Covid-19 : les régimes autoritaires sont-ils plus efficaces ?

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Face au covid-19 les régimes autoritaires sont-ils plus efficaces ?

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Les régimes autoritaires sont-ils plus performants pour endiguer l'épidémie ? C'est la question au cœur des Idées Claires, notre programme hebdomadaire produit par France Culture et franceinfo destiné à lutter contre les désordres de l'information, des fake news aux idées reçues.

Depuis les différentes annonces du gouvernement, nombreuses sont les critiques sur la manière dont le gouvernement gère la crise sanitaire. 

La référence à l’exemple chinois est souvent faite. La Chine aurait pris cette crise à bras le corps contrairement aux pays occidentaux. Pour preuve, des villes entières ont été bloquées et aujourd’hui, la courbe de propagation de l’épidémie s’inverse. 

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Xi Jinping a d’ailleurs déclaré que les résultats du travail de prévention et de contrôle avaient démontré les avantages notables de la direction du Parti communiste chinois. 

Face à ce type de pandémie mondiale, les pouvoirs autoritaires sont-ils plus efficaces que les démocraties occidentales ? Réponse avec Alice Ekman, responsable de l’Asie à l’Institut d'études de sécurité de l'Union européenne.

Face au covid-19 les régimes autoritaires sont-ils plus efficaces que les autres ? 

Alice Ekman : "Non, tout simplement. Tout n’est pas que politique. Comme nous l’avons vu, la gestion de la crise dépend d’une diversité de facteurs, de la structuration du système de santé du pays, de la proximité géographique par rapport à l’origine, des expériences passées, est-ce que le pays a fait face à une crise similaire précédemment, que ce soit le SRAS ou une autre épidémie, du niveau de développement, des habitudes de la population… Il y a toute une diversité de facteurs qui jouent sur la gestion de la crise et on ne peut pas simplifier ou généraliser l’analyse en disant que ce n’est qu’une histoire de système politique. Il faut relativiser cette analyse politique, car on voit qu'au sein d’une même catégorie de système politique, il y a des divergences de méthodes. Et puis, on voit aussi que des démocraties ont très bien réussi à gérer la crise, je pense par exemple (jusqu’à présent) au Japon, à Taïwan, à la Corée du Sud."  

En Chine, le nombre de cas a diminué grâce aux mesures drastiques imposées ?

Alice Ekman : "J’ai du mal à faire un lien politique direct. C’est-à-dire que la progression ralentit, en tout cas, elle a très peu augmenté au Japon aussi où la méthode de gestion est très différente. Puis il y aussi des habitudes, on ne s’embrasse pas dans ces pays-là. Quelle est la part de ces facteurs ? Quelle est la part du facteur politique ? Le facteur politique en Chine, peut être à la fois vu comme un inconvénient et un avantage. Alors certes l’avantage est de diffuser des messages de manière très centralisée et de les répercuter au plus bas de l'échelon de la société au niveau des communautés de quartiers. Mais est-ce qu’une autre méthode, par exemple la méthode japonaise, taïwanaise ou sud coréenne, n’aurait pas été moins efficace ?"

Pourtant au départ, la Chine a caché l’épidémie…

Alice Ekman : "Oui, l’accusation porte surtout sur la réprimande initiale de l’équipe médicale à Wuhan, qui a détecté pour la première fois l’émergence de la contamination d’un virus de type coronavirus, SRAS, et donc c’est à ce moment-là que les médecins ont été réprimandés par la direction de la discipline de l’hôpital. Il faut se rappeler que dans les hôpitaux en Chine, il y a une branche du parti et la représentation politique est supérieure à la représentation scientifique, en tout cas il y a cette capacité de réprimande, de punitions qui peut, ce qui semble être le cas dans cet hôpital, retarder la transmission de l’information et la détection en temps et en heure. Et puis, a posteriori un des docteurs de cette équipe, notamment Li Wenliang, a été glorifié tel un héros national, mais au début on lui avait demandé de s’excuser pour avoir été, ce qu’on appelle, un lanceur d’alerte." 

Tous les régimes autoritaires ont les mêmes résultats ?

Alice Ekman : "Je vous le disais, tout n’est pas que politique, il y aussi l’efficacité du système de santé, le niveau de développement économique, l’organisation du pays, la transmission de l’information. En Chine, on est dans un système assez paradoxal. Il y a à la fois un parti unique et en même temps, un système de santé qui est, aujourd’hui, efficace, moderne, avec beaucoup de médecins qui sont revenus de l’étranger après des études ou une expérience longue, donc très professionnels. L’Iran n’est pas à ce niveau-là d’avancement médical et sanitaire, toute proportion gardée -moi-même je ne suis pas spécialiste de l’Iran- mais on voit bien qu’il y a aussi des divergences, pas uniquement liées au système politique. La Corée du Nord a connu un problème de transmission de l’information, puisqu’au début il était très difficile de savoir quel était l’état de l’épidémie dans le pays." 

Les mesures de la Chine sont-elles un tour de force ?

Alice Ekman : "En effet, la construction de cet hôpital est un tour de force, mais ce qu’il est important de noter c’est qu’il a été présenté comme tel. C’est-à-dire qu’il y a eu énormement de communication en direct sur la construction de l'hôpital pour montrer au monde que la Chine est particulièrement efficace que c’est un pays qui est capable de construire aussi rapidement pour faire face à cette crise. Encore une fois, c’est la glorification du modèle de gouvernance du système chinois qui est ici mise en valeur et développée. C’est en fait, une glorification, qui s'inscrit dans une stratégie plus large parce que la Chine a également souligné l’utilisation de drones, l’utilisation et la collecte des données pour gérer la crise. L’utilisation, finalement des nouvelles technologies." 

Le peuple chinois est-il plus habitué à respecter des consignes ?

Alice Ekman : "Je ne pourrais pas dire que la population chinoise est, dans l’absolu, plus obéissante que la population française, chaque personne est unique. Et il y a toujours une tradition, en Chine, de contournement des règles dans la mesure du possible, y compris dans un système fortement centralisé avec beaucoup de restrictions. Certes, le caractère très strict de la mise en application des règles liées au Coronavirus ces dernières semaines ont rendu peu possibles ces contournements. Donc c’est une question aussi de mise en application des règles."