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États-Unis : Joe Biden choisit une colistière qui convient aux centristes et à l'aile gauche

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La sénatrice de Californie Kamala Harris a été choisie par Joe Biden pour être sa colistière à la vice-présidence des États-Unis. Photo prise le 20 novembre 2019 lors d'un débat présidentiel à Atlanta.
La sénatrice de Californie Kamala Harris a été choisie par Joe Biden pour être sa colistière à la vice-présidence des États-Unis. Photo prise le 20 novembre 2019 lors d'un débat présidentiel à Atlanta.
© Getty - Alex Wong

Entretien. Sans surprise, Joe Biden a annoncé ce mardi que sa colistière pour la vice-présidence des États-Unis serait la sénatrice Kamala Harris. Une femme qui coche de nombreuses cases qui seront précieuses pour gagner l'élection du 3 novembre face à Donald Trump.

L'historien Thomas Snégaroff, spécialiste des États-Unis, est l'invité du journal de 12h30 de France Culture.

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Ce sera donc Kamala Harris, 55 ans et sénatrice de Californie, qui ira à la conquête de la Maison Blanche le 3 novembre prochain en compagnie du démocrate Joe Biden. Cette décision est historique à plusieurs titre : Kamala Harris est la première femme noire colistière aux États-Unis. Elle est également la première personne d'origine indienne à briguer la vice-présidence. 

Les réactions sont nombreuses : "Félicitations à Kamala Harris, qui entrera dans l'histoire", a tweeté Bernie Sanders, son ancien rival lors de la primaire démocrate. Pour Bill Clinton, "C'est un formidable choix" et Barack Obama estime qu'"elle est plus que prête"

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Analyse des forces et faiblesses de la candidate avec Thomas Snégaroff, historien spécialiste des États-Unis.

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Quelles sont les principaux atouts de Kamala Harris en tant que colistière ?

D'abord, c'est une femme. C'était un engagement de Joe Biden que de choisir une femme colistière. Ce n'est pas la première fois que cela arrive : il y a eu la républicaine Sarah Palin en 2008 aux côtés de John McCain ou la démocrate Geraldine Ferraro avec Walter Mondale en 1984. Mais là, c'est une femme qui, en plus, coche une autre case importante aux États-Unis, qui est la case ethnique puisqu'elle est de père jamaïcain et de mère indienne. Donc, effectivement, elle marque doublement l'histoire : elle est africaine-américaine par son père, même si son père n'a pas une histoire d'ancien esclave mais de migrant économique. Elle est asiatique-américaine aussi. C'est effectivement une dimension très unique et rien que cela fait déjà un atout formidable dans une Amérique qui cherche souvent à marquer l'histoire. Barack Obama incarnait aussi cela et le lien avec l'ancien président est très fort. Je ne suis pas étonné d'entendre ce dernier trouver formidable Kamala Harris, parce qu'elle lui ressemble. Son identité marque l'histoire et puis, politiquement, elle est plutôt modérée : elle ne fait pas peur à un électorat qui pourrait être inquiet par la "radicalité" des candidats poussés par Bernie Sanders, par exemple.

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Il faut dire justement qu'elle ne fait pas l'unanimité chez les démocrates de l'aile gauche. Ce profil centriste, pragmatique, est critiqué ?

Oui, c'est le cas. Mais je crois que le choix de Joe Biden est plutôt malin à cet égard car il a perçu que la radicalité d'une vice-présidente pourrait faire reculer certains électeurs indépendants. Des électeurs qui pourraient avoir peur et qui pourraient offrir à Trump la possibilité d'attaquer une candidate "socialiste" qui veut par exemple mettre fin à la police aux États-Unis. C'est comme cela que les trumpistes dépeignent certains démocrates. Donc, Joe Biden évite ce piège-là et en même temps, il est assez persuadé, et je pense qu'il a raison, que les progressistes les plus à gauche iront, contrairement à 2016, voter pour éliminer Donald Trump. Cela lui permet d'éviter de s'aliéner une partie de l'électorat - les indépendants, les modérés - tout en ne craignant pas de perdre les progressistes qui, eux - je crois quoi qu'il arrive -, iront voter le 3 novembre prochain pour éliminer Donald Trump. C'est un choix, peut-être par défaut, mais un choix tactique plutôt bien vu. 

Donald Trump définit Kamala Harris comme la plus méchante, la plus horrible, la plus irrespectueuse. Il ne mâche pas ses mots. Il y a un conflit personnel entre les deux ?

Donald Trump se souvient peut-être des auditions de son candidat à la Cour suprême en 2018, Brett Kavanaugh, qu'on avait accusé de viol. Les auditions au Congrès avaient été extrêmement dures, notamment avec Kamala Harris, qui avait attaqué très violemment et très frontalement ce candidat de Donald Trump. Et puis, il y a aussi les mots qu'emploie Donald Trump, qui sont des mots habituels de la part des hommes virilistes pour décrédibiliser une femme, parce qu'elle a de l'ambition ; c'est louche. Elle est forcément "méchante"... Des mots qu'on emploie jamais pour les hommes. Je crois qu'il veut encore une fois pousser l'électeur moyen américain à avoir peur d'une femme et en particulier, d'une femme noire américaine. Il y a un préjugé très fort aux États-Unis à propos de la "black angry woman", "la femme noire en colère". C'est comme cela qu'il veut essayer de dépeindre Kamala Harris. Sauf que la sénatrice ne rentre vraiment pas dans cette case-là : les gens qui la connaissent un peu savent que c'est une femme extrêmement souriante, qui est certainement dure dans le débat, mais qui ne correspond pas à ce préjugé de "la femme noire en colère" qui ne ferait que hurler et demander, par exemple, réparation pour l'esclavage. Elle n'incarne pas du tout ce genre de candidature. 

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