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Fabrication numérique : des ateliers pour passer de l'idée au prototype

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Rémi Gerriet teste la caméra qu'il vient de fabriquer ; elle sera utilisée sur des drones pour observer les champs et faire des relevés pour l'agriculture. Cet ingénieur indépendant travaille pour des start-up ; son rôle est de développer de nouveaux produits innovants. En quelques semaines, il a pu faire un premier prototype, réalisé notamment grâce à une imprimante 3D. C’est à l**’Usine IO ** qu’il a pu trouver le matériel nécessaire. Rémi Gerriet fait partie des quelques personnes qui ont pu bénéficier en avant-première des prestations de cet espace qui ouvre ses portes aujourd’hui, mercredi 1er octobre.Cet atelier de fabrication numérique s’étend sur près de 1500 m2, au cœur du 13è arrondissement de Paris.

L'objectif du lieu : permettre à des jeunes entrepreneurs, des start-up, mais aussi des amateurs éclairés de** passer de l'idée au prototype** . « *Nous voulons favoriser le passage vers l’industrialisation * », résume Benjamin Carlu, l’un des co-fondateurs avec Gary Cige et Agathe Fourquet.

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L'espace propose du matériel pour traiter le bois, le métal, l'électronique.
L'espace propose du matériel pour traiter le bois, le métal, l'électronique.
© Radio France - c.Petillon

Matériel et accompagnement

Pour cela, l'Usine IO offre à ses membres la possibilité de bénéficier d’ateliers bois et métal avec tout un attirail d’outils chers et sophistiqués, comme des imprimantes 3D, des fraiseuses numériques des appareils à découpe laser. «* Les start-up pour lesquelles je travaille n’ont pas de matériel, parfois pas l’expertise nécessaire, et moi qui suis indépendant, je ne dispose pas non plus de tout l’équipement * », explique Rémi Gerriet . Or accéder à ces outils de fabrication lui permet de tester et d’améliorer son idée en grandeur nature :

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Les membres peuvent également bénéficier du conseil d’experts et louer un espace en coworking. A la veille de l’ouverture, on y croisait déjà une designer, venue faire un prototype de lampe en plexiglass, une scénographe, ou encore un ingénieur en pleine conception d'un bracelet connecté, affairé à tester ses premiers circuits. Le public visé va de « l’amateur averti, qui veut par exemple travailler sur la conception d’un robot aux start- up et PME qui cherchent un atelier et de besoin en prototypage », liste Gary Cige, cofondateur du lieu. A condition de s'acquitter d'un **abonnement ** allant de 100 à 400 euros par mois selon les prestations.

C’est sur ces sommes que se fonde le modèle économique du lieu. Mais pour rassembler les quelques 700.000 euros nécessaires rien que pour le matériel, l’équipe a réussi à réunir des investisseurs parmi lesquels elle cite Xavier Niel (Free) ou Jacques-Antoine Granjon (Ventes privées). Le projet a aussi bénéficié de 200 000 euros du ministère de l'Economie. En effet, c'est l’un des 14 lauréats d’un appel à projet sur « l'aide au développement des ateliers de fabrication numérique», lancés en 2013 par Fleur Pellerin, alors en charge du numérique.

Imprimante 3D
Imprimante 3D
© Radio France - C.Petillon

Des hackers spaces aux tech shops
Si les ateliers de fabrication numérique ont été inscrits dans la feuille de route du numérique du gouvernement, c'est aussi parce qu'en une dizaine d’années, ces espaces dédiés à la conception, au prototypage ou à la réparation d’objets se sont multipliés. Il existe sous des formes très variées, mais encore souvent nommés par le terme de **Fablab ** pour « laboratoires de fabrication ».

A l’une des extrémités du spectre, on trouve les hackers spaces, des ateliers qui défendent une approche fondée sur l’ouverture – à l’image du monde du logiciel libre. De l’autre côté, des lieux ont ouvert avec une destination entrepreneuriale, à l'image de ceux de la marque américaine TechShop. C'est de ce dernier modèle que se rapproche l'Usine IO. Entre les deux se déclinent toute une variété d'ateliers ouverts, fondés sur le travail collaboratif et le partage de compétences, où la cohabitation de métiers différents favorise l'innovation.

« Les ateliers de fabrication numérique peuvent répondre à différentes vocation s », souligne le designer Jean-Louis Fréchin :

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Innovation et citoyenneté
Encore peu connus du grand public, ces ateliers ont intéressé en premier les bricoleurs, ingénieurs, amateurs souhaitant fabriquer des choses qu'ils ne pouvaient pas faire chez eux ou sur leur lieu de travail Avec pour objectif commun de se réappropier la technique, les moyens de production. Beaucoup d'initiatives se développent en lien avec le monde associatif ou l'enseignement. Comme leFac Lab à Gennevilliers, adossé à l'Université de Cergy-Pontoise (UCP). A Brest, **Les Fabriques du Ponant ** - le plus grand fab lab de Bretagne, inauguré le 20 septembre dernie - est porté par l'association Les Petits Débrouillards, la Maison du libre et une école d'ingénieurs, Télécom Bretagne sont situés au lycée Vauban .

La **Fing ** (Fondation Internet Nouvelle génération) avait déjà réalisé un « tour d'horizon des fablabs ». A la demande de la Direction générale des entreprises, elle a planché avec le cabinet Conseil et recherche sur le rôle et la place des ateliers de fabrication numérique. Le rapport devrait être rendu public mi-octobre.

**A l'origine des Fab Labs **

Les *Fabrication Laboratories * ou « laboratoires de fabrication », abrégés en FabLabs, ont été créés au début des années 2000 dans le Center for Bits and Atoms (CBA) du Massachusetts Institute of Technology (MIT) par son directeur Neil Gershenfeld. Dans un cours intitulé « Comment fabriquer (presque) n'importe quoi », il fait découvrir aux étudiants ce que permettent les machines à commande numérique. Les Fab Labs sont nés. Pour utiliser le logo des Fab Labs du MIT, il faut suivre la charte.

Le concept de Fab Lab s'est depuis élargi, à mesure qu'il s'est développé sur d'autres territoires.