La représentation des Noirs au cinéma avec Euzhan Palcy

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Euzhan Palcy : "Nous n'étions pas sur les écrans, nous les Noirs"

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À 26 ans, elle entre dans l'histoire du cinéma, en étant la première réalisatrice à emporter un César avec "Rue Cases-Nègres". Invitée d'honneur du Festival des Femmes de Créteil, Euzhan Palcy revient son parcours et ses combats pour faire avancer la représentation des Noirs au cinéma.

Première réalisatrice noire à emporter un Lion d'Argent en 1983 pour son premier film Rue Cases-Nègres, aujourd'hui membre du Comité national pour la mémoire et l'histoire de l'esclavage, de l’Académie des César et des Oscars, Euzhan Palcy a forgé sa vocation précoce de cinéaste sur sa cinéphilie et sa colère. 

"Très tôt, j'ai très mal supporté que cet art que j'aimais tant me fasse tant souffrir. Nous n'étions pas sur les écrans, nous les Noirs. Je ne comprenais pas pourquoi puisque je regardais autour de moi et je trouvais les gens très beaux et en plus très comédiens dans la vie et je ne les voyais pas à l'écran ou quand je les voyais, c'était toujours dans des rôles complètement dégradants. Quand j'ai découvert "Orfeu negro", ça a été extraordinaire pour moi. C'était la première fois que je voyais des Noirs sur cet écran, des Noirs avec leur dignité, leurs qualités, leurs défauts, une véritable histoire d'amour, des Noirs qui s'embrassaient, qui se prenaient dans les bras, comme tout le monde quoi ! Ça a été un véritable déclencheur, ce film est resté avec moi, il m'a obsédée pendant des années."

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À 17 ans, Euzhan Palcy réalise son premier film pour la télévision antillaise, avant de partir étudier le cinéma à Paris à l'école Louis-Lumière. Elle a déjà l'idée fixe de son premier long-métrage : porter sur écran l'histoire de la _Rue Cases-Nègres : "_Lorsque j'ai découvert le roman de Joseph Zobel, Rue Cases-Nègres, ça a été un véritable choc culturel, ça changeait de tout ce qu'on lisait venait de Paris." Elle entame un parcours du combattant pour réaliser le film, et malgré une importante avance sur recettes du Centre National du Cinéma (CNC) et la participation de François Truffaut à l'écriture du scénario, elle ne trouve pas de producteur pour le mener à bien. "Les producteurs s'arrachaient les films qui avaient une avance sur recettes, et là curieusement personne ne s'intéressait à mon bébé parce qu'il était noir. Je me disais "on va au cinéma, on paie, on est spectateur du spectacle des autres, on paie pour voir leur spectacle, eux ils ont le droit d'être à l'écran dans des histoires multiples" mais dès qu'il s'agit de nous, il y a un problème." 

Le film Rue Cases-Nègres (1983) est un succès international et met la carrière d'Euzhan Palcy sur orbite. Il crée la surprise à la 40e Mostra de Venise en emportant le Lion d'Argent, et la Coupe Volpi de la meilleure actrice pour Darling Légitimus. En France, il obtient le César de la meilleure première œuvre. Euzhan Palcy n'a que 26 ans, elle entre alors dans l'histoire du cinéma. Hollywood lui tend les bras : Robert Redford l'invite au festival de Sundance, et la Metro Goldwyn Mayer (CGM), l'un des plus gros studios d'Hollywood, produit son deuxième film Une saison blanche et sèche (1989). Euzhan Palcy y dirige Donald Sutherland, Susan Sarandon mais surtout l'icône Marlon Brando qui accepte un des rôles principaux gratuitement. Le film traite de l'Apartheid en Afrique du sud, et comme toute sa filmographie, il témoigne de son engagement de cinéaste. "En France on est encore dans une situation moyenâgeuse. On a l'impression que la grande France, la France des droits de l'Homme va à reculons à ce niveau-là. Aux États-Unis, les choses ont beaucoup évolué, grâce à ce système de quotas. Je vois arriver des années plus tard toutes les raisons pour lesquelles je me suis battue. Quand je vois par exemple une productrice comme Shonda Rhimes qui cartonne. Viola Davis dans des rôles comme ça d'une avocate, elle aurait pu être blanche, elle aurait pu être arabe, elle aurait pu être française, c'est un personnage ! C'est ça que je défendais, je me battais pour ça et je me bats encore pour ça et c'est là aujourd'hui et je suis très fière, très contente."

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