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Explorez The Stanley Parable, le jeu vidéo qui se joue de tout et surtout de vous

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Screenshot THE STANLEY PARABLE: ULTRA DELUXE
Screenshot THE STANLEY PARABLE: ULTRA DELUXE
- THE STANLEY PARABLE: ULTRA DELUXE

Culture Maison. Marion Dupont, collaboratrice du "Cours de l’histoire", vous propose d’embarquer pour une expérience vidéoludique qui, sous ses airs de blague potache, pourrait vous faire réfléchir à vos attentes de joueur, si elle ne vous jette pas carrément dans des abîmes de réflexion métaphysique.

The Stanley Parable est abordable et accessible aux plus néophytes, disponible sur PC et Mac via la plateforme de téléchargement Steam, et bientôt sur consoles dans une version enrichie.

De la proposition d’étudiant bricolée…

The Stanley Parable s’est imposé comme un classique du jeu vidéo, de ceux qui offrent au genre ses lettres de noblesse. C’est pourtant un bidouillage artisanal perpétuellement déceptif qui balaie toutes les conventions vidéoludiques, à la fois minimaliste, hilarant et vertigineux. 

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Loin des grandes productions attendues des années durant par des armées de fans, The Stanley Parable a été bricolé en 2011 par Davey Wreden, alors game designer en herbe d’à peine 24 ans, sur un « mod » du jeu vidéo culte Half-Life 2 (un mod, pour modification, est une sorte de greffon ajouté à un jeu vidéo par une personne extérieure, souvent un fan, pour apporter ou améliorer une fonctionnalité). 

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Devant le succès inattendu rencontré par cette première mouture, Davey Wreden sort deux ans plus tard une version complète et indépendante. Il n’y a dans ce jeu vidéo d’exploration à la première personne, pas de quasi proverbiaux « paysages à couper le souffle », pas d’univers onirique ou post-apocalyptique, pas de puzzles ou d’énigmes à résoudre, pas d’ennemis à abattre, pas de performance à réaliser, pas même d’objectif à mener à bien. 

Qu’y fait-on alors exactement ? Vous y incarnerez Stanley… non, attendez. Comme le dit le jeu lui-même, sur le ton de l’étudiant mi-insolent, mi-péremptoire :

Vous incarnerez Stanley, et vous n’incarnerez pas Stanley. Vous suivrez une histoire, vous ne suivrez pas l’histoire. Vous aurez le choix, vous n’aurez pas le choix. Vous finirez le jeu, vous ne finirez jamais le jeu. Ce monde n’a pas été conçu pour que vous le compreniez

C’est que si l’expérience est difficile à raconter, il ne faut surtout sous aucun prétexte divulgâcher ce que vous allez découvrir. 

… à la fable métaphysique inépuisable

Mais puisqu’il faut s’y risquer, vous incarnerez Stanley, un employé de bureau (numéro 427) aussi standard que son pot à crayons, instrument soumis et heureux d’une machinerie bien huilée. Ce jour-là, aucune tâche ne s’affiche sur l’écran de Stanley, personne ne vient lui donner d’ordre ; lorsque, désoeuvré, il se décide à sortir de son bureau, ses collègues ont disparu. « Il avait travaillé ici depuis des années, et c’était la première fois qu’il se retrouvait isolé ainsi » : désormais, seule l’accompagne la voix du Narrateur et son accent britannique (interprété par l’acteur Kevin Brighting) pour explorer les lieux.

Mais contrairement à un roman ou à un film, vous êtes aux manettes de Stanley. « Quand Stanley arriva devant deux portes ouvertes, il prit la porte à sa gauche » : allez-vous vous plier au script du narrateur ou exercer votre libre-arbitre ? Allez-vous jouer le jeu ? La voix off s’adapte à vos actions et fait régulièrement tomber le quatrième mur, prétendant improviser ou réajuster son script ; tantôt menaçant Stanley de le tuer prématurément, tantôt s’adressant directement à vous. Chacun de vos choix, même ne pas bouger ou vous enfermer dans un placard à balais, ouvrira des variations qui paraissent infinies, et méfiez-vous : « la fin n’est jamais la fin ». 

Tous ces chemins ouverts sont autant d’astucieux jeux de l’esprit : il s’agit alors de tout essayer, de tester les limites de ce qui a été prévu et de rire de vos attentes déjouées comme des conventions narratives. Car, tout occupé que vous êtes à faire usage de votre illusion de liberté et à badiner avec le Narrateur, vous êtes aussi en quête de l’explication à donner à la soudaine désertion des bureaux. Cette naturelle inclination métaphysique est un autre sujet de railleries du Narrateur : pourquoi devrait-il y avoir une raison, une volonté supérieure, un récit expliquant ce qu’il vous arrive ?

The Stanley Parable
The Stanley Parable
- The Stanley Parable - Ultra deluxe

La critique d’un médium sous-exploité

Si le jeu, ou le Narrateur, ou Davey Wreden, ou les trois, se jouent ainsi de vous, c’est surtout parce qu’ils opèrent la critique du médium lui-même et de son industrie frileuse. En révélant en creux ce que l’on aime d’ordinaire dans un jeu vidéo - l’exploration avec frissons mais sans danger d’un monde rassurant, réglé, organisé - The Stanley Parable accuse la paresse de la plupart des titres en vogue. La simplicité du travail de Stanley n’est pas sans évoquer cette facilité, désormais camouflée par des débauches de moyens techniques et d’artifices narratifs : « Il restait assis à un bureau et appuyait sur les touches d’un clavier. Les ordres lui parvenaient par un écran et lui disaient précisément, sur quel bouton appuyer, à quel moment et dans quel ordre ». 

L’équipe conceptrice avoue avoir voulu bousculer un peu les codes et les réflexes des professionnels comme des joueurs. Pourquoi ne pas désobéir aux instructions ? Pourquoi un game over ne pourrait-il pas ouvrir de nouvelles possibilités ? Pourquoi fixer des objectifs ? 

Le partenaire idéal de confinement !

L’univers de The Stanley Parabole est d’autant plus pertinent en ces temps de confinement qu’il aborde les thèmes de l’isolement et du désoeuvrement - même si Davey Wreden l’avouait lui-même le 19 mars sur Twitter, on est loin d’un objet apaisant : « En ces temps de confusion et d’incertitude et de sentiment de désespoir généralisé, je suis heureux de rendre Stanley Parable gratuit [pendant une semaine, ndlr] pour que les gens puissent avoir l’occasion de s’échapper de - attendez… non… merde. Laissez tomber. »

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On se montrera moins pessimiste que l’auteur, qui n’a jamais caché la profonde dépression dans laquelle l’avaient plongé la conception et le succès de son premier opus, une thématique qu’il explorera dans le suivant et dernier à ce jour, The Beginner’s Guide. _The Stanley Parabl_e est une fable pour nous rappeler que le jeu vidéo est un art comme les autres : un objet qu’un artiste façonne et offre à la réflexion de qui voudra bien s’en saisir, un lien entre deux solitudes. Le jeu manie l’ironie sans tomber dans le cynisme : si l’on n’y est jamais complètement libre, on n’y est jamais non plus complètement seul.

  • The Stanley Parable__, disponible sur PC et Mac via la plateforme de téléchargement Steam, et bientôt sur consoles dans une version enrichie.
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