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Face aux soubresauts climatiques, l'image d'une Amérique blessée

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Fataliste ou effondré, un couple d'Américains, devant les ruines de sa maison, assiste au passage du convoi présidentiel à Dawson Springs, dans le Kentucky, le 15 décembre 2021.
Fataliste ou effondré, un couple d'Américains, devant les ruines de sa maison, assiste au passage du convoi présidentiel à Dawson Springs, dans le Kentucky, le 15 décembre 2021.
© AFP - Brendan Smialowski

Le monde dans le viseur. Le Kentucky, comme le reste du Midwest, est coutumier des tornades, dont la saison bat son plein... au printemps. L'épisode ravageur qui a frappé la région mi-décembre est donc aussi rare que surprenant. Une image qui témoigne du désarroi américain face à un risque climatique désormais permanent.

Dans le Kentucky, comme souvent aux États-Unis, c’est dans une balancelle, sous leur auvent, que les Américains observent la rue, le temps qui passe, une citronnade à la main, l’air entendu, doux ou défiant, c’est selon. Ces Américains dans leur balancelle, sous leur auvent, incarnent la sérénité, la solidité, la continuité. L’image idéalisée d’un mode de vie inaltérable, d’un pays confiant dans son environnement, maîtrisé et généreux, et dans ses institutions, infiniment résilientes.

Tout le contraire de cet instant capté, mercredi 15 décembre 2021, par Brendan Smialowski pour l'AFP. Quatre jours après le passage d’une dévastatrice tornade à Dawson Springs, le photographe arpente les rues de la petite ville du Midwest. Comme Joe Biden, le président américain, et sa suite.

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Mais ce couple de personnes âgées, installées sur le seuil de ce qui devait être leur garage, ne s’intéresse ni à l’un, ni aux autres. Madame, blouson de baseball et foulard dans les cheveux, parle au téléphone, absorbée ; Monsieur, petite barbe blanche, salopette bleue et casquette, regarde sur le côté, au loin. Tous deux, "une main frôlant l’autre, des jambes qui se rejoignent sans se toucher", note Jean-Matthieu Gautier, cofondateur de la revue Epic, sont posés dans une variation du siège Adirondack, qualifié par son designer, Thomas Lee, de "meilleur fauteuil de détente au monde".

Une guerre d'aujourd'hui

Une image d’Épinal, en quelque sorte. N’était leur environnement, chaotique : des meubles renversés, des détritus au sol… L’épisode de tornades, qui a frappé une partie du centre et du sud des États-Unis entre le 11 et le 14 décembre, a fait 88 morts. "Le décor a des airs de zone de guerre, mais une guerre très contemporaine, estime Jean-Matthieu Gautier. Une guerre d’aujourd’hui, contre les éléments que l’on subit."

On lit dans leur regard "une forme d’indifférence, de fatalisme, ils subissent sans subir". "Une Amérique peut-être conservatrice, que le passage d’un exécutif démocrate laisse de marbre ?" s’interroge le photographe.

La pente de la photo, une légère diagonale, trace en effet l’itinéraire d’un SUV noir décoré du fanion "stars and stripes". La dynamique du drapeau, flottant au vent, comme le flou du véhicule, dont on ne voit qu’un morceau de calandre, laisse penser que la suite présidentielle ne fait que passer. Et que dans ce petit coin du Midwest, l’idéal de sérénité, de solidité, de continuité, est durablement brisé.

Un plan plus large laisse supposer que le photographe a choisi, dans la photo zoomée, de privilégier un détail – les regards ? – dans l'attitude de ses sujets.
Un plan plus large laisse supposer que le photographe a choisi, dans la photo zoomée, de privilégier un détail – les regards ? – dans l'attitude de ses sujets.
© AFP - Brendan Smialowski

Le plan, relativement serré, est tramé par un mur de briques, que Brendan Smialowski n’a pas même cherché à redresser. "Le photographe a choisi un lieu, a choisi ce couple, a choisi un cadre. Il connaissait l’itinéraire du convoi." "Mais un détail a peut-être attiré son attention – la main, un regard… – précipité un zoom", suggère Jean-Matthieu Gautier, qui ouvre sa revue aux photographes soucieux d’ajouter du sens à leurs images_._ Ce qui peut justifier un sentiment de déséquilibre dans l’image.

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C’est un choix qui n’en est pas un, c’est un choix dicté par l’actualité, par l’instant. Le choix de privilégier une émotion, une intensité, qui impose une réflexion plus profonde. Cette image, finalement, son cadrage en apparence accidentel, est un peu une métaphore d’un événement climatique rare en cette saison.

Comme si, du photographe ou de ses sujets, nul n’était prêt.

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