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Face à la Covid-19, comment s'en sort (vraiment) l'Afrique ?

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Personnel médical dans le Centre d'accueil Covid-19 de Treichville, en Côte d'Ivoire, avant son ouverture officielle le 30 avril 2020. Les mesures de confinement viennent d'être assouplis dans tout le pays, sauf à Abidjan, épicentre de l'épidémie.
Personnel médical dans le Centre d'accueil Covid-19 de Treichville, en Côte d'Ivoire, avant son ouverture officielle le 30 avril 2020. Les mesures de confinement viennent d'être assouplis dans tout le pays, sauf à Abidjan, épicentre de l'épidémie.
© AFP - Sia Kambou

Entretien. Loin de la catastrophe annoncée, l’Afrique semble résister à l’épidémie de Covid-19. L'OMS, pourtant, sonne l'alerte, et prévoit un pic épidémique début juin. Analyse de l'épidémiologiste camerounais Yap Boum.

Avec 2 261 décès pour 62 266 cas, la Covid-19 semble pour l'instant avoir moins tué en Afrique qu'Europe. Le Vieux Continent totalisait dimanche à 156 111 décès pour 1 731 314 cas. 

Sous la pression sociale et économique, plusieurs pays africains ont annoncé un allègement du confinement, devenu intenable pour les populations les plus pauvres, privées de revenus, comme au Mali, où le couvre-feu à été levé ce week-end, assorti d’une obligation de port du masque dans les lieux publics. 

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En Côte d’Ivoire, le président Alassane Ouattara a annoncé jeudi un assouplissement des mesures dans tout le pays, sauf à Abidjan, où sont concentrés les malades et qui reste isolée du reste du pays. Fin du couvre-feu, réouverture des établissements scolaires, bars et restaurants, les Ivoiriens ont accueilli la nouvelle dans la joie, alors que la quasi-absence du virus dans l'intérieur du pays faisait même, pour certains, douter de sa réalité. Au Rwanda, des mesures radicales contre le coronavirus ont été prises au risque d'une dérive autoritaire, expliquait récemment dans sa chronique pour France Info Jean-Marc Four.

Le point avec l'épidémiologiste camerounais Yap Boum, représentant à Yaoundé d’Epicentre, la branche recherche et épidémiologie de Médecins sans frontières (MSF). 

L’Afrique est-elle vraiment moins touchée ?

On semble oublier que l'Afrique est un continent, comprenant 54 pays. Avec évidemment des réalités différentes selon que l’on parle de l’Afrique du Sud, très touchée, ou du Niger, beaucoup moins. Certains pays, comme le Cameroun, ont connu une courbe à croissance rapide puis semblent stagner. Alors que l’épidémie évolue plus dangereusement au Nigeria, en Afrique du Sud ou en République démocratique du Congo (RDC), où le nombre de cas a doublé en une semaine, ce qui rejoint les inquiétudes de l'Organisation mondiale de la santé (OMS).

Cette hétérogénéité en Afrique s’explique d’abord par l’exposition au virus. C’est une épidémie importée. Les pays les plus ouverts à l’extérieur, comme l’Afrique du Sud, l'Egypte ou l'Algérie ont logiquement été les plus touchés.

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On sait que c’est un virus qui est particulièrement dangereux pour les personnes âgées, avec des facteurs de comorbidités. La jeunesse de la population africaine est peut-être un facteur explicatif de cette courbe épidémique pour l’instant moins rapide qu’en Europe. 

L’impact du climat, notamment de la chaleur, sur la dynamique de l’épidémie n’est pour l’instant pas très probant. 

Un membre de l'unité spéciale d'infection de Tshwane sur le Covid-19 lors de son exercice de démonstration à la station d'urgence de Hatfield, à Pretoria, en Afrique du Sud, le 4 mai 2020.
Un membre de l'unité spéciale d'infection de Tshwane sur le Covid-19 lors de son exercice de démonstration à la station d'urgence de Hatfield, à Pretoria, en Afrique du Sud, le 4 mai 2020.
© AFP - Phill Magakoe

Les populations africaines présenteraient une meilleure immunité innée  ?

C’est une hypothèse à étudier. Au Cameroun, il y a du choléra en ce moment, une épidémie de rougeole sévit à Douala, ainsi qu’en RDC. On entre dans la saison paludéenne. L’Afrique est un continent où la population est constamment agressée par des pathogènes étrangers. 

Cela provoque une réaction du système immunitaire qui peut-être pourrait occasionner une capacité plus importante à résister au virus, mais il faudra confirmer cela par des études immunologiques lorsque l’on comprendra mieux cette maladie, et voir quels sont les mécanismes immunitaires et étudier les différences entre les groupes de populations européennes, américaines, asiatiques et africaines. 

Avec si peu de dépistage, le bilan est-il sous-évalué ?

Bien sûr, en l’absence de tests massifs de dépistage et en raison du très grand nombre de cas asymptomatiques, il est difficile d’avoir un bilan fiable. 

Mais attention : ce n’est pas parce qu’il n’existe pas ici d’applications de traçage type Stop-Covid que l'on n’a pas une vision réaliste de la situation. N'oubliez pas que l’Afrique a l’habitude d’épidémies qu’elle a du gérer sans ces solutions technologiques ! Prenez Ebola ! Les agents communautaires sont là, sur le terrain, ils ont fait du porte-à-porte. Imaginez que dans un village, subitement, des gens se mettent à avoir des difficultés respiratoires, ou décèdent. Vous pensez que ça ne se saurait pas ? Tout le village le sait ! Il y a effectivement une expérience africaine de la gestion des épidémies qui, aujourd'hui, nous sert très certainement. 

Mourir de la Covid-19 ou mourir de faim, c'est le dilemme du déconfinement…

Aucun pays ne souhaite voir mourir sa population et devoir choisir entre risquer d’étrangler financièrement toute une population et avoir, de l'autre côté, une épidémie dont on dit qu'il n'y a pas eu l'hécatombe attendue. C’est un choix cornélien.  

Mais ce confinement, on n’aurait pas pu s’en passer. Et il ne faut surtout pas relâcher aujourd’hui cette vigilance. Les populations ont déjà connu des crises sanitaires, elles savent ce que sont les gestes barrières, elles essaient de les appliquer au mieux. Il ne faut pas oublier qu’on a eu le temps de voir l’épidémie venir, et que nous avons pris ces mesures très tôt, au moment où l’Europe affrontait de plein fouet la première vague. C'est peut-être cette réponse précoce qui a permis d’éviter que l’hécatombe arrive jusqu’à présent. 

Ebola, fièvre de Marbourg, rougeole : l'Afrique a une expertise des épidémies…

Et les chercheurs africains ont un rôle central à jouer pour confirmer ou infirmer les hypothèses pour expliquer la courbe épidémique ici, qu’il s’agisse de l’âge, du climat, de l’immunité, ou des effets de la prise en charge systématique de molécules comme la chloroquine (longtemps très massivement utilisée en Afrique contre le paludisme).

L’Afrique a également montré ce qu’elle savait et ce qu’elle pouvait faire, notamment dans la lutte contre Ebola, jusqu’à la mise en place d’un vaccin. 

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Aujourd’hui, la recherche africaine manque cruellement des financements qui lui permettrait justement d’étudier l’épidémie, et d’adapter au mieux sa réponse plutôt que d’importer ses méthodes de prise en charge. Il faut davantage de recherche, pour avoir des résultats et les partager avec la communauté scientifique internationale.