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Facebook : 15 ans, beaucoup de critiques mais toujours plus d'amis

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Pour ses 15 ans, le réseau social est fort de derniers résultats au-dessus des attentes mais il anticipe en s'appuyant notamment sur Instagram et WhatsApp, qui lui appartiennent
Pour ses 15 ans, le réseau social est fort de derniers résultats au-dessus des attentes mais il anticipe en s'appuyant notamment sur Instagram et WhatsApp, qui lui appartiennent
© AFP - Joël Saget

Facebook a 15 ans ce lundi. Le réseau social cofondé par Mark Zuckerberg sort d'une année très agitée. Objet de nombreux scandales, concernant notamment les données de ses utilisateurs et sa capacité à désinformer. Pourtant, le groupe, porté aussi par Instagram, a gagné des membres et des bénéfices.

Facebook vient sûrement de célébrer ses 15 ans avant l'heure. Si le réseau social n'a pas du tout été à la fête l'an dernier, en particulier avec le scandale Cambridge Analytica, 2019 lui a offert la semaine dernière des résultats financiers exceptionnels. Plus de deux milliards de personnes, près d'un tiers de l'humanité, se connectent au réseau social au moins une fois par mois. Et il peut dire merci à ses deux pépites : le réseau de partage d'images Instagram et la messagerie instantanée WhatsApp.

Chiffre d'affaires en hausse, bénéfices records et... 

Au printemps dernier, Mark Zuckerberg devait s'expliquer au Congrès américain après le scandale Cambridge Analytica. Accusé d'avoir détourné les données de ses utilisateurs, il faisait (un peu) amende honorable. Mis en cause aussi comme arme de désinformation massive, en particulier pendant la campagne présidentielle américaine, Facebook vacillait et beaucoup évoquaient le début de la fin, campagnes virales (#deleteFacebook) et sondage à l'appui. 

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Jeudi dernier, le cofondateur du réseau social a gagné 6,2 milliards de dollars en une journée grâce à un bond de 11% de l'action de son groupe. A 34 ans, Mark Zuckerberg est ainsi devenu la cinquième fortune du monde avec un patrimoine estimé désormais à 65,6 milliards de dollars.
L’entreprise californienne venait de battre les prévisions de Wall Street avec un bénéfice net au quatrième trimestre à 6,9 milliards de dollars et 2,38 dollars par action, en progression de plus de 60% sur un an ! Et le chiffre d’affaires pour 2018 battait un nouveau record, à 16,9 milliards de dollars, contre 13 milliards un an plus tôt. Même si au quatrième trimestre, le groupe a enregistré sa plus faible croissance depuis six ans. 

© Visactu

D'après le spécialiste des réseaux sociaux Fabrice Epelboin, les annonceurs publicitaires sont devenus totalement dépendants de la plateforme :

Facebook et votre temps de cerveau disponible, selon Fabrice Epelboin, spécialiste des réseaux sociaux

3 min

Facebook, concrètement, se fait de l'argent en vendant à des annonceurs votre temps de cerveau disponible. Et ce temps va se traduire en grande partie dans la machine par vos données personnelles. Cela a une valeur fantastique pour des annonceurs qui veulent s'adresser à vous, et pas à votre voisin. Alors qu'hier, ils utilisaient des technologies qui permettaient de s'adresser à "la ménagère de moins de 50 ans". Cela rend l'effort publicitaire infiniment plus efficace.

Le groupe Facebook est aussi porté par les succès de ses deux rachats historiques : Instagram et WhatsApp. Les stories, petites vidéos postées par les utilisateurs publiées sur le premier, ont récemment franchi le cap des 500 millions d'utilisateurs quotidiens, largement devant le rival Snapchat. Et le second aurait doublé son nombre d'utilisateurs depuis 2014. 

Mark Zuckerberg vient d'ailleurs de confirmer vouloir unifier ses trois services au sein d'une même architecture technique. Il s'agit de trouver des relais de croissance et de monétisation, en développant le paiement sur mobile par exemple (testé en Inde).

En savoir plus : Facebook à 360°
1h 27

toujours plus d'utilisateurs !

Facebook comptait 2,3 milliards d'usagers mensuels actifs fin décembre. Un chiffre légèrement supérieur aux prévisions. Le nombre d'abonnés actifs quotidiens étant lui conforme aux attentes, à 1,52 milliard. Sur ce total, 947 millions se trouvent en Asie-Pacifique, 381 millions en Europe, qui renoue avec la croissance après un déclin début 2018, et 242 millions en Amérique du Nord. Des analystes estiment que l'Inde compte le plus grand nombre d'usagers, suivie par les Etats-Unis, l'Indonésie et le Brésil. Alors que le réseau social reste bloqué ou sévèrement limité dans certains pays comme la Chine et la Corée du Nord.

En France, "Il y a plus de 35 millions d'utilisateurs actifs mensuels (qui viennent au moins une fois par mois et font une action, par exemple un like)" a détaillé au Journal du Dimanche Laurent Solly, vice-président du groupe. Ces dernières semaines, le réseau a été particulièrement mis en avant au sujet du développement du mouvement des "gilets jaunes". Laurent Solly s'en défend dans le JDD : "Facebook n'a ni créé ni amplifié ce mouvement".

Mais pour Fabrice Epelboin, "Le changement d'algorithme de Facebook, il y a un an, a donné la priorité non plus aux pages, et aux médias, mais aux groupes, plutôt quelque chose pour s'organiser autour de projets" :

Fabrice Epelboin : "Le changement d’algorithme de Facebook a aussi privilégié les amis dont vous étiez proches géographiquement, d'où l'émergence du phénomène 'gilets jaunes'"

4 min

On trouve sur Facebook le lien social, la vie sociale, qui normalement n'aurait jamais dû disparaître des territoires, qui normalement devrait être sous la souveraineté de l'Etat, organisé par l'Etat, facilité par l'Etat et dans un cadre législatif décidé par l'Etat. Et tout cela est passé sur Facebook parce que, en grande partie, l'Etat a abandonné ses devoirs en matière d'orchestration du lien social et du débat national et parce qu'il en a exclu de plus en plus de monde. Il s'est retrouvé dans une bulle informationnelle qui représente une minorité de l'opinion publique. Ce qui pose toute la problématique de perception d'illégitimité des pouvoirs en place aujourd'hui. Alors qu'ils sont parfaitement légitimes aux yeux des institutions.   

Mais encore des polémiques 

Nouvelle entaille à son image, le groupe a admis ces derniers jours avoir payé des jeunes pour pouvoir récolter et analyser leur données personnelles. Une enquête du site américain Techcrunch a ainsi révélé que, depuis 2016, l'entreprise avait proposé des bons cadeaux d'environ 17 euros par mois à des 13-35 ans pour tout savoir de leurs usages sur mobile. Des formulaires d’autorisation parentale ont été remplis d'après le réseau social, qui explique que cela n’avait "rien de secret" : "[Le programme] était littéralement appelé Facebook Research App. Il ne s’agissait pas d’espionnage, puisque les utilisateurs avaient tous signé pour participer".

Facebook a aussi annoncé jeudi avoir mis fin à une nouvelle grande campagne de manipulation, orchestrée depuis l'Iran et dirigée contre de très nombreux pays, dont la France, la deuxième en quelques mois.  Le réseau social a indiqué avoir supprimé 783 pages, groupes et comptes qui reproduisaient la position officielle de l'Iran sur des sujets sensibles comme le conflit israélo-palestinien, la Syrie ou encore le Yémen, sous couvert de comptes ou de pages présentés comme locaux.

Même opération le lendemain en Indonésie, où ont été fermés des centaines de comptes et de pages liées à un groupe accusé de propager des infox et des messages de haine. 

Les derniers résultats de Facebook montrent d'ailleurs comment ses dépenses pour l'amélioration des contenus et la sécurité ont flambé. 

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