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Faire atterrir les Communs numériques. Des utopies métaphysiques aux nouveaux territoires de l'hétérotopie

Par
Lionel Maurel au CCIC, 2019
Lionel Maurel au CCIC, 2019
- CCIC Cerisy

Nous sommes entrés dans "une sorte de nouvel âge des communs, celle de l'enracinement des communs dans la société, de leur extension à des domaines sans cesse élargis de la vie sociale et de leur pérennisation dans le temps".

Cette communication a été prononcée  dans le cadre du colloque intitulé Territoires solidaires en commun : controverses à l’horizon du translocalisme qui  s’est tenu au Centre Culturel International de Cerisy du 12 au 19  juillet 2019, sous la direction de Elisabetta BUCOLO, Hervé DEFALVARD et  Geneviève FONTAINE.

Lionel Maurel est Directeur Adjoint Scientifique pour l'information  scientifique et technique à l'Institut des Sciences Humaines et Sociales  du Centre National de la Recherche Scientifique. Il est d'abord en poste à la BnF où il  coordonne les relations de Gallica avec les bibliothèques partenaires  spécialisées en droit et sciences politiques. Il rejoint ensuite en 2011  la BDIC (Université Paris Nanterre) où il est responsable des projets  numériques. En 2015, il devient responsable de la valorisation de  l'Information Scientifique et Technique (IST) à l'Université Paris  Lumières.

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Faire atterrir les Communs numériques. Des utopies métaphysiques aux nouveaux territoires de l'hétérotopie, par Lionel Maurel

1h 01

Logiciels libres et Open Source ; projets collaboratifs comme Wikipédia  ou Open Street Map ; œuvres culturelles partagées sous licence Creative  Commons : autant d'exemples de Communs numériques qui ont pris  aujourd'hui une importance significative. Néanmoins, ces objets sont  souvent présentés comme des Communs "immatériels", "informationnels" ou  "de la Connaissance", par opposition à des Communs dits "naturels",  "matériels" ou "environnementaux". Ce type de dichotomie fait écho au  Grand Partage entre Nature et Culture, remis en question dans les  travaux de Bruno Latour, et notamment dans son ouvrage Où atterrir ? Comment s'orienter en politique.  Les travaux originaux d'Elinor Ostrom (prix Nobel d'économie 2009) et  de Charlotte Hess avaient pourtant le mérite de ne pas opérer ce type de  séparation, car elles pensaient de front la dimension matérielle des  Communs de la connaissance et le rôle du partage des connaissances dans  les Communs naturels.
Mais ces enseignements ont peu à peu été  oubliés au profit d'une conception désincarnée des Communs numériques,  réduits à leur dimension purement informationnelle. C'est notamment  l'influence de la cyberculture américaine des pionniers de l'Internet  qui a conduit à les concevoir comme des "Communs intangibles de  l'esprit" (James Boyle) flottant dans l'éther numérique. Suivant les  propositions de Bruno Latour, il importe aujourd'hui de sortir de cette  pensée dualiste pour "faire atterrir" les Communs numériques, en les  appréhendant comme inséparables des infrastructures et des objets  matériels constituant le réseau que forme Internet. C'est même une  urgente nécessité pour parvenir à penser des Communs numériques qui ne  seraient plus "hors-sol", mais enracinés dans les sols et dans les  corps, en cessant de séparer les enjeux d'émancipation des humains des  questions écologiques devant être regardées en face à l'heure de  l'Anthropocène.