Barbad Golshiri est un artiste plasticien iranien qui a choisi de rester vivre en Iran
Barbad Golshiri est un artiste plasticien iranien qui a choisi de rester vivre en Iran

Être artiste contestataire en Iran - #CulturePrime

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Être artiste contestataire en Iran

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Artiste contestataire du pouvoir iranien, Barbad Golshiri a vu ses expositions interdites, ses œuvres détruites. Il nous parle de la difficulté à exercer son métier, dans un pays où la censure règne.

Barbad Golshiri est un artiste plasticien iranien, mais contrairement à beaucoup d’Iraniens exilés, il a choisi de rester dans son pays.

Barbad Golshiri : "Ma dernière exposition a été fermée de force. Pas officiellement, mais des hommes sont venus et m'ont menacé. C’était une exposition alternative, parce que je ne travaille plus du tout avec les galeries, dans un centre commercial abandonné. Ils ont été menaçants, m’ont demandé de retirer certaines photos. Mais je leur ai dit "non je vais retirer toutes les œuvres". Et pendant que l’enlevais les installations, j’ai commencé à réciter un poème très fort, je le récitais en criant bien sûr. 

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La censure, comme n’importe quelle question de société, ce n’est pas quelque chose qu’on choisit de traiter, c’est quelque chose que vous respirez tous les jours. C’est quelque chose qu’on a à l’esprit tout le temps."

Né en 1982, Barbad fait partie de la génération d’artistes nés après la révolution iranienne. Son père, l’écrivain Houshang Golshiri avait en son temps dénoncé la censure du régime, ce qui lui avait valu des persécutions politiques et des séjours en prison. Si le père avait choisi les mots, le fils utilise tout médium pour protester, performance, vidéo, arts plastiques, et bien entendu, la poésie.

Anticonformiste, Barbad fait de toute forme de contrainte sociale une force créative. Comme lorsqu’on l’oblige à se couper les cheveux pour garder un travail, il transforme cette injonction en performance vidéo.

Barbad Golshiri se définit comme un "taphographe". La taphographie, c’est l’art de l’absence, l’absence est mon métier." Son espace d’expression ne se situe pas dans la rue mais sur les tombes.

Barbad Golshiri : "Je fabrique des pierres tombales, des cénotaphes, des sarcophages. Je fais des frottages sur les épitaphes des hommes politiques et des écrivains assassinés."

L'artiste est marqué très jeune par les "chain murders", la disparition en série de nombreux dissidents entre 1988 et 1998. Il entame alors son "curriculum mortis", une série de pierres tombales pour exorciser le traumatisme de cette mort omniprésente. En fabriquant des épitaphes, il ne rend pas seulement hommage aux intellectuels disparus sous le régime, mais redonne aussi une visibilité à ces victimes dans une société qui voudrait effacer toute trace de leur présence.

Parmi eux, Ahmad Mir-Alaei, écrivain et traducteur de Jorge Luis Borges, qui fut retrouvé mort dans une impasse après avoir dénoncé la censure.

Barbad Golshiri : "C’est la première fois que j’étais confronté à un assassinat autour de moi. C’était un ami proche de mon père, je lui devais bien cet hommage. Alors je suis allé dans un village au nord de l’Iran pour choisir la pierre qui conviendrait. J’ai gravé un labyrinthe dessus. Résoudre sa mort, découvrir ce qui lui était vraiment arrivé, il s’était en quelque sorte perdu dans un labyrinthe. C’est comme l’histoire des Labyrinthes de Jorge Luis Borges."

Nombre d’œuvres de Barbad Golshiri ne sont pas exposables en Iran. Certaines ont été détruites, d’autres sont cachées dans des endroits sûrs. Les artistes critiques sont relégués loin des espaces institutionnels. Surveillés par le régime, ils sont souvent intimidés voire emprisonnés. Selon Amnesty International, au moins 7 000 artistes, militants, journalistes ont été arrêtés, rien qu’en 2018.

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