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Exception culturelle : Netflix & co vont devoir financer la création française

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Les plateformes de vidéo à la demande - et la première d'entre elles, Netflix - vont devoir contribuer au financement de la création audiovisuelle française, annoncé la ministre de la Culture ce jeudi.
Les plateformes de vidéo à la demande - et la première d'entre elles, Netflix - vont devoir contribuer au financement de la création audiovisuelle française, annoncé la ministre de la Culture ce jeudi.
© AFP - Christian Monterrosa / Robyn Beck

C'est une révolution pour l'industrie audiovisuelle et cinématographique : les plateformes de vidéo à la demande (Netflix, Disney+, Amazon Prime) vont être obligées de financer la création des films et séries produits en France. La ministre de la Culture Roselyne Bachelot l'a annoncé ce jeudi.

C'était une annonce très attendue par le monde du cinéma et de l'audiovisuel français : la ministre de la Culture a déclaré ce jeudi sur France Inter qu'un accord avait été trouvé avec les plateformes de vidéo à la demande pour qu'elles contribuent au financement de l'exception culturelle française. Dans ce système, les diffuseurs financent les créateurs des œuvres mais jusqu'à présent, les géants Netflix, Amazon Prime et Disney+ y échappaient.

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Au moins 200 millions d'euros supplémentaires pour la création

"Nous avons abouti parce que nous avons négocié à la fois avec les producteurs, avec le monde du cinéma et le monde des plateformes", a expliqué Roselyne Bachelot, la France devenant ainsi le premier pays à transposer la directive européenne SMA (Services de médias audiovisuels) adopté en 2018. Concrètement, les plateformes vont devoir investir entre 20% et 25% de leur chiffre d'affaires réalisés en France dans la production d'œuvres françaises et européennes, soit pour Netflix un montant compris "entre 150 et 200 millions d'euros par an", a précisé la ministre, "pour l'instant, c'était zéro".

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Netflix est la société qui devrait contribuer le plus, bien loin devant Amazon Prime (autour de 15 millions d'euros) et Disney+ (autour de 10 millions), soit au total au moins 200 millions d'euros supplémentaires ! Une somme considérable pour les producteurs audiovisuels, qui correspond par exemple à la moitié du budget consacré aujourd'hui par France Télévisions à la création, note le journal Les Échos.

La nouvelle règlementation était demandée par les producteurs mais aussi par les chaînes de télévision historiques (TF1, France Télévisions, M6, Canal+...) qui la réclamaient au nom de l'équité ; ces dernières contribuant déjà au financement des films ou des séries produits en France. Le texte prend la forme d'un décret transmis au CSA et à la Commission européenne : le Conseil supérieur de l'audiovisuel doit maintenant arrêter les taux et signer des conventions avec les nouveaux entrants.

Délai raccourci entre sortie en salles et diffusion en ligne

Mais ces nouveaux prélèvements imposés aux plateformes s'accompagnent de contreparties : en échange de leur investissement dans la création, les géants du streaming obtiennent un délai raccourci pour diffuser les œuvres après leur sortie au cinéma. "Plus l'investissement sera élevé, plus les diffuseurs pourront diffuser tôt leurs après la sortie en salle. C'est le principe de la chronologie des médias", expliquait Roselyne Bachelot dans une interview aux Echos le 28 octobre, "actuellement, elles ne peuvent le faire que 36 mois après la sortie en salle". Elle précisait alors qu'une première consultation publique à ce sujet avait eu lieu en septembre dernier avec les producteurs et les plateformes.

Concrètement, il devrait y avoir trois taux d'investissement (20%, 22,5% et 25%) et plus la contribution sera élevée, plus le délai sera raccourci, Roselyne Bachelot ayant évoqué une durée ramenée à 15 mois ce jeudi sur France Inter. "Une bonne nouvelle", estime la journaliste économique Capucine Cousin, autrice de Netflix & Cie, les coulisses d'une (r)évolution :

Netflix met enfin la main à la poche... Cela dit, Netflix et les autres avaient déjà fait preuve de bonne volonté en tournant certaines œuvres, des documentaires et des séries télévisées en France. Il est vrai aussi que la période particulière que nous vivons a sans doute eu un impact : tous ces films directement proposés en VOD à cause de la fermeture des salles de cinéma... Cela a accéléré les usages en la matière et a peut-être aussi facilité les négociations sur la chronologie des médias.                
Capucine Cousin, journaliste économique et autrice d'un livre sur Netflix.

Depuis le début de la pandémie de Covid-19, les plateformes de vidéos en ligne ont largement bénéficié de l'évolution des usages et d'un basculement du public sur la consommation de services de streaming. Au 21 octobre 2020, Netflix comptait 195 millions d'abonnés dans le monde, accumulant plus de 28 millions de nouveaux abonnements payants de janvier à septembre.