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États-Unis : les violences policières contre les Noirs en quelques grandes dates

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Manifestation du mouvement "Black lives matter" à New York le 28 mai 2020 après la mort de George Floyd dans le Minnesota.
Manifestation du mouvement "Black lives matter" à New York le 28 mai 2020 après la mort de George Floyd dans le Minnesota.
© AFP - Johannes Eisele

Repères. Un homme noir non armé aux mains de la police a de nouveau été tué aux États-Unis, où l’histoire semble inlassablement se répéter. Il s'appelait George Floyd et il est mort le 25 mai à Minneapolis : une ligne de plus dans une tragique histoire de violences policières contre les Afro-Américains.

C’est un nouvel épisode dans la tragique et longue histoire des violences policières contre les Noirs aux États-Unis : la mort de George Floyd, un Afro-Américain de 46 ans, au cours de son arrestation à Minneapolis le 25 mai. L’événement a déclenché une vague d’indignation et de manifestations dans tout le pays où certains rassemblements ont dégénéré en émeutes. Plusieurs villes ont instauré un couvre-feu - à Washington, Los Angeles ou encore Houston - et la garde nationale a été mobilisée. 

Ces images sont tragiquement familières car elles en rappellent beaucoup d'autres : aux États-Unis, un homme noir a 2,5 fois plus de risque d'être tué par la police qu'un blanc d'après le Washington Post. Mais cette fois-ci, la colère est telle que de nombreux médias américains font un parallèle avec l'époque de la lutte pour les droits civiques dans les années 1960. Retour en quelques dates sur des affaires qui ont marqué les esprits.

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George Floyd : mort car suspecté d'avoir payé avec un faux billet

Une manifestant brandit une pancarte "I can't breathe", "Je ne peux pas respirer", le 26 mai Minneapolis après la mort de George Floyd.
Une manifestant brandit une pancarte "I can't breathe", "Je ne peux pas respirer", le 26 mai Minneapolis après la mort de George Floyd.
© AFP - Stephen Maturen

Comme souvent désormais, la scène a été filmée et diffusée sur les réseaux sociaux. Sur la vidéo tournée par une passante le 25 mai à Minneapolis, on voit George Floyd plaqué au sol sur le ventre et maintenu par le genou d’un policier sur son cou. L’homme proteste et supplie : “I can’t breathe”, “je ne peux pas respirer” mais l’agent maintient sa pression, même de longues minutes après que la victime a perdu connaissance. George Floyd venait d’être arrêté car suspecté d’avoir utilisé un faux billet de 20 dollars dans une épicerie… Un motif qui a valu à ce père de deux enfants, agent de sécurité dans un bar, de mourir asphyxié.

L’événement a immédiatement suscité une intense colère dans cette cité du Minnesota et au delà, dans tout le pays, notamment à Houston, ville d'origine de la victime. Des manifestants ont incendié un commissariat de Minneapolis, une trentaine de magasins ont été pillés et le gouverneur Tim Waltz a autorisé le recours à la garde nationale, avec vendredi l'instauration d'un couvre-feu. Sur Twitter, Donald Trump a aussi réagi mais sans chercher à apaiser : "Ces VOYOUS déshonorent la mémoire de George Floyd, et je ne laisserai pas faire cela. Je viens juste de parler au gouverneur Tim Walz et lui ai dit que l'armée est à ses côtés tout du long. Au moindre problème, quand les pillages démarrent, les tirs commencent. Merci !" Le message a été signalé par Twitter comme incitant à la violence car pouvant être interprété comme une incitation aux forces de l’ordre à faire usage de leur arme.

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Les policiers mis en cause sont aussi accusés d’avoir tenté de couvrir leur méfait. Le soir même, un porte-parole de la police a déclaré que le suspect semblait ivre ou drogué et qu’il avait résisté à son arrestation. Ce n’est qu’une fois menotté que l’agent aurait remarqué une détresse médicale et appelé une ambulance. Des déclarations démenties par la vidéo de la passante et par une caméra de surveillance ayant capturé l’arrivée de la police : on y voit un George Floyd coopératif. Les quatre policiers ont finalement été renvoyés dès le lendemain et une enquête a été ouverte. Le 29 mai, Derek Chauvin, le policier mis en cause, a été arrêté, accusé d'avoir commis un acte cruel et dangereux ayant causé la mort et d'homicide involontaire.

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La mort de cet homme a fait réagir jusqu'à Barack Obama, qui a publié un texte sur Facebook le 29 mai : "Pour des millions d'Américains, être traité différemment en raison de sa race est tragiquement, douloureusement (...), devenu la norme. Cela ne devrait pas être normal dans l'Amérique de 2020".

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Eric Garner, Michael Brown, Laquand Macdonald… La terrible année 2014

Chaque année apporte son lot d’événements tragiques dans l’histoire des violences policières contre les Noirs. Comme en 2018 à Sacramento, avec Stephon Clark, un jeune noir abattu de dos de 20 balles dans son jardin. Cependant, 2014 a marqué les esprits, en raison notamment de la mort de Michael Brown, un adolescent afro-américain de 18 ans, tué de six balles par un policier blanc de Ferguson, dans le Missouri, le 9 août. Le jeune garçon se rendait avec un ami dans la maison de sa grand-mère quand un policier à bord de sa voiture leur a demandé d’arrêter de marcher au milieu de la rue. Le policier affirme ensuite que Michael Brown a essayé de lui prendre son arme à feu et qu’il a dû se défendre. Les versions divergent et les faits n’ont pas été filmés mais des témoins racontent que le jeune homme avaient les mains en l’air lorsqu’il a été abattu. L’affaire a mené à plusieurs jours de manifestations et d’émeutes à Ferguson mais le policier mis en cause n’a finalement pas été inculpé. L’enquête du département de la Justice a toutefois conclu à une routine de discrimination de la part de la police locale visant la population afro-américaine.

Manifestation le 23 novembre 2014 à Saint Louis (Missouri) pour dénoncer les violences policières contre les noirs.
Manifestation le 23 novembre 2014 à Saint Louis (Missouri) pour dénoncer les violences policières contre les noirs.
© AFP - Justin Sullivan

Le sujet était particulièrement brûlant car il intervenait à peine trois semaines après la mort d’Eric Garner à New York. Âgé de 44 ans, noir et père de six enfants, il était connu de la police pour des trafics de cigarette. Le 17 juillet, il est arrêté mais refuse de mettre ses mains dans le dos. Un policier pratique alors la technique d’étranglement et le plaque au sol sur le ventre. En surpoids et asthmatique, il prévient plusieurs fois qu’il n’arrive pas à respirer mais perd connaissance et est déclaré mort à l’hôpital ; là encore, la scène a été filmée. L’enquête n’aboutira pas à l’inculpation du policier blanc mais ce dernier a finalement été renvoyé en 2019 car l’étranglement était une technique interdite. La mairie de New York a par ailleurs indemnisé la famille d’Eric Garner en lui versant 5,9 millions de dollars, évitant un procès civil.

Quelques mois plus tard, le 20 octobre 2014, un étudiant noir de 17 ans est abattu par la police à Chicago : Laquan MacDonald. Les rapports officiels évoquent un suspect agissant de façon erratique, marchant au milieu de la rue et armé d’un couteau. Se sentant menacé, un policier (blanc) avait alors abattu le jeune garçon. L’affaire en était restée là jusqu’à ce qu’un tribunal ordonne la publication d’une vidéo treize mois plus tard : tournée par la caméra d’une des voitures de police, on y voit le jeune garçon seul au milieu de la rue entouré par des voitures de police. Il est alors abattu apparemment sans raison de seize coups de feu tirés par un seul policier. L'agent sera finalement condamné à un peu plus de six ans de prison en 2018 pour meurtre non prémédité (“second degree murder”) et l’affaire jettera à nouveau un voile accusateur sur la police, accusée de maquiller les faits et de préjugés racistes. Un rapport du département de la Justice à propos de la police de Chicago évoquera d’ailleurs une culture de la “violence excessive à l’égard des minorités”, ainsi qu’un manque de formation et de supervision.

Trayvon Martin et le début du mouvement “Black lives matter”

Manifestation à Los Angeles le 17 juillet 2013 après l'acquittement de George Zimmeman, poursuivi pour le meurtre de Trayvon Martin.
Manifestation à Los Angeles le 17 juillet 2013 après l'acquittement de George Zimmeman, poursuivi pour le meurtre de Trayvon Martin.
© AFP - Robyn Beck

Trayvon Martin avait 17 ans et ne portait pas d’arme lorsqu’il a été tué dans la soirée du 26 février 2012 à Sanford en Floride. Le jeune garçon accompagnait son père qui rendait visite à sa compagne dans un lotissement fermé de la banlieue d’Orlando. Il est sorti à pied en début de soirée pour acheter des friandises dans une épicerie et a été aperçu sur le chemin du retour par George Zimmerman, un homme de 28 ans qui patrouillait en voiture dans le cadre de la surveillance de voisinage. Ce dernier a tout de suite suspecté le garçon, l’a suivi et appelé la police mais une altercation a éclaté avant que les agents n’arrivent ; George Zimmerman a abattu Trayvon Martin d’une balle dans le ventre.

L’affaire ne concernait pas directement un policier mais elle a déclenché une vaste indignation aux États-Unis. Parce que la victime une fois de plus était noire, que le tireur était blanc (même s’il était à moitié hispanique) et que ce dernier n’a été arrêté et inculpé qu’un mois et demi après les faits. Des manifestations quotidiennes ont eu lieu en Floride et dans tout le pays pour dénoncer le profilage racial dont sont victimes les Noirs. La mort de l’adolescent a aussi relancé le débat sur une loi votée en 2005 avec le soutien du lobby des armes, la NRA. Ce texte, baptisé “Défendez-vous” par se promoteurs mais “Tirez d’abord” par ses détracteurs avaient assoupli les conditions d’exercice de la légitime défense.

Évoquant une tragédie, Barack Obama avait appelé à une enquête complète sur les circonstances du drame, déclarant “Si j’avais un fils, il ressemblerait à Trayvon Martin”. Poursuivi pour meurtre non prémédité (“second degree murder”), George Zimmerman a toutefois été reconnu non coupable de toutes les charges le 13 juillet 2013. Au même moment sur Twitter, un nouveau mot-clef est apparu : #BlackLivesMatter, particulièrement employé ces derniers jours. Le mouvement du même nom a ensuite été fondé par trois activistes noires : Alicia Garza, Patrisse Cullors et Opal Tometi. 

Rodney King, un passage à tabac qui fait le tour du monde 

Le 3 mars 1991, en état d'ivresse, Rodney King est tabassé par des policiers blancs de Los Angeles après une longue course poursuite à plus de 160 km/h. Les images sont filmées par un vidéaste amateur et vont illustrer dans le monde entier la discrimination par les forces de l'ordre des Afro-Américains. Alerté par le bruit, le plombier qui filme pendant plus de dix minutes rend la planète entière témoin. Rodney King reçoit plus de 50 coups de matraques et de coups de pieds ; il est aussi visé par des tirs de Taser mais cette fois, les images sortent. La cassette est apportée à une télévision locale et les grandes chaînes reprennent les images.

Mais le 29 avril 1992, les quatre policiers sont acquittés : Rodney King, toxicomane et déjà condamné pour braquage, ne convainc pas le jury, qui ne compte aucun Noir. Immédiatement, des émeutes débutent à Los Angeles et durent six jours, entraînant la mort de 50 à 60 personnes. Un an plus tard, le ministère de la Justice obtient un procès au niveau fédéral, qui condamne deux policiers à 30 mois de prison et relaxe les deux autres. Rodney King poursuit la ville de Los Angeles au civil et reçoit 3,8 millions de dollars de dommages et intérêts. Dans les années qui suivent, des changements profonds sont menés au sein de la police de Los Angeles : recrutement plus divers (60% de blancs en 1992 contre 30% en 2017 d'après CNN), publications de données et de détails lorsque la police use de la force, utilisation de caméras-piétons, etc. 

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