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Euroméditerranée, le nouveau centre de Marseille ?

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Marseille se redessine-t-elle ? Le projet Euroméditerranée tend en effet à redéfinir la cartographie sociale, économique et infrastructurelle de la ville. Un nouveau centre, plus riche et plus équipé, est-il en train d’apparaître provoquant l’éviction de l’ancien qui ne parvient à sortir de la paupérisation ?

Le port
Le port
© Radio France

Dans le courant des années 90, Marseille tire la sonnette d’alarme. Le maire Robert Vigouroux, et Jean-Claude Gaudin, président de la région et qui prendra la municipalité en 1995, constatent le déclin de la cité phocéenne. En l’espace de vingt ans, Marseille a perdu 200 000 habitants et 50 000 emplois. La raison : la chute de son moteur économique, l’activité maritime et portuaire. Le projet Euroméditerranée naît pour contrecarrer cette tendance. L’objectif est double : diversifier les activités en créant un pôle tertiaire et faire revenir des habitants par la construction d’équipements structurels, écoles, transports, espaces publiques et culturels.

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Le territoire de développement de ce projet est identifié. François Jalinot , directeur général d’Euroméditerranée présente l’espace à aménager qui s’étend sur une surface de 310 hectares :

Le périmètre d'Euroméditerranée

3 min

Les docks à Marseille
Les docks à Marseille
© Radio France

A la demande de la municipalité, l’Etat soutient financièrement le projet, qui devient une opération d’intérêt national, dans le but de palier les difficultés économiques de la deuxième ville de France. A cette même période, naît un projet européen destiné au développement du pourtour méditerranéen, appelé le processus de Barcelone. Le projet de Marseille est donc baptisé Euroméditérranée. En octobre 1995 est créé un établissement public d’aménagement (EPA) qui bénéficie des financements des quatre collectivités territoriales (municipalité, département, région et plus tard la communauté urbaine de Marseille Provence Métropole), de l’Etat et de l’Europe.

En 2007, une extension du projet a été décrétée étandant le périmètre de170 hectares. Pour autant, la première phase qui a nécessité 2,2 milliards d’investissements ne sera achevée que d’ici trois ou quatre ans. Alors pourquoi cette extension qui demande 4 milliards d’investissements supplémentaires, alors même que le centre-ville continue à se paupériser ?

François Galinot, Euroméditérranée, explique l'importance d'une extension pour la construction de logements

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Rue de la République
Rue de la République
© Radio France
Nouredine Abouakil
Nouredine Abouakil
© Radio France

La mixité est au cœur du projet. La rue de la République, longue de plus d’un kilomètre était sur le périmètre d’Euroméditérranée. 2000 logements sur les 5000 qu’elle comprend étaient inoccupés et 50% des 60 000 m2 de surface commerciale était vide. Pourtant, sur cette artère haussmannienne paupérisée, la réhabilitation ne s’est pas faite sans exclusion. Nouredine Abouakil , porte-parole de l’association Un Centre-Ville Pour Tous , témoigne des pressions exercées sur les locataires :

Nouredine abouakil, Centre ville pour tous, dénonce les exclusions de locataires de la rue de la République

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François Jalinot reconnaît que des abus ont bien été commis par des agents immobilier. Mais "dès leur prise de connaissance, un comité de pilotage sous l’autorité du préfet et en association avec Un Centre-Ville Pour Tous, a veillé au bon déroulement du relogement des locataires en place ".

La réhabilitation de la rue de la République reflète la volonté des politiques publiques de faire venir dans des quartiers initialement pauvres des populations plus aisées. Cette artère, jouxte le quartier du panier, pour lequel la réhabilitation a été plus réussie que dans l’ancien centre-ville. Or la délimitation d’Euroméditerranée, et son extension, interrogent sur les perspectives d’un déplacement du centre. Le périmètre de l’ensemble du projet tourne le dos au cœur historique de Marseille.

François Jalinot
François Jalinot
© Radio France

Une simple extension du centre estime François Jalinot , même s’il reconnaît que les quartiers de Belsunce et Noailles sont très précarisés. Et pour le Directeur général d’Euroméditerranée, la gentrification n’est pas une réalité à Marseille :

François Jalinot, DG Euromed, "la gentrification n'est pas observable à Marseille

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Mais malgré les affirmations de François Jalinot, le centre-ville de Marseille réhabilitée ne semble pas attirer une population plus aisée. Et la rue de la République peine à séduire, pour les logements comme les commerces.

Immeubles vides
Immeubles vides
© Radio France
Commerces vides
Commerces vides
© Radio France

Devant ce constat, les autorités ont même opéré un changement de discours ces dernières années. Explication de** Jérome Dubois** , Directeur de l'Institut d'urbanisme et d'aménagement régiona l d'Aix-en-Provence :

Écouter

2 min

La réalité de la situation économique de Marseille est donc un frein à la gentrification. L'aboutissement d'Euroméditerranée parviendra-t-il à faire venir de nouveaux habitants ? Dans le premier projet 400 000 m2 de bureaux et espaces d'activités ont été aménagés. Il est aussi fait état de l'implantation de 800 entreprises et de 20 000 emplois créés en quinze ans. Mais pour l'instant, rares sont les implantations au coeur de la ville.
> Retrouvez ici la suite du dossier consacré au phénomène de gentrification et d'exclusion des populations défavorisées : Les villes appartiennent-elles aux riches ? Un centre-ville à l'abandon **Initiatives citoyennes au coeur de Marseille **
La carte interactive d'Euroméditerranée

Le travail de l'artiste Martine Derain