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États-Unis : la "Marche des femmes" ou le rappel annuel de la condition féminine

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En janvier 2017, au lendemain de la prise de fonctions du président Trump, des dizaines de milliers d'Américaines battent le pavé pour rappeler leurs droits. Elles feront des émules partout aux États-Unis.
En janvier 2017, au lendemain de la prise de fonctions du président Trump, des dizaines de milliers d'Américaines battent le pavé pour rappeler leurs droits. Elles feront des émules partout aux États-Unis.
© AFP - Joshua Lott

Pour la quatrième année de suite, les femmes manifestent à Washington pour réaffirmer leurs droits. Initiative lancée dans la foulée de la prise de fonctions de Donald Trump, en réponse pour partie à ses propos misogynes répétés en campagne. Mais polémiques et dissensions essoufflent le mouvement.

“La plus grosse journée de mobilisation jamais organisée dans l’histoire des États-Unis”, lit-on alors : plus de 3 millions de personnes ! Au lendemain de l'élection de Donald Trump, en janvier 2017, la "Women's March" avait réuni des centaines de milliers de personnes à Washington et dans tout le reste du pays. La date n'a pas changé mais la mobilisation de ce samedi devrait être très significativement plus faible, seulement 3 000 à 10 000 participants espèrent les organisateurs. Des polémiques et conflits internes ont plombé le mouvement.

La Women's March, c’est quoi ? 

La Women's March on Washington est un rassemblement politique destiné à promouvoir les droits des femmes, la réforme de l'immigration, les droits LGBT. Selon ses statuts, l’organisation s’efforce aussi de lutter contre les inégalités raciales, de répondre aux problèmes des travailleurs et de prendre en main les grands enjeux environnementaux. La "Marche des femmes" se veut un mouvement populaire, un « grassroots movement », selon les termes consacrés par le sénateur Albert Jeremiah Beveridge en 1912 pour décrire le Parti progressiste américain : "Ce parti vient des racines (de l’herbe). Il est sorti du terreau des premiers besoins des gens." Et les femmes, lors de la première édition de la "Women’s March", ont des besoins à exprimer.

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L'idée est née sur Facebook de l'initiative d'une retraitée inconnue vivant sur l’archipel d’Hawaï, Teresa Shook. Et la première "Marche des femmes" date du 21 janvier 2017, le premier jour ouvré consécutif à l’arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche. 

Depuis, le mouvement rassemble ses militant.es chaque année à la même date. 2020 marquera donc la quatrième édition à Washington. En présence du collectif chilien Las Tesis, qui depuis novembre dernier a créé et popularisé la chanson comme moyen de dénoncer la violence sexiste. 

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Pourquoi cette date ? Pourquoi cette marche ?

Pour les manifestantes réunies alors, le message est clair : "La Marche des femmes a pour mission de mobiliser le pouvoir politique de femmes d’influence et de leurs communautés pour créer un changement social transformateur." Ce "changement social transformateur" passe notamment par une mise en garde au nouveau Président, dont les propos misogynes répétés ne sont pas passés inaperçus : "Je suis révoltée que l’on ait pu placer un troll aux commandes. Je sais que sa haine pourrait avoir un impact sur ma fille pour le reste de sa vie", raconte une manifestante à Time Magazine au lendemain de l’événement.

Une grande majorité de manifestantes se font remarquer par leur "Pussy hat", leurs chapeaux de maille rose avec des oreilles de chat nés d'un projet de tricot viral, pour dénoncer les obscénités du nouveau Président.

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(L’authenticité de ces propos est confirmée par l’interlocuteur de Trump, le présentateur télé Billy Bush.)

Aux Etats-Unis… et au-delà ?

La "Marche des femmes" de Washington a suscité des émules. Des "sister marches", des "marches sœurs", ont émaillé tout le territoire américain le 21 janvier 2017. Le mouvement a aussi essaimé dans les grandes capitales mondiales, de Tokyo à Bogotá, d’Amsterdam à Nairobi, de Berlin à Bangkok. 

En France, plusieurs rassemblements ont lieu, avec 7 000 personnes à Paris, beaucoup de femmes et de ressortissants américains répondant à l’appel d’organisations féministes (Osez le féminisme, Planning familial…) mais aussi du NPA, de SOS racisme, du mouvement LGBT.

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Qui est à la manœuvre ?

Des quatre fondatrices, il n’en reste qu’une. En septembre dernier, la styliste Bob Bland et les militantes politiques Tamika Mallory et Linda Sarsour ont quitté l’organisation, après des mois de polémique et la prise de distance du Parti démocrate ou de la National Association for the Advancement of Colored People (NAACP). La marche de la Nouvelle-Orléans de l'an dernier a été annulée et une des organisatrices, Vanessa Wruble, a entériné une scission avec "March on".

En cause notamment, la participation de Tamika Mallory à un meeting du leader du mouvement "Nation of Islam", Louis Farrakhan, aux propos régulièrement antisémites. Mme Mallory s'en est également pris sur les réseaux sociaux à l'Anti-Defamation League, une des grandes organisations américaines de lutte contre l'antisémitisme. Le New York Times a porté l'affaire en Une fin décembre 2018.

Des luttes internes ont aussi provoqué cette réorganisation. A l’approche de la présidentielle américaine, ont estimé les observateurs, il semblait urgent de se rassembler autour d’un message clair.

De gauche à droite, Bob Bland, Tamika Mallory, Linda Sarsour et Carmen Perez, les fondatrices de la Women's March.
De gauche à droite, Bob Bland, Tamika Mallory, Linda Sarsour et Carmen Perez, les fondatrices de la Women's March.
© AFP - Marcus Ingram / Getty Images North America

Désormais, c’est un conseil d’administration de 16 personnes, toutes nouvelles, qui entoure la seule « survivante » du casting originel, Carmen Perez, directrice exécutive de l’association The Gathering for Justice. Un groupe qui se veut représentatif des missions et problématiques de la Women’s March : parmi ses membres, trois femmes juives, une transgenre, une ancienne élue, des représentantes de la communauté amérindienne…

Les soutiens de l’organisation, eux, sont légion, tous milieux confondus. Pour n’en citer que quelques uns : Rihanna, Madonna, Katy Perry, Charlize Theron, Barbra Streisand, Robert De Niro, Julia Louis-Dreyfus, Sadiq Khan…

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