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Face au coronavirus, collaboration internationale et transparence

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Chercher à isoler sa propre population est vain. Dissimuler la vérité est dangereux.

Jeudi 13 février, lors d’un sommet sino-allemand qui s’est tenu à Pékin, le ministre chinois des Affaires étrangères, Wang Yi, a appelé la communauté internationale à « la compréhension mutuelle, à la confiance et au soutien au-delà des frontières ». Son alter ego allemand, Heiko Maas, l’a assuré de la compréhension et du soutien de son pays dans la lutte contre le nouveau coronavirus apparu dans la province de Hubei. A ce jour, selon les autorités chinoises, le COVID-19 a causé la mort de 1 380 personnes en Chine. D'après ce gouvernement60 000 autres seraient infectées, principalement dans la province de Hubei. 

Usual suspects : la mondialisation, le tourisme, les voyages aériens...

Aussitôt l’épidémie apparue, on a entendu des mises en cause de la mondialisation et des vols aériens, des appels au protectionnisme et à la fermeture des frontières ; sur les réseaux sociaux, sont apparus des slogans racistes visant les Chinois, leurs coutumes et leurs habitudes alimentaires. 

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Est-il nécessaire de rappeler que les grandes épidémies de peste qui décimèrent près de moitié de la population européenne au milieu du XIV° siècle, sont intervenues à une époque où la quasi-totalité des Européens ne quittaient qu’exceptionnellement la ville ou le village qu’ils habitaient ? Que la « grippe espagnole » qui succéda à la 1ère guerre mondiale, et causa entre 50 à 100 millions de morts dans le monde entier, était bien antérieure à la pratique des voyages aériens ?

Echanger les informations pour avancer plus vite ensemble.

Comme l’écrit Ngaire Woods, doyenne de la Blavatnik School of Govnerment d’Oxford, face à une épidémie de cette ampleur, les gouvernements ont le choix entre deux options : tenter d’isoler les pays affectés - la Chine, en l’occurrence, ou chercher à contenir et à combattre la maladie par une coopération internationale accrue. 

Tenter de boucler hermétiquement les frontières n’est guère envisageable aujourd’hui hors du cas de la Corée du Nord. Interdire temporairement sur son sol les ressortissants qui se sont rendus récemment en Chine, comme le fait Donald Trump aux Etats-Unis, n’est guère probant. Car cela incite les petits pays voisins de la Chine à dissimuler leurs propres cas de contamination, afin d’échapper au risque d’isolement. 

Or, « la règle d’or de la lutte contre les pandémies est d’encourager les pays touchés à informer immédiatement les autres. » Cela implique que les Etats pratiquent entre eux une transparence complète en ce qui concerne l’extension du virus parmi leur propre population. Les Etats sont également encouragés par l’OMS à collaborer pour la recherche concernant la nature du virus et les avancées déjà réalisées, chez eux, sur les moyens éventuels de le combattre. De cet échange d’informations entre laboratoires du monde entier dépend, en effet, la mise au point de traitements et de vaccins appropriés. 

Selon les experts, la mise au point d’un tel vaccin devrait prendre entre 10 et 18 mois. Une fois découvert, il faudra en développer la fabrication simultanément dans tous les pays affectés, alors que la tentation risque d’être forte de privilégier d’abord le pays qui l’aura, le premier, conçu et développé.

Deux éléments sont à prendre en considération : le degré de contagiosité et le taux de mortalité. D’après les éléments dont on dispose, il semble que le premier soit très élevé, mais le second assez faible (entre 0,5 et 4 % des personnes infectées). La dernière grande épidémie de pneumonie virulente, le SRAS, qui était aussi un coronavirus, a causé le décès de 774 personnes. 

Combattre les rumeurs, en s'engageant à ne rien dissimuler. 

Le second front identifié par Ngaire Woods est interne aux Etats eux-mêmes, c’est celui de la communication. Nos sociétés sont actuellement caractérisées par un haut niveau de défiance des sociétés envers les institutions, les dirigeants et les experts. Les réseaux sociaux constituent la source d’information principale d’un pourcentage croissant de la population. C’est pourquoi toute dissimulation d’informations concernant l’épidémie de la part des autorités alimente les « infodémies ». C’est ce qui s’est vérifié au début de l’épidémie actuelle, lorsque les autorités locales de Wuhan ont tenté de bloquer l’information concernant le COVID-19, en allant jusqu’à emprisonner le malheureux docteur Li Wenliang. 

Mais tenter d’empêcher la circulation de l’information sur une épidémie est non seulement vain, mais dangereux : la bloquer exige que les populations soient averties, afin qu’elles se protègent. Et que soient combattues les rumeurs qui désorganisent la lutte contre le fléau. (Au début de l’épidémie, on pouvait trouver des sornettes, telles que l’efficacité de l’huile de sésame face au virus…)

Combattre effectivement l’épidémie suppose que les peuples fassent confiance aux institutions qui ont la charge de le combattre. « Les autorités devront dire ce qu’elles savent, ce qu’elles ne savent pas et quand elles le sauront. Elles devront être précises et ne pas retenir l’information, que les nouvelles soient bonnes ou mauvaises. Car la confiance de l’opinion est essentielle pour contrôler une épidémie », écrit Tom Inglesby. Et que la communauté internationale coopère. Aucun Etat ne peut prétendre venir à bout seul de l’épidémie, encore moins en protéger sa seule population.