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Exode urbain et inégalités : les cartes du vote FN

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La carte du vote FN
La carte du vote FN
© Visactu

carte. Quelle France a voté Front national au premier tour de l'élection présidentielle ? Les composantes du vote frontiste changent-elles ? Explications avec le démographe Hervé le Bras.

Quelle France a voté dimanche pour la candidate frontiste Marine Le Pen ? Cet électorat est-il différent de celui qui vote traditionnellement pour le Front national ? Explications venues du terrain, avec Hervé le Bras, démographe, directeur d'études à l'EHESS et chercheur émérite à l'Institut National d'Études Démographiques (INED).

1 ) Une constante : le littoral méditerranéen et le grand Nord-Est

Globalement, la cartographie de l'électorat frontiste est quasiment figée depuis 1984. Elle évolue très lentement, et demeure stable au dessus d'un axe Caen / Genève, sur le littoral méditerranéen, et jusqu'à 100 km à l'intérieur des terres : jusqu'au Vaucluse ou à l'Ariège. Cette base géographique stable s'explique principalement par des raisons économiques et sociales.

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Vote Front national au premier tour de l'élection présidentielle de 2002
Vote Front national au premier tour de l'élection présidentielle de 2002
© Radio France - Antoine Guerrier

A LIRE : " De Jean-Marie à Marine Le Pen : 30 ans de progression du vote FN"

2) La relégation sociale et le FN : partage d'un espace commun

La coupure entre deux France est nette. Le différentiel de vote entre certains départements va du simple au double : 14% dans le Finistère ou 17% dans le Morbihan, contre 34% dans le Pas-de-Calais, 35,7% dans l'Aisne, 31,3% en Haute-Saône, 30,5% dans le Vaucluse et 30% dans le Var.

La carte de la France qui souffre (chômage, pauvreté, jeunes sans diplômes, familles monoparentales)
La carte de la France qui souffre (chômage, pauvreté, jeunes sans diplômes, familles monoparentales)
- Hervé le Bras

La carte ci-dessus présente un "indice d'inégalité" composite, élaboré par Hervé le Bras à partir des données de 2013, qui compile à parts égales chômage, pauvreté, jeunes sans diplômes et familles monoparentales. Les zones en plus grandes difficultés sont corrélées avec celles du vote FN, dont voici la répartition en 2012 :

Carte de la part des suffrages pour Marine Le Pen en 2012
Carte de la part des suffrages pour Marine Le Pen en 2012
- Hervé le Bras

Cependant Hervé le Bras met garde contre une lecture abusive : le plus souvent, les laissés pour compte s'abstiennent. Cette corrélation souligne plutôt "le vote des régions pauvres, celles où beaucoup craignent les accidents de la vie car ils voient leurs proches atteints par eux" souligne-t-il dans une contribution au site The Conversation.

Concernant l'évolution de cette composante du vote FN, on assiste lors de cette dernière élection à "une baisse du vote FN dans les régions où l'économie va bien, et où il était traditionnellement fort". En Alsace, le FN était très fort depuis 1984 (et notamment en 1995, où il a été le plus fort : voir les cartes). Il s'approche actuellement du vote en faveur d'Emmanuel Macron. Idem en région Rhône-Alpes : les scores sont en baisse, en dessous de la moyenne, alors que le FN y était le plus fort dans les années 2000. La base électorale du FN sur fond économique se renforce dans les régions en crise, et diminue dans les régions qui vont bien.

"Je ne partage pas la vision pessimiste d'un FN qui progresserait inéluctablement. C'est un parti des espaces en crise. Ce n'est pas un vote de colère, mais un vote de malaise." Hervé le Bras.

A LIRE : " La France inégale : Qui vote FN ? Pas forcément ceux à qui l’on pense", par Hervé le Bras, pour_The Conversation_

3) L'exode urbain du FN ou la conquête de la France rurale

Candidat arrivé en tête au 1er tour de l'élection présidentielle en région parisienne en 2017
Candidat arrivé en tête au 1er tour de l'élection présidentielle en région parisienne en 2017

C'est la nouvelle tendance du vote FN. Une exploration fine des résultats du vote frontiste met en évidence la place croissante du facteur rural. "Le vote frontiste par taille de communes change à partir de 2007. Il est aujourd'hui nettement plus fort dans les petites communes que dans les grandes villes". souligne Hervé le Bras.

Déjà palpable lors de l'élection régionale de 2015, les résultats pour le FN ont encore baissé dans les grandes métropoles lors de ce premier tour de l'élection présidentielle : à Paris, Brest, Rennes ou Lyon, alors qu'il progresse dans les campagnes du Nord, de l'Est et du grand rivage méditerranéen.

"Dans les zones éloignées du centre, les habitants se sentent oubliés et ont l’impression de ne pas pouvoir changer leur situation. Dans les villes, même les plus pauvres peuvent espérer rencontrer une opportunité qui les tirera de la misère" conclut Hervé le Bras dans son analyse du vote FN.

Les résultats du Front national aux élections depuis 1973
Les résultats du Front national aux élections depuis 1973
© Visactu

A LIRE " La gauche et les catholiques : les cartes du vote Macron"

A ÉCOUTER " Présidentielle : premières leçons du premier tour", avec l'interview d'Hervé le Bras dans la matinale.