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Extinction Rebellion : quelles idées pour convaincre ?

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Lors d'un rassemblement d'Extinction Rebellion, place de l'Étoile à Paris, le 11 octobre 2019
Lors d'un rassemblement d'Extinction Rebellion, place de l'Étoile à Paris, le 11 octobre 2019
© Maxppp - Thomas Padilla

Repères. Né en octobre 2018 en Angleterre, le mouvement Extinction Rebellion revendique aujourd’hui 15 000 militants en France et 100 000 à travers le monde. Dans les 60 pays où il est implanté, ce collectif défend des idées identiques, à savoir : un changement radical de nos politiques environnementales.

En cette fin de semaine, Extinction Rebellion (abrégé en XR) se fait à nouveau remarquer par son #BlockFriday, lancé avec Youth For Climate, AnvCop21 et Attac. Avec des actions prévues dans 27 villes de France, suivant un mode "décentralisé et horizontal, chaque groupe local est autonome et choisit lui-même ses partenaires et le type d’action qu’il souhaite organiser".

Fondé il y a un an en Angleterre, avec dans la foulée le blocage des cinq principaux ponts de la capitale britannique, ce mouvement rassemble aujourd'hui 100 000 militants à travers le monde, unis par une vision commune : celle d'un changement radical et mondial des politiques environnementales. Extinction Rebellion établit la non-violence comme principe de base, prône la désobéissance civile et avance quatre uniques revendications.

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Les fondateurs

À l'origine de ce mouvement qui se veut holacratique - sans hiérarchie pour donner plus de pouvoir à ses membres - figurent trois Britanniques. Activistes écologistes, ils ont décidé d’agir de façon plus pérenne contre le changement climatique. D'abord Roger Hallam, 53 ans, un ancien agriculteur bio et candidat indépendant en 2019 au Parlement européen. Figure médiatique, ce chercheur sur la désobéissance civile au King’s College à Londres a par exemple expliqué en mai dans le Guardian qu'"Extinction Rebellion suit humblement la tradition de Gandhi et de Martin Luther King". Mais il a été récemment particulièrement critiqué pour ses propos sur l’holocauste, "une connerie [fuckery] de plus dans l’histoire humaine" a-t-il estimé dans un entretien accordé au quotidien allemand Die Zeit

Quand Roger Hallam, cofondateur d'Extinction Rebellion, relativise la Shoah dans un quotidien allemand et provoque de vives réactions, y compris parmi ses militants. Précisions de Véronique Rebeyrotte

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Gail Bradbrook, docteure en biophysique moléculaire, et Simon Bramwell sont les deux autres fondateurs, raconte L'Express. Elle a mené grand nombre d' actions militantes à Stroud, petite ville du sud-ouest de l'Angleterre où ils ont vécu en couple pendant trois ans, préfigurant celles d'Extinction Rebellion. "C'est dans le salon de Gail en avril dernier [2018] que nous avons décidé de nous lancer. Nous avons décidé de consacrer toute notre énergie et notre intelligence à quelque chose qui pourrait changer la planète." a expliqué Simon Bramwell au Guardian. La version de Roger Hallam, interrogé par Libération, diffère quelque peu : "Nous nous sommes réunis avec une quinzaine de personnes dans un café et j’ai suggéré de créer un mouvement de désobéissance civile massif.

Tous les trois lancent XR et organisent chaque semaine des actions fin octobre 2018. En France, les prémices du mouvement arrivent dans les semaines qui suivent, en novembre. C’est véritablement au printemps 2019 que le mouvement démarre, lors d’un appel à la rébellion lancé par plusieurs centaines de personnes place de la Bourse à Paris le 24 mars 2019, un rassemblement dans l’espoir de "marquer le début d’actions de désobéissance civile non-violente dans toute la France". Depuis, le mouvement ne cesse de grandir. Aujourd’hui, il compte près de 80 groupes locaux dans toute la France. 

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La non-violence comme principe de base 

Avant tout, Extinction Rebellion prône la non-violence. Occupations de lieux, blocages à coup de chaînes humaines, tags à la craie, pas de résistance en cas d’interpellation, la non-violence est primordiale pour les activistes du mouvement écologiste. 

"S’en prendre physiquement à des policiers lors d’une manifestation, on ne pense pas que ce soit quelque chose de juste", raconte à France Culture Rémi, 35 ans, militant de la première heure en France. "Les policiers ne sont pas des ennemis, poursuit-il, ce sont aussi des victimes du système capitaliste que l’on dénonce". Celui qui est aussi formateur à la désobéissance civile au sein du collectif "Les Désobéissants" admet qu’il y a également une part de stratégie dans la non-violence. Il est plus facile de convaincre la population quand il n’y a pas de violence, qui elle, au contraire, repousse. Extinction Rebellion entend ainsi rassembler des "milliers de citoyens pour construire le monde de demain". Mais la non-violence attire également au mouvement certaines critiques, de collectifs qui souhaiteraient voir XR converger vers d’autres causes.  

La non-violence permet d’être crédible et d’amener un maximum de citoyens à partager nos revendications.                                                                                    
Rémi, activiste d’Extinction Rebellion.

La désobéissance civile comme moyen d’action

Il y a eu en avril dernier la mobilisation de 2 000 personnes en bas des tours de La Défense, le blocage du pont de Sully en juin, à Paris (avec une évacuation musclée par la police), jusqu’à l’occupation du centre commercial Italie 2, pendant 18 heures début octobre, puis celle de la place du Châtelet durant plusieurs jours et des actions devant l’Assemblée nationale. Et désormais le BlockFriday. Des lieux bloqués censés, d’après le mouvement, être plus efficaces que les différentes marches pour le climat organisées à plusieurs reprises et qui n’ont pas permis aux militants et militantes de se faire entendre. 

Ces zones d’occupation, comme cela a été le cas place du Châtelet, se transforment en "lieux de vie" extrêmement structurés. Extinction Rebellion en profite pour animer des conférences et formations autour de la désobéissance civile et de la non-violence, des débats ainsi que divers ateliers.

Si on entre en rébellion, c’est contre un système et contre les multinationales.                                                                                    
Anton, militant Extinction Rebellion dans l’émission Le Temps du débat

François Gemenne, membre du Giec, enseigne les politiques du climat depuis une dizaine d’années à SciencesPo. Le 10 octobre dernier, il est venu s’exprimer devant les militants d’Extinction Rebellion, lors de l’occupation de la rue de Rivoli. Le chercheur explique à France Culture soutenir ces actions car "la plupart des pays qui doivent réduire leurs émissions de gaz à effet de serre substantiellement sont les pays industrialisés. Ce sont essentiellement des démocraties, c’est-à-dire des régimes où l’avis des gens compte, donc je pense que ce type de pression politique, qui se réapproprie des outils des luttes sociales, des grèves, des blocages, des mobilisations est très important." François Gemenne estime ainsi que "les politiques ne bougeront qu’à partir du moment où cela se traduira dans les sondages d’opinion, les intentions de vote et dans le bulletin de vote", d’où la nécessité pour lui de mobiliser sur le climat et de participer à ce type d’actions. 

Les 4 uniques revendications

Les revendications d’Extinction Rebellion sont les mêmes pour les 60 pays où le mouvement est implanté. Des revendications exprimées sur leur site internet, les réseaux sociaux et régulièrement lors de la prise de parole des activistes dans les médias.

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La première de ces revendications tient en la nécessité de reconnaître la gravité et l’urgence à agir, tout en communiquant de façon "honnête". Rémi, militant depuis plusieurs mois au sein de XR estime ainsi que "le danger réel pour la survie de l’humanité n’est pas le premier sujet traité par les médias" et qu’il devrait être la première des préoccupations pour tous et toutes. Ce qui permettrait la mise en place de mesures radicales pour lutter contre le changement climatique. 

Pour cela, il est nécessaire d’après Extinction Rebellion, de réduire dans l’immédiat les émissions de gaz à effet de serre, avec pour objectif "la neutralité carbone en 2025". Cela passe notamment par l’arrêt du transport aérien et de la consommation de viande. "C’est la seule possibilité pour éviter l’extinction de masse et le chaos climatique qui rendraient la planète inhabitable", d’après Rémi. 

Il faut changer nos modes de vie.                                                                              
Rémi, activiste d'Extinction Rebellion

Extinction Rebellion réclame également "l’arrêt immédiat de la destruction des écosystèmes océaniques et terrestres"

Enfin, revendication qui détonne quelque peu avec les exigences écologiques, le mouvement souhaite la création d’une assemblée citoyenne "qui permettrait, selon Rémi, de manière démocratique avec l’ensemble de la population, de décider de la politique de défense énergétique indispensable pour maintenir la vie sur Terre__". Le militant explique qu’Extinction Rebellion n’entend pas aller vers "une dictature verte", les citoyens ayant seuls le pouvoir de décider des alternatives à mettre en place. 

D’ailleurs, même si cela paraît totalement en contradiction avec leur lutte, le mouvement dit être "__solidaire avec les ‘gilets jaunes’ qui ne peuvent pas se passer de leur voiture pour aller travailler". C’est la hausse de cette même taxe carbone qui avait déclenché la colère de ceux qui seront devenus le mouvement des "gilets jaunes" par la suite. 

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L’anti-capitalisme 

La société future que revendique Extinction Rebellion passe nécessairement par la fin du capitalisme, incompatible avec une société "post-carbone".

Le capitalisme, c’est la mainmise des ressources par une poignée d’oligarques, des gens qui gagnent des milliards sur le dos du reste de la population et des générations futures. Le capitalisme n’est donc pas compatible avec la survie de l’espèce humaine sur la planète.                                                                              
Rémi, activiste d’Extinction Rebellion

Au contraire, le mouvement embrasse une vision où prédominent "la bienveillance, la résilience et une culture ouverte". Pour cela, Extinction Rebellion s’est appuyée sur diverses théories de la désobéissance civile et de la non-violence.

Quelles inspirations ?

Pour mener son combat, Extinction Rebellion s’est inspirée de différents mouvements de lutte non-violente. Il y a évidemment celui mené par Gandhi pour l’indépendance de l’Inde. Autre théorie qui inspire le mouvement, celle du philosophe américain Henry David Thoreau, auteur de "La Désobéissance civile". 

Plus proche de nous, il y a la lutte des faucheurs OGM conduite par José Bové à la fin des années 1990 et aussi le mouvement Otpor en Serbie, qui a conduit à la chute de son dirigeant Slobodan Milosevic en 2000. Mené par la jeunesse, il s’appuyait en plus des mobilisations de masse sur l’activisme par le rire, comme l’explique Srdja Popovic interviewé par RFI en 2013. 

Les travaux de deux chercheuses américaines sont aussi une source d’inspiration pour Extinction Rebellion. D’abord, ceux de Joanna Macy, éco-philosophe et pionnière dans l’étude des effets psychologiques du réchauffement climatique. Elle prône la "culture de la régénérescence". En ce sens, elle explique à France Culture "nous sommes tous influencés et déformés par l’hyper individualisme et le vrai défi, c’est de réussir à influencer les politiques et les multinationales sans les prendre pour des ennemis. Parce que ce n’est pas une bataille des gentils contre les méchants, mais la bataille de tout le monde, ensemble". Le combat pour la planète ne peut donc être individualiste mais nécessite plutôt un changement social à l’échelle du monde.

Pour mener cette lutte à bien, il est indispensable de rassembler au moins 3,5% de la population mondiale. La règle des 3,5% est défendue par Erica Chenoweth, sociologue américaine dont les travaux portent autour des mouvements non-violents. En les étudiant et comparant avec d’autres formes d’action violente, la chercheuse a constaté que les actions non-violentes réussissent deux fois plus que les actions violentes et que pour réussir, il suffit que ces mouvements non-violents rassemblent 3,5% de la population. 

L’objectif d’Extinction Rebellion est donc à présent de rassembler ce fameux chiffre de 3,5% au niveau mondial, dans l’espoir d’opérer un changement effectif dans la politique écologique planétaire. 

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