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Face à l'urgence climatique, la désobéissance civile comme seule action

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Des activistes écologistes bloquent l'entrée du groupe Total à La Défense (92) lors d'une action non violente, le 19 avril 2019
Des activistes écologistes bloquent l'entrée du groupe Total à La Défense (92) lors d'une action non violente, le 19 avril 2019
© AFP - Thomas Samson

Les militants et militantes pour le climat se sont regroupés une dizaine de jours à Kingersheim, au nord de Mulhouse afin de se former à l'activisme écologiste. Au programme notamment, des actions non violentes de désobéissance civile, seul moyen d'agir pour faire face à l'urgence selon eux.

Comment mobiliser face à l’urgence climatique ? C’est l’objet du Camp climat qui s’est tenu pendant 10 jours à Kingersheim (Haut-Rhin), à l’initiative de trois associations : Alternatiba, les Amis de la terre et ANV-COP21. Plus de 1 000 personnes s’y sont réunies afin de se former notamment à la désobéissance civile. 

Face à l’urgence, il faut agir. Mais les actions individuelles ne sont plus suffisantes pour le millier de personnes rassemblées à Kingersheim. Pour forcer les gouvernements et les grandes multinationales à prendre des mesures pour limiter le changement climatique, les participants et participantes de la 3e édition du Camp climat ont été formées lors de 300 ateliers allant de la communication à la logistique en passant par des actions non violentes de désobéissance civile. La désobéissance civile qui est désormais vue comme le seul moyen d’agir efficacement pour inciter au changement. 

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La désobéissance civile à tout âge

"Les gens qui viennent au camp climat ont une volonté, une envie de voir les choses changer à une autre échelle. Ils comprennent que c’est par le collectif et les mouvements citoyens et collectifs que nous pourrons avoir cet impact-là. Que ce soit au niveau de sa ville, de sa région, de son département, il faut s’organiser et plus seulement que ce soit un geste individuel", explique Claudine Darque, coordinatrice du Camp climat. 

Les compétences acquises au Camp climat doivent permettre de mobiliser et d’œuvrer face à la bataille du réchauffement climatique. Cette année, les deux tiers des personnes présentes (plus de 1 100 pour cette 3e édition, soit trois fois plus qu’en 2016, lors du 1er Camp climat) n’étaient membres d’aucune association lors de leur arrivée au Camp climat et venaient pour la première fois. "Nous sommes en augmentation constante, il y a un besoin, une envie et un souhait de se former pour pouvoir agir concrètement", ajoute Claudine Darque.

Véronique et Marc Caillard viennent pour la 1re fois au Camp climat, activistes depuis peu pour la cause
Véronique et Marc Caillard viennent pour la 1re fois au Camp climat, activistes depuis peu pour la cause
© Radio France - Fiona Moghaddam

C’est effectivement ce qui a motivé Véronique et Marc Caillard, un couple de sexagénaires dont l’une des filles est devenue militante activiste au sein de l’association Alternatiba en septembre 2018. C’est elle qui les a entraînés dans cette cause. Au début, l’engagement de Véronique Caillard se traduisait par "coudre des banderoles" pour les différentes mobilisations pour le climat. Puis "de fil en aiguille, s’amuse-t-elle à raconter, je me suis retrouvée à fabriquer des masques d’orang-outan pour sensibiliser contre l’utilisation de l’huile de palme et ensuite faire partie des 2 000 activistes qui ont bloqué La Défense (en avril dernier, contre "La République des pollueurs" scandaient les militants, ndlr)…"  Une action de désobéissance civile que la psychologue à la retraite juge tout à fait compatible avec son rôle de mère. 

Cela fait partie des droits constitutionnels ! Quand on estime que cela ne va plus dans ce qu’on nous demande de faire au quotidien, que cela ne va plus dans le sens de l’humanité, c’est un devoir de désobéir ! Je n’ai pas peur ni honte, au contraire ! Je suis fière que mes filles relèvent le défi et j’y vais aussi !                
Véronique Caillard, retraitée et nouvellement activiste écologiste

À ses côtés, son mari acquiesce avant d’ajouter "la jeunesse crie une phrase qui pour moi a été un choc ‘Et un, et deux, et trois degrés, c’est un crime contre l’humanité’ ! Je n’ai jamais entendu en 50 ans de manifestation depuis 1968 ‘crime contre l’humanité’ crié dans la rue par des dizaines de milliers de jeunes ! C’est hallucinant si l’on veut bien entendre… C’est véritablement une bascule symbolique et je pense que pour nous aussi." Autre tournant qui a incité le couple, déjà écologiste depuis longtemps, à devenir activiste, la démission de Nicolas Hulot. "Là, cela a fait un choc, explique Véronique Caillard, on se dit 'Mince ! Si lui baisse les bras, il n’y a plus que nous__, les gens, les simples, qui avons le devoir de se relever les manches et d’y aller !' Cela a été un déclic très fort". 

Un peu plus loin, dans un gymnase mis à disposition par la mairie de Kingersheim pour le Camp climat, Théotime, 20 ans, participe à un atelier de simulation d'action non violente. La perspective de participer à ce type de mobilisation n'effraie pas le jeune étudiant qui estime que dans le pire des cas, il risque un casier judiciaire. "Dans 15 ans, ce sera même plutôt vu comme positif d'avoir un casier judiciaire pour cela, plutôt que de ne pas en avoir et n'avoir rien fait", lance-t-il. Lui est venu à l'initiative de ses parents, très engagés dans la cause climatique. 

34 min

Décrocher les portraits du président comme métaphore d'un vide écologique 

Et cela ne passe pas uniquement par trier ses déchets, utiliser moins de plastique, prendre les transports en commun et manger moins de viande. Évidemment, c’est un premier pas mais aujourd’hui les activistes pour le climat ont des ambitions plus grandes.

"On essaie de faire bouger ceux qui sont au pouvoir et les entreprises qui peuvent faire changer les choses et qui ne le font pas encore", explique Sixtine Dano qui participe à son deuxième camp climat cette année. Et pour cela, la jeune militante de 23 ans participe à des actions de blocages, décroche des portraits d’Emmanuel Macron et va parfois jusqu’en Allemagne pour bloquer des usines à charbon. 

En enlevant le portrait de Macron dans les mairies, notre but est de créer un vide sur ces murs, comme le vide de la politique écologique de Macron. C’est le vide entre ce qu’il dit qu’il faut faire et ce qu’il fait. Si ces gens prenaient leurs responsabilités et se rendaient compte de l’urgence, on pourrait déjà faire un bond énorme.                
Sixtine Dano, activiste pour la défense du climat

Des participant.es au Camp climat simulent une action de désobéissance civile et décrochent un portrait d'Emmanuel Macron lors d'un atelier de formation
Des participant.es au Camp climat simulent une action de désobéissance civile et décrochent un portrait d'Emmanuel Macron lors d'un atelier de formation
© Radio France - Fiona Moghaddam

La jeune femme, qui travaille dans le cinéma d’animation et a co-réalisé un court-métrage sur la thématique de l’environnement "Thermostat 6", se désole du peu de crédit accordé à la mobilisation des jeunes. "Quand le mouvement des jeunes a commencé, je me suis dit 'Waouh ! Ça y est, c’est la bascule ! Cela va faire changer les choses !' Et au final, non. Ils ne sont pas pris au sérieux, ils sont très infantilisés, même Greta Thunberg se fait ridiculiser par les députés. J’ai l’impression que même si tous les enfants disaient aux adultes 'Sauvez-nous ! on n’a pas envie de l’avenir que vous nous donnez !', cela ne ferait pas changer les choses…" Mais l'urgence est déjà là alors, il n'y a pas le temps d'attendre que ces enfants grandissent. 

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Et pour cela, rassembler le plus grand nombre est indispensable constate Sixtine Dano. "On ne pourra pas faire changer les choses si on est qu’un petit groupe de militants écolo, il faut qu’on soit ralliés par une majorité de personnes ou alors par peu de personnes mais qui ont du pouvoir. Tant qu’on ne pourra pas atteindre ce niveau-là, je ne sais pas si on pourra faire changer les choses."

Mobiliser le plus possible grâce à la non violence

C'est pour cette raison que Marielle, formatrice au Camp climat espère mobiliser au maximum, "plus on pourra lancer d'actions, mobiliser, se former et être de plus en plus efficaces, plus on pourra espérer un impact le plus élevé possible". D'après elle, la non violence permet non seulement de peser plus pour faire pression mais également d'inciter plus de personnes à s'engager et à agir dans la lutte pour le climat. 

Une lutte soutenue activement par le maire de Kingershiem, Jo Spiegel. La ville a non seulement mis à disposition gracieusement une dizaine d’infrastructures pour accueillir le Camp climat mais lorsque Jo Spiegel a reçu la demande des associations, il a immédiatement accepté, même si on y forme à la désobéissance civile.

J'entends bien que le débat c'est important, que les marches pour le climat c'est un chance. Et j'entends bien que la désobéissance civile est un élément important. Mais dans le contexte d'aujourd'hui, où la prise de conscience doit être accélérée et où les gouvernements doivent vraiment changer de paradigmes, je pense que c’est un devoir public que d’être désobéissant civilement sur un certain nombre de sujets. Il n’y a plus le choix !    
Jo Spiegel, maire de Kingersheim

Et pour le maire, il ne s'agit plus d'agir pour l'avenir ni "les enfants de nos enfants" mais pour aujourd'hui. "Il y a déjà des millions de gens qui meurent du fait de la pollution de l'atmosphère", alors il appelle à pousser les gouvernements à changer de paradigmes. La tâche est immense, certes, alors elle nécessite "d'associer syndicats, citoyens, associations" à ce nouveau projet pour l'humanité.