiques au Menlo College à Atherton en Californie. "C'est plus l'étiquette de socialisme ou de communisme qui influence les électeurs__. Quand les Latinos en Floride votent pour Trump, c'est parce qu'ils ne veulent pas que l'Amérique devienne socialiste et ils basent cet argument sur la rhétorique provenant de la campagne de Trump", souligne-t-elle.

Des supporters de Donald Trump réunis lors d'un meeting à Doral, en Floride, le 25 septembre 2020.
Des supporters de Donald Trump réunis lors d'un meeting à Doral, en Floride, le 25 septembre 2020.
© Radio France - Marco Bello

Joe Biden n'a visiblement pas réussi à contrecarrer ce discours du président sortant, notamment dans certains comtés de Floride. "Le comté de Miami-Dade, au sud de la Floride, est traditionnellement un bastion démocrate, avec une population hispanique très forte, notamment cubaine. Cette année, Joe Biden y a obtenu seulement 53% des suffrages, alors qu'en 2016, Hillary Clinton était aux alentours de 60 ou 65%. Il y a eu un recul très net dans ce comté de Floride et cela explique en grande partie l'échec de Biden dans cet État", souligne Mathieu Galard.

Pour Melissa Michelson, certains "Latinos" ont également préféré Donald Trump à Joe Biden parce qu'ils "sont surtout préoccupés par leur travail, leur capacité à payer leurs factures, la santé économique de leurs petits business". "Ils ont voté pour Trump parce qu'ils voient en lui quelqu'un qui est plus concentré sur le fait de remettre l'Amérique au travail, mettre fin au confinement mis en place à cause de l'épidémie et permettre aux gens de payer leurs factures et donc de garder leurs business ouverts", détaille cette spécialiste de la frontière entre les États-Unis et le Mexique.

Certains Latinos ont voté pour Trump parce qu'ils voient en lui un dirigeant fort, quelqu'un qui défend l'Amérique et qui fait en sorte que l'Amérique soit une priorité de telle façon à aider les Américains et cela inclut les Latino-américains.                                                        
Melissa Michelson, professeure en sciences politiques au Menlo College à Atherton en Californie

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Intérêt pour la politique économique et sociale de Donald Trump au sein de la communauté noire

Donald Trump a également renforcé ses soutiens au sein de la communauté afro-américaine lors de ce scrutin 2020. "En 2016, il avait obtenu 8% des voix. Or là, les sondages à la sortie des urnes indiquent que les Noirs Américains ont voté à hauteur de 12% pour Donald Trump", souligne Marie-Christine Bonzom, politologue et spécialiste des États-Unis. Selon cette ancienne correspondante de la BBC à Washington, Donald Trump a mené une "campagne délibérée" pour aller chercher le soutien des électeurs afro-américains, en martelant "les bénéfices de sa politique économique pour la population noire". "En début d'année, Donald Trump avait une économie assez florissante, notamment avec des taux de chômage extrêmement bas pour les Noirs Américains, les plus bas jamais obtenus depuis que le gouvernement fédéral s'intéresse à calculer le taux de chômage des Noirs, c'est-à-dire depuis la fin des années 60. C'était quand même une performance assez impressionnante", rappelle-t-elle.

Cet intérêt pour la candidature de Donald Trump peut étonner car le président sortant s'est régulièrement illustré par ses propos racistes tout au long de son premier mandat à la Maison Blanche. En juillet 2019, il a par exemple appelé quatre membres démocrates du Congrès, issues de minorités, (Alexandria Ocasio-Cortez, Ilhan Omar, Ayanna Pressley et Rashida Tlaib, "à partir si elles ne sont pas contentes d'être aux États-Unis", sous-entendant "à rentrer dans leur pays". Ses propos avaient choqué jusque dans le camp républicain.

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Comment un président sortant, régulièrement accusé d'être raciste pour ses propos, a-t-il pu recueillir plus de suffrages cette année chez les électeurs afro-américains ? "Donald Trump a fait un effort tout particulier pour s'entourer de Noirs dans son administration, mais surtout lors de la campagne à la convention du Parti républicain, il y a eu un nombre assez impressionnant d'orateurs issus de la communauté noire, hommes et femmes, qui sont venus défendre la candidature de Donald Trump à un deuxième mandat. On sait également qu’il s’est entouré d’évangéliques au sein de la communauté noire", souligne Marie-Christine Bonzom.

Donald Trump a également mis en avant "sa politique de lutte contre les effets dévastateurs des politiques anciennes américaines en politique intérieure qui visaient à lutter contre la criminalité, notamment les lois rédigées en grande partie par Joseph Biden dans les années 90, la fameuse Crime Bill de 1994", selon Marie-Christine Bonzom. "Les lois contre la criminalité des années 90, en grande partie rédigées par Monsieur Biden ont eu un effet dévastateur particulier dans la communauté noire, notamment en séparant les hommes noirs de leurs familles, de leurs enfants, de leur femme", précise la politologue spécialiste des États-Unis. "Donald Trump a réussi d'une manière bipartisane, ce qui est rare aujourd'hui à Washington, à faire passer une loi de réforme de la lutte contre la criminalité et surtout, une loi qui vise à réduire la population carcérale aux États-Unis. Grâce à cette réforme, des aides ont été apportées aux personnes incarcérées de manière à diminuer considérablement le taux de récidive et une meilleure insertion dans la société", ajoute-t-elle. 

Nouveaux scores élevés dans les zones rurales

Au-delà du vote des minorités, moins acquises au Parti républicain, Donald Trump a également réussi à renforcer son assise auprès des zones rurales des États-Unis, comme dans l'Iowa, l'Arkansas, le Tennessee, le Kentucky ou l'Ohio.

Un supporter de Donald Trump le 1er novembre 2020 à Louisville, dans le Kentucky.
Un supporter de Donald Trump le 1er novembre 2020 à Louisville, dans le Kentucky.
© AFP - Jon Cherry

"Donald Trump progresse dans ces zones par rapport à 2016, alors qu'il avait déjà obtenu des scores qui étaient souvent très impressionnants en 2016, souvent inégalé pour des républicains. Il continue encore à progresser. Ce sont des zones qui sont extrêmement blanches, qui sont plutôt populaires", détaille Mathieu Gallard, directeur de recherches à Ipsos. Donald Trump, comme Joe Biden, semble avoir profité de la participation massive à ce scrutin présidentiel. Si le candidat républicain a recueilli plus de votes dans les campagnes américaines, c'est aussi parce que "les électeurs ruraux ont plus voté à cette élection qu'en 2016", comme le souligne Steven Beda, professeur d'histoire à l'Université d'Oregon, spécialisé en histoire rurale. D'un autre côté, les électeurs urbains ont également plus voté qu'en 2016, ce dont a pu bénéficier le candidat démocrate, Joe Biden. 

La base électorale de Donald Trump s’est rendue aux urnes et a encore plus que précédemment voté pour lui.                                              
Mathieu Gallard, directeur de recherches à Ipsos

Selon Steven Beda, pour "convaincre de nombreux républicains ruraux", Donald Trump a utilisé un récit selon lequel "si le pays revient à un démocrate, cela pourrait aboutir à un état de chaos". "Il n'y a pas de preuve crédible pour affirmer que Biden va soutenir des politiques qui vont généraliser les mouvements sociaux. Pourtant, je pense que c'est ce que pensent beaucoup d'électeurs républicains dans les zones rurales. Ils ont donc voté, selon moi, pour restaurer la Loi et l'Ordre en Amérique", analyse ce professeur d'histoire à l'Université d'Oregon, spécialisé en histoire rurale. 

"Ici, en Oregon, j'ai vraiment vu plus de pancartes pour Trump qu'en 2016 dans la partie rurale de l'État et beaucoup plus de soutiens véhéments pour Trump par rapport à ce que j'avais vu il y a quatre ans", affirme-t-il. Et de mettre en garde : "Il ne faut pas encore tirer de conclusions. Il faudra sans doute des semaines, des mois voire potentiellement des années pour analyser ces données et ces chiffres pour comprendre exactement ce qu'il s'est passé".

Infographie publiée ce jeudi 5 novembre 2020 après-midi
Infographie publiée ce jeudi 5 novembre 2020 après-midi
© Visactu