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Explosions à Beyrouth : "Toute la pourriture politique nous a explosé au visage"

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Avant même l'intervention d'un Etat défaillant, les Beyrouthins se prennent en main et affluent pour panser les plaies de la capitale libanaise.
Avant même l'intervention d'un Etat défaillant, les Beyrouthins se prennent en main et affluent pour panser les plaies de la capitale libanaise.
© Radio France - Nathanael Charbonnier

Témoignage. Trois jours après deux explosions qui ont ravagé une bonne partie de la capitale libanaise, les habitants se relèvent, nettoient, avant de reconstruire. Et déjà, des responsables sont montrés du doigt : les dirigeants du pays, incompétents, corrompus, indifférents, dit la rue.

Photos réalisées et témoignage recueilli par Nathanaël Charbonnier, envoyé spécial de Radio France à Beyrouth.

Adoune est la gérante d'un magasin d'artisanat phénicien, à quelques centaines de mètres du port, à l'intérieur de la ville. Elle revient sur les lieux, fermés depuis un mois du fait de la crise économique, et constate les dégâts. Ici, comme dans tout le quartier, il ne reste "pas grand chose", dit-elle. "Je viens de récupérer l'enseigne du magasin. Elle était dans la salle de bain, ce qui donne une idée du souffle de l'explosion."

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Dans le secteur de la rue Gouraux, à quelques centaines de mètres à vol d'oiseau de l'explosion, les immeubles ont été soufflés.
Dans le secteur de la rue Gouraux, à quelques centaines de mètres à vol d'oiseau de l'explosion, les immeubles ont été soufflés.
© Radio France - Nathanael Charbonnier

Accablée, la commerçante (dont on ne verra pas le visage) ne compte pour autant pas abandonner. Sa colère est son carburant et la solidarité des Beyrouthins nourrit sa confiance en l'avenir.

Qu'est-ce que vous allez faire maintenant ? 

Maintenant, je vais souffler un peu. Je vais bien réfléchir, mais je pense que mon devoir est de rebâtir. Parce qu'avec cette jeunesse, la solidarité qu'on a ressentie avec tous ces jeunes de toutes les confessions qui sont venus nous prêter main forte, le Liban n'est pas mort. L'âme du Liban est toujours là. 

Des volontaires venus de partout nettoient le quartier de Gemmayze, voisin du port.
Des volontaires venus de partout nettoient le quartier de Gemmayze, voisin du port.
© Radio France - Nathanael Charbonnier

C'est vous qui allez reconstruire ? Pas les politiques ? 

Sûrement pas. Ils sont pourris. Ils sont juste bons pour la poubelle. Ils ne valent pas plus que ça. Ils sont tous pourris. Je suis en colère, parce que ça traîne depuis trop longtemps. C'est pas juste à cause de ce qui s'est passé hier. Là, c'est l'apogée, le couronnement de toute la pourriture.

Toute la pourriture nous a explosé au visage. 

Les Libanais demandent au président français Emmanuel Macron, en visite à Beyrouth (Liban), de les débarrasser de leur classe dirigeante. 6 août 2020.
Les Libanais demandent au président français Emmanuel Macron, en visite à Beyrouth (Liban), de les débarrasser de leur classe dirigeante. 6 août 2020.
© Radio France - Nathanael Charbonnier

Et c'est pour ça que les jeunes, les moins jeunes, tout le monde, lors des prochaines élections, il nous faudra bien réfléchir avant de choisir. Parce qu'après tout, ce sont des gens qui ont choisi ces responsables, qui les ont élus. Ils ne sont pas là par hasard. Mais nos politiques ont acheté les gens, ils ont dépensé de l'argent pour être sûrs de leur siège, de leur poste. Mais ils ne valent pas grand chose.

Emmanuel Macron, en visite à Beyrouth deux jours après les explosions sur le port de la ville, interpellé par les Libanais.
Emmanuel Macron, en visite à Beyrouth deux jours après les explosions sur le port de la ville, interpellé par les Libanais.
© Radio France - Nathanael Charbonnier

Nos gouvernants, nos responsables, personne n'est venu nous demander ce qu'on ressent. Alors que tous les médias étrangers viennent tâter le pouls de ce peuple qui est en train d'agoniser.

Votre force, votre énergie, sont remarquables... 

Séisme, guerres, et maintenant accident industriel. Beyrouth a été maintes fois détruite, mais toujours, elle s'est relevée.
Séisme, guerres, et maintenant accident industriel. Beyrouth a été maintes fois détruite, mais toujours, elle s'est relevée.
© Radio France - Nathanael Charbonnier

Il faut bien. Ce n'est pas la première fois qu'on rebâtit. C'est déjà la sixième fois. Je travaille sur la civilisation phénicienne, et je suis admirative devant un peuple qui, à partir de rien, a conquis toute la Méditerranée sans faire de guerre. C'est juste par le commerce, par leurs contacts.

Je me dis qu'on doit renaître, que c'est notre destin.