Face aux pressions russes, la Macédoine du Nord demande l'aide de l'OTAN

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Face aux pressions russes, la Macédoine du Nord demande l'aide de l'OTAN

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Dans l'attente de législatives repoussées sine die, Skopje, qui s'est rapproché de l'UE et de l'Otan, doit faire face à l'opposition pro-russe du VRMO-DPMNE, ici dans la rue en février.
Dans l'attente de législatives repoussées sine die, Skopje, qui s'est rapproché de l'UE et de l'Otan, doit faire face à l'opposition pro-russe du VRMO-DPMNE, ici dans la rue en février.
© AFP - Robert ATANASOVSKI

En perte d’influence dans les Balkans, Moscou redouble d’efforts pour garder dans son giron l’ex-République ex-yougoslave de Macédoine. Mais pour Skopje, l’avenir est à l’Ouest, auprès de l’Union européenne et de l’OTAN. Ce que la Russie ne saurait accepter.

Pendant des siècles, la Macédoine slave, du temps de l'Empire Ottoman, s’est trouvée très proche de la Russie impériale, au nom de l'Orthodoxie. Même chose du temps de la Yougoslavie communiste. Mais désormais, le pays qui est devenu la Macédoine du Nord se tourne vers l'Europe et vers les valeurs occidentales, vers l’Union européenne et l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN).

Ce que supporte mal la Russie, proche des pays autoritaires, qui a déclenché une véritable guerre d’intox, de fausses informations. Cela suffira-t-il à déstabiliser la Macédoine du Nord ?

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Le 24 mars 2020, les pays membres de l'Union européenne ont accepté d’ouvrir le processus d'adhésion de la Macédoine du Nord. Trois jours après, le pays a intégré l’OTAN, devenant le trentième signataire du traité de l’Atlantique nord. Deux avancées rendues possibles grâce au rapprochement entre la Macédoine et la Grèce, matérialisé par l'accord signé le 18 juin 2018 entre les gouvernements des deux pays, de gauche l’un et l’autre : celui du social-démocrate Zoran Zaev en Macédoine et celui d’Alexis Tsipras, du parti Syriza, en Grèce.

La normalisation qui fâche

Cette normalisation des relations gréco-macédoniennes n’a pourtant pas fait que des heureux. A commencer par la Russie, traditionnellement proche de la Grèce, avec qui elle partage l'orthodoxie et qu’elle a soutenue lors de sa guerre d'indépendance contre l'empire ottoman. Athènes a ainsi fait l’objet de menaces de la part de Moscou, qui a convoqué son ambassadeur.

Il faut dire que la Russie se satisfaisait pleinement de la situation dans laquelle la Macédoine se trouvait depuis des décennies. Faute de véritable nom, la République ex-yougoslave de Macédoine ne pouvait pas adhérer à l’Union européenne. Mais la Grèce, qui ne concevait pas qu’un pays porte le nom d’une de ses provinces, la Macédoine, a finalement consenti à laisser son voisin se rebaptiser Macédoine du Nord. Et pour les Russes, c'était trop tard.

Entre l'accord sur le nom "Macédoine du Nord" en juin 2018 et l'adhésion à l'OTAN et le lancement du processus d'adhésion à l'UE, il s'est passé moins de deux ans. La Russie a bien essayé de faire intervenir économiquement ses alliés chinois dans les Balkans occidentaux, ainsi que les Bulgares, membres de l'Union européenne, qui considèrent traditionnellement que la Macédoine est une de leurs provinces – pour eux, la langue macédonienne est un "patois" bulgare.

L'irrépressible attrait de Bruxelles

Mais ces deux interventions n'ont rien changé. Rien n'a empêché le rapprochement avec Bruxelles. Alors, en vain, la Russie a déclaré la guerre des "fake news". Moscou a lancé une vaste opération de propagande numérique, insinuant que l'OTAN a volontairement créé un programme pour propager le coronavirus en vue de combattre les "amis" des Balkans, la Russie, les nationalistes serbes, macédoiniens, monténégrins.

A Skopje, la capitale de la Macédoine du Nord, des ONG pro-occidentales ont immédiatement réagi. Elles ont mobilisé un réseau citoyen pour étouffer la désinformation russe. Mais le gouvernement de gauche social-démocrate de Skopje veut aller plus vite dans la lutte contre la Russie. Il souhaite que l'OTAN lui vienne directement en aide. Un appel auquel l'Alliance a répondu en créant un programme pour contrer l’intox russe.

Mais pour en mesurer l’efficacité, il faudra à Skopje attendre les élections législatives prévues initialement le 12 avril 2020 et repoussées à une date encore inconnue pour cause de coronavirus.

L'enjeu démocratique

Face au gouvernement du social-démocrate (SDSM) Zoran Zaev, favorable à l'OTAN et à l'UE, il y a un parti conservateur, pro-russe, un parti anti-ottoman né au début du XXe siècle : le VRMO-DPMNE, l'Organisation révolutionnaire macédonienne intérieure-Parti démocratique pour l'unité nationale macédonienne.

Ce mouvement de droite, longtemps au pouvoir en Macédoine, était opposé au changement de nom du pays, hostile au rapprochement avec la Grèce et favorable aux positions russes. Mais une scission au sein du VRMO-DPMNE a eu lieu avec un mouvement plus à droite, plus conservateur et plus nationaliste. Il s'agit du nouveau VRMO-NP, le Parti populaire.

Ces élections seront donc décisives pour l'avenir de ce pays : plus européen, plus proche de la Russie ou neutre ? La position de Moscou, elle, est de plus en plus fragile. A la fin du XIXe siècle, la Russie était ferme, et les liens orthodoxes solides. Mais aujourd’hui, dans les Balkans, au-delà des Serbes de Bosnie, la Russie n'a plus de fidèles alliés.