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Faire face aux théories du complot

Comment se forment les complots à partir de l'actualité ?
Comment se forment les complots à partir de l'actualité ?
© Getty - selimaksan

Sélection. A chaque fait de société d'importance, elles fleurissent. Aujourd'hui, les réseaux sociaux, en particulier, leur donnent de l'écho. Comment se créent les théories du complot ? Et pourquoi est-il si difficile de les contredire ?

Covid-19, 11-Septembre, sionisme, "grand remplacement"… Les théories du complot se suivent et ne se ressemblent pas. Par quelle mécanique une théorie complotiste née dans l’imagination de quelques uns parvient-elle à devenir un phénomène culturel majeur ? Les émissions de France Culture sélectionnées ci-dessous s'emparent de certaines grandes théories du complot et, cas par cas, les examinent pour comprendre comment ces dernières parviennent à s'imposer dans les esprits.

Mécaniques du complotisme

Le podcast natif de France Culture "Mécaniques du complotisme" se propose de revenir sur ces fameux "complots" inventés de toutes pièces. Pour comprendre la progression de ces théories, appréhender leur attrait et, peut-être, atteindre leurs relayeurs crédules, il faut en revenir à leurs origines et identifier leurs concepteurs.

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  • Covid-19, une épidémie de fausses informations (3x 16 min)

Dans son étude annuelle sur le complotisme, l'Ifop révèle un sondage qui montre qu’un quart des Français estime que le coronavirus a été fabriqué intentionnellement (17 %) ou accidentellement (9 %) en laboratoire… Et pourtant.

- Complot et fake news made in China : Depuis le début de la pandémie, la République Populaire de Chine n’a eu de cesse de "cacher la vérité", de distordre la réalité tout en adressant au monde et aux 1,3 milliards de Chinois un message rassurant. Des dissimulations qui risquent de coûter cher à l’humanité.

16 min

- Le complot des blouses blanches : 25% des Français estiment que le coronavirus a été fabriqué en laboratoire, intentionnellement ou accidentellement. Pire encore ! Les électeurs du Rassemblement National, plus réceptifs aux constructions complotistes, y sont surreprésentés. Un syndrome du "Spectre" caractérisé ? Au milieu du XIXe siècle, certains affirmaient que le choléra était une invention de la bourgeoisie pour affaiblir les mouvements ouvriers.

17 min

- A la recherche de boucs émissaires : Il faut un coupable, un bouc émissaire, responsable de cette catastrophe planétaire. Si, une fois n’est pas coutume, on a vu ressurgir la figure du "Juif empoisonneur" épaulé par son alter ego franc-maçon au sein de la fachosphère et chez les conspirationnistes russes, turcs ou djihadistes, la Fondation Bill Gates, la Fondation Rockefeller, Microsoft, le Forum de Davos, toute "la mafia pharmacratique et vaccinaliste" sont aussi sur la sellette.

17 min
  • Bilderberg ou le fantasme des vrais maîtres du monde (3 x 15 min)

Depuis près de 70 ans, le groupe Bilderberg réunit confidentiellement des personnalités comme Bill Clinton, Margaret Thatcher, Angela Merkel ou Emmanuel Macron, avec des financiers ou des grands noms de la presse. Depuis plus de 50 ans, il alimente des fantasmes complotistes : Bilderberg est accusé de cacher un gouvernement mondial secret.

- Naissance d'un sommet : Le groupe Bilderberg se réunit presque tous les ans depuis 1954. Son but : faire se rencontrer les grands décideurs américains et européens dans un cadre non officiel. Clinton, Thatcher, Merkel ou Macron y ont rencontré le banquier David Rockefeller, les PDG de Total, de Microsoft, d’Amazon ou des grands noms de la presse. Mais pour que la parole y soit libre, chaque invité est tenu de ne pas répéter à l’extérieur ce à quoi il a assisté. Cette confidentialité, entre des invités aux postes aussi puissants, alimente des fantasmes complotistes depuis plus de 50 ans.

14 min

- Les chasseurs de Bilderberg : Les fantasmes complotistes prospèrent dans les années 1970 avec la création d’une nouvelle société proche du groupe Bilderberg : la Commission Trilatérale. Bilderberg et la Trilatérale sont accusés de choisir les chefs d’Etat et de gouvernement. Dans le viseur des complotistes : le nouveau président américain Jimmy Carter et le premier ministre français Raymond Barre…

14 min

- Occupy Bilderberg ! : En 2012, des manifestants se réunissent sous le même slogan : “Occupy Bilderberg”. L’idée est reprise l’année suivante, à Watford, en Angleterre. Parmi les centaines de manifestants, il y a des “méga-complotistes”, comme Alex Jones. Leur stratégie est de se mêler à des revendications plus mesurées. Car à Occupy Bilderberg se trouvent aussi des manifestants comme le député britannique travailliste Michael Meacher, qui dénonce l’entre-soi du groupe. Mais il y a aussi tout simplement des sympathisants de gauche, qui critiquent le manque de transparence.

14 min
  • Les Protocoles des Sages de Sion, ou le complot sioniste (3 x 15 min)

Au tout début du XXe siècle, dans la Russie pré-révolutionnaire du tsar Nicolas II, paraît un texte aux origines aussi mystérieuses que son titre : Les Protocoles des Sages de Sion. Présenté comme le compte-rendu d'une réunion secrète des chefs de la communauté juive, il annonce un plan détaillé pour mettre le monde sous leur domination. Rapidement exposé comme un faux, il va néanmoins circuler dans le monde entier... et continue de faire des émules encore aujourd'hui.

- Les faussaires du tsar : Les Protocoles apparaissent pour la première fois dans la Russie pré-révolutionnaire du tsar Nicolas II. Malgré son enthousiasme initial pour le texte, censé révéler les véritables raisons de la contestation grandissante de son pouvoir au sein de la population russe, une enquête du ministère de l’Intérieur sur les origines des Protocoles convainc le tsar que le document est un faux.

16 min

- Passeport pour le génocide : malgré l’évidence du caractère frauduleux des Protocoles, deux hommes vont peser de tout leur poids pour les diffuser au plus grand nombre. L’un est le plus grand industriel de son époque : Henry Ford. L'autre n’est encore qu'un petit agitateur d'extrême droite : Adolf Hitler.

15 min

- Du péril juif au complot sioniste : Grâce à la propagande imaginée par les criminels nazis, à qui Nasser a offert l’exil en Egypte, le “péril juif“ des années 1930 se transforme, après la guerre des Six Jours de 1967, en “complot sioniste”. Du Caire à Damas, en passant par Beyrouth, Riyad, Téhéran ou Gaza, les régimes nationalistes, puis les mouvements islamistes encouragent la lecture des Protocoles. Un temps oubliés en Occident, les Protocoles font néanmoins leur retour à la faveur du développement d’internet et des attentats du 11 septembre 2001.

15 min
  • Le négationnisme (4 x 15 min)

Au procès de Nuremberg chargé de juger les crimes nazis, aucun survivant juif n’est appelé à témoigner. Certains nostalgiques du Troisième Reich et de Vichy vont profiter de ce non-dit pour tenter de faire de la destruction des juifs d'Europe un non-évènement. Rapidement, ils sont rejoints par d'étonnants alliés de circonstance venus des rangs de la gauche française. Tous répandent l'idée que le génocide n'aurait en réalité jamais eu lieu : les juifs auraient tout inventé pour obtenir de l'argent et justifier la création de l'Etat d'Israël.

- La rumeur concentrationnaire : Dès la fin de la Seconde Guerre mondiale, des nostalgiques du régime nazi et de Vichy entreprennent d’en réécrire l’Histoire. Le premier à s’illustrer est l’écrivain français Maurice Bardèche. Normalien et agrégé de lettres, il a épousé la sœur de Robert Brasillach, un célèbre écrivain antisémite exécuté à la Libération pour avoir collaboré avec les nazis. Pour réhabiliter son beau-frère, ce fasciste revendiqué entreprend de laver les nazis de leurs crimes. Pour lui, les juifs sont à l’origine du déclenchement de la guerre. Cherchant à soutirer des réparations financières aux Allemands et ayant besoin de justifier la création de l’Etat d’Israël, ils ont ensuite inventé les chambres à gaz et le génocide dont ils prétendent avoir été les victimes.

- Robert Faurisson, faussaire de profession : Porté par des nostalgiques autoproclamés du nazisme, le combat négationniste reste pendant 30 ans une affaire confidentielle. Mais en 1978, un homme aux apparences bien plus présentables va réussir à porter la question négationniste sur le devant de la scène : Robert Faurisson.

- L'Affaire Faurisson : Universitaire en mal de reconnaissance, Robert Faurisson est devenu une star du négationnisme. Grâce à sa capacité à déclencher des polémiques et à attirer les médias, le débat sur la réalité des chambres à gaz est désormais sur la place publique. Dans son sillage, extrême droite et extrême gauche vont faire cause commune.

- Les nouveaux relais : A la suite de Robert Faurisson et de ses tracts, de nouvelles figures et de nouveaux outils font entrer le négationnisme dans la modernité. Ancien membre dirigeant du Parti Communiste Français converti à l’Islam, le philosophe Roger Garaudy devient au cours des années 1990 la nouvelle référence du négationnisme. Mais bientôt, Dieudonné, Alain Soral et l’arrivée d’internet remettront Robert Faurisson au centre du jeu.

  • Rwanda, le génocide des Tutsi et la conspiration (3 x 15 min)

Le génocide des Tutsi au Rwanda en 1994 est le dernier massacre de masse du XXe siècle. Son déclenchement, son déroulement et ses conséquences sont associées à plusieurs rumeurs complotistes.

- La fabrique des preuves. Tout commence par un mystérieux attentat contre un avion présidentiel. Un attentat qui, 25 ans après les faits, n'a toujours pas été résolu. Cette opération militaire va pourtant devenir le symbole du déclenchement du génocide des Tutsi et le point de départ du complotisme des génocidaires. Un complotisme qui remonte en réalité à la période de l'indépendance dans les années 1960.

- Paul Barril, le clown du révisionnisme. A qui profite le crime ? A ceux qui ont gagné la guerre bien sûr ! En partant de ce raisonnement simple, un ancien officier du GIGN, le capitaine Paul Barril, va être le premier porte-parole d'un "révisionnisme populaire" qui consiste à transformer les bourreaux en victimes et vice-versa. Où l'on retrouve dans le rôle du diffuseur de rumeur, l'animateur de télévision Thierry Ardisson, grand amateur de complotisme...

- Les intellectuels du négationnisme. Quoi de commun entre un journaliste camerounais, un constitutionnaliste belge et un écrivain-enquêteur français ? Réponse : leur tendance récurrente à refaire l'histoire du génocide des Tutsi, en attribuant au vainqueur de la guerre, Paul Kagame, la responsabilité du massacre d'un million de personnes au printemps 1994. Et ce, contre toute vraisemblance ou savoir historique. Ce révisionnisme, qui flirte souvent avec le négationnisme, repose sur une vision très passéiste de la géopolitique africaine, principalement autour de l'idée du grand complot anglo-américano-israélo-ougandais.

- Les politiques face à la mémoire. Le dossier du Rwanda serait-il le dernier tabou de la classe politique française ? En tout cas, il a fait émerger un rare consensus, partagé par de nombreux responsables politiques de droite comme de gauche, qui n'acceptent pas l'idée que les gouvernants de l'époque (au printemps 1994, la France connaît une cohabitation entre un président socialiste et un gouvernement RPR) puissent être accusés de complicité avec les génocidaires. Et surtout de devoir reconnaître de lourdes erreurs dans la politique de soutien aux extrémistes rwandais.

  • La Révolution française, à la croisée des complots (3x 15 min)

Bouleversement sans précédent dans l'histoire de France, la Révolution française a donné lieu à bien des moments de peur, d'inquiétude ou de panique, et créé une atmosphère propice aux rumeurs de complots. A Paris ou en Province, on a notamment soupçonné les nobles de vouloir mater la Révolution en affamant le peuple ou en ouvrant les frontières à des troupes étrangères.

- Le complot aristocratique. Après des semaines de tensions, les députés se proclament assemblée nationale et jurent de donner une constitution à la France. Nous sommes le 9 juillet 1789. Quelques jours plus tard, le 14, la Bastille est prise. La Révolution est en marche. Et dans les régions françaises, ces nouvelles vont donner lieu à ce que les historiens ont appelé "la grande peur" : on craint l’effondrement du pays, on craint les représailles, et plus que tout on craint "le complot aristocratique".  Comment les nobles pourraient-ils comploter et faire échouer la Révolution ?

- A  mort les comploteurs ! Le roi lui-même serait-il un comploteur ? A partir de la fuite ratée de celui-ci, qui s'est arrêtée à Varenne, en juin 1791, la Révolution s'accélère et les accusations de complots fusent. Non plus seulement envers les aristocrates ou le clergé, mais au cœur même du nouveau pouvoir, à l'Assemblée nationale. Et pour les comploteurs ou supposés tels, c'est la guillotine !

- C'est la faute à Voltaire... et aux francs-maçons. A la fin de la Révolution, l'abbé Barruel fait paraître ses Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinisme, monumental ouvrage dans lequel il révèle que "la secte des jacobins" aurait prévu et organisé toute la Révolution, jusque dans ses moindres détails. Qui aurait fomenté ce complot ? Qui l'abbé rassemble-t-il sous cette appellation de "jacobins" ? Les philosophes des Lumières, les francs-maçons, et aussi une jeune et mystérieuse société secrète : les Illuminati.

  • Le grand remplacement, un virus français (4 x 15 min)

Le mythe d’une invasion migratoire n’est pas un thème nouveau. A intervalles réguliers, il traverse la France depuis près d’un siècle. Belle époque, années folles, grande dépression, décolonisation : chaque décennie a connu ses prophètes de la submersion étrangère qui lancent leurs carrières littéraires et politiques sur le dos de l’immigration.

- L'origine du mythe. La peur d’un changement de population à la suite d’une invasion migratoire n’est pas un thème nouveau dans le discours public français. Avant même la Première Guerre mondiale, des hommes politiques et des romanciers agitaient le spectre d’une invasion venue des colonies asiatiques et africaines. Les livres qui s’emparent de cette psychose se vendent à des millions d’exemplaires.

- Le Front National. Après 1945, il faut reconstruire le pays. Un million de travailleurs venus des colonies arrivent en métropole. Mais la guerre d’Algérie et la fin des Trente glorieuses font surgir des tensions économiques et communautaires. Bientôt, des forces politiques extrêmes prospèreront sur ces fractures. Reprenant le flambeau de la peur migratoire, le Front National s’installe dans le paysage politique français.

- Renaud Camus. Au début des années 2000, un écrivain français jusque-là principalement connu pour sa contribution à la littérature gay des années 1970 s’invite dans les débats sur l’immigration, dont il est convaincu qu’elle amènera la disparition des Français. Il résume sa pensée en deux mots : le “grand remplacement”. D’une formule, Renaud Camus parvient à cristalliser les angoisses de l’époque.

- La décennie Zemmour. A la rentrée 2006, les téléspectateurs de France 2 découvrent sur leur écran un nouveau visage : Éric Zemmour.  Journaliste politique au Figaro, essayiste en croisade contre la féminisation de la société, ce fils de pieds-noirs est désormais le chroniqueur d’"On n’est pas couché". Dès la première de ce talk-show du samedi soir basé sur la polémique, il est invité à débattre de la politique d’expulsion des sans-papiers. Le ton est donné.

- Trump, Camus, les mots tuent. La France n’est pas le seul pays travaillé par l’angoisse migratoire. Par internet et Amazon, les mots de Renaud Camus traversent les frontières. Dans une extrême droite américaine traumatisée par la présidence Obama et désinhibée par les discours de Trump, le grand remplacement résonne. Inspirés par les appels à résister au “génocide par substitution”, certains vont prendre les armes.

  • "Les Instructions secrètes" et le faux complot des jésuites (2 x 15 min)

Depuis sa naissance à Paris en 1534, l'ordre des jésuites suscite des fantasmes complotistes. D'un siècle à l'autre, les accusations fusent et se répètent contre cette congrégation catholique. Avides de pouvoir, les jésuites agiraient dans l'ombre. Ils dirigeraient le monde et déclencheraient les guerres. Ils manipuleraient les rois et choisiraient nos présidents.

- La naissance d'un mythe. Dès leur création en 1534, les Jésuites ont suscité des fantasmes complotistes. On les accuse de préparer l’avènement d’un nouvel ordre mondial. En 1614, un texte prétendument rédigé par le chef des Jésuites vient confirmer ces soupçons et commence à circuler : les "Monita Secreta". Le texte est un faux grossier, mais peu importe : le mythe jésuite est né.

- Un mythe ne meurt jamais. Des romans populaires du XIXe siècle aux discours nazis des années 30, le fantasme du complot jésuite survit à la modernité. Pire : depuis l’élection du Pape François, premier Saint-Père jésuite de l’histoire, le mythe connaît une seconde jeunesse.

Affûter son esprit critique

Les "théories du complot" ne sont pas un danger parmi d’autres. Au nom de l’esprit critique et de la parole démocratique, elles soupçonnent tout - sauf ceux qui soupçonnent tout -, justifient des menaces réelles en inventant des menaces fictives. Comment les détecter ? Comment les déconstruire ?

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