Faut-il allaiter à tout prix ?
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Les Idées Claires : Faut-il allaiter à tout prix ?

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Faut-il allaiter à tout prix ?

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L'allaitement est-il indispensable dans les premiers mois de la vie d'un nouveau-né ? C'est la question au cœur des Idées Claires, notre programme hebdomadaire produit par France Culture et Franceinfo destiné à lutter contre les désordres de l'information, des fake news aux idées reçues.

L'allaitement est un débat sans fin pour les jeunes mamans. Il est tantôt indispensable, obligatoire ou au contraire une forme d'esclavagisme moderne. Les idées reçues n'aident pas les jeunes mères à se décider dans ce flot d'informations contradictoires. 

L'Organisation mondiale de la santé (OMS) recommande un allaitement exclusif pendant les 6 premiers mois de la vie d'un nouveau-né. L'allaitement n'est pas obligatoire pour autant. Mais est-il vraiment indispensable pour un nouveau-né ? Ou peut-on sans passer ? 

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La pédiatre Sophie Soudée-Mayer, responsable du lactarium de l’hôpital Robert-Debré, répond aux questions de Nicolas Martin.

Faut-il allaiter à tout prix ?

Sophie Soudée-Mayer : "Dans la question, il y a “allaiter à tout prix”. À tout prix non. Il faut que ça soit un choix. Un choix de la maman, un choix du couple pour son bébé. En sachant que l’allaitement maternel est l’alimentation la plus adaptée pour son bébé et c’est l’alimentation qui est recommandée par l’OMS jusqu’à 6 mois."

Combien de femmes allaitent aujourd’hui ?

Sophie Soudée-Mayer : "Dans les maternités actuellement on a à peu près 50% de femmes qui sortent avec un projet d’allaitement, qui allaitent leur bébé. Et finalement à 6 mois on a 20% de mamans qui allaitent toujours leur bébé mais seulement 10% qui sont en allaitement prépondérant. La durée moyenne de l’allaitement actuellement, sur les dernières études, elle est à 7 semaines, sur la médiane." 

Que recommande l’OMS exactement ?

Sophie Soudée-Mayer : "L’OMS recommande 6 mois d’allaitement exclusif, ça s’adresse au monde entier. Parce qu’il ne faut pas oublier qu’il y a des pays où on n’a pas accès à l’eau potable et l’allaitement maternel va sauver les bébés sur le risque infectieux et les difficultés qu’on peut avoir à trouver de l’eau potable. Ce ne sont pas les mêmes problématiques que nous pouvons rencontrer dans nos pays industrialisés, bien évidemment. L’OMS recommande un allaitement exclusif pendant les 6 premiers mois de vie des nourrissons pour plusieurs raisons. Parce que l’allaitement maternel, le lait maternel est l’aliment idéal du nourrisson. Il est adapté aux besoins nutritionnels de l’enfant. Il s’adapte au cours du temps. Dans les premiers jours de vie on a un lait qui est jaune, qui est très riche en anticorps. Puis le lait va évoluer pour aller vers un lait qui a plus de vertus nutritionnelles. "

Le lait en poudre est-il moins bon que le lait maternel ?

Sophie Soudée-Mayer : "Alors beaucoup moins bon, on peut pas dire que c’est beaucoup moins bon. De toute manière c’est moins bon effectivement parce qu’on n’arrive pas à reproduire le lait maternel pour la simple et bonne raison, qu’on évoquait au début : il y a des anticorps dans le lait maternel et on ne peut pas mettre d’anticorps dans du lait artificiel. Et les anticorps, par exemple quand la maman a un rhume, la maman va fabriquer des anticorps dirigés contre le virus du rhume qu’elle présente, forcément on n’aura pas la même adaptation dans du lait artificiel. Mais le lait artificiel n’est pas du poison pour l’enfant et donc, reconstitué dans nos pays, avec de l’eau potable, des bouteilles d’eau minérale, il n’y a aucun risque pour l’enfant. Plus on va aller dans le temps, plus on aura de bénéfices sur l’allaitement. Mais même un allaitement qui aura duré peu de temps aura des bénéfices pour l’enfant. Donc il faut s’adapter aussi au choix des mamans, les encourager, les soutenir et les soutenir à chaque instant de leur choix et donc si elles choisissent les formules, les accompagner aussi dans le choix des formules."

Y a-t-il des cas où il ne faut pas allaiter son bébé ?

Sophie Soudée-Mayer : "Alors il y a deux contre-indications à l’allaitement maternel qui sont, les mamans séropositives pour le VIH, du fait du risque de transmission du virus par le lait maternel. Et la galactosémie qui est une maladie métabolique rare mais qui va toucher le bébé et qui contre-indique l’allaitement maternel. "

Quelles sont les craintes des jeunes mamans qui allaitent ?

Sophie Soudée-Mayer : "Pour les jeunes mamans c’est un choix très très intime quand même. Ça touche le sein donc il y a des mamans qui disent “moi je ne veux pas devoir allaiter en public, je ne veux pas, j’ai peur d’avoir mal.” Dans ces cas-là il faut expliquer qu’on peut très bien donner son lait maternel en exprimant son lait, en tirant son lait et en donnant son lait dans un biberon. Il faut les accompagner aussi. On a de plus en plus de traitements, de conseillères en lactation qui peuvent les accompagner. Si malgré tout elles disent qu’elles font le choix d’arrêter il faut aussi les soutenir, toujours, et les orienter vers le lait artificiel qui va être le plus adapté à leur bébé.    
Mais il faut effectivement anticiper ce projet et pas forcément attendre le moment de l’accouchement et de la naissance du bébé pour faire son choix. Ça doit vraiment être quelque chose de réfléchi avec les difficultés que ça comporte. On est très loin de l’image d’Épinal de la maman qui porte son bébé et qui le met au sein et tout va bien, c’est rarement aussi simple que ça. "

Y a-t-il des cas où il faut absolument allaiter ?

Sophie Soudée-Mayer : "Pour les enfants prématurés, l’allaitement maternel il est indispensable. C’est vital qu’on puisse donner du lait de mère si la maman peut. Sinon, si ce n’est pas possible, on va donner du lait de femme. Et donc du lait de femme, c’est du lait qui est collecté par des lactariums et qui est ensuite poolé, pasteurisé, qui va être distribué dans les différents services de néonatologie pour être donné aux bébés prématurés. C’est vital, ça prévient les infections dont l’une qui est très très grave qui est l’entérocolite avec un gros risque de mortalité. Et ça améliore vraiment de façon très très significative le devenir de ces enfants prématurés donc il n’est absolument pas envisageable de donner autre chose."        

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