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Faut-il anonymiser les terroristes dans les médias ?

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© Radio France - quka

BFMTV, Le Monde, La Croix ou RFI ont décidé de ne plus publier de photos des auteurs d'attentats. Souvent encouragés par leur public, mais aussi par un psychanalyste et désormais des politiques. Alors qu'un groupe de travail organisé par le gouvernement fera des propositions en septembre.

De nombreux médias avaient déjà choisi ces dernières années de ne pas relayer les vidéos de Daech pour limiter sa propagande. Et attentat après attentat, les médias s'interrogent sur leur traitement des actes terroristes. Avec des mises au point du CSA, y compris aujourd'hui au sujet de la couverture de l'attaque de Nice. Mais cette fois, il s'agit des photos et des noms de ceux qui font couler le sang en France et ont pu se retrouver en Une de grands quotidiens ou sites d'actualité. Dès mars 2012, les images de Mohammed Merah tout sourire avaient choqué certaines personnes. Et un lycéen de 18 ans, Edwyn Letellier, a d'ailleurs lancé une pétition en ligne adressée au président du CSA pour l'anonymat des terroristes dans les médias, avec près de 70 000 signatures en moins d'une semaine.

Précisions de Cécile de Kervasdoué :

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Jusqu'où anonymiser ? L'évolution des médias français

1 min

"Éviter d'éventuels effets de glorification posthume"

Aujourd'hui, pour la première fois, des médias d'aussi grande portée que Le Monde, BFMTV ou RFI (ainsi que France 24 et Monte Carlo Doualiya) viennent de décider de ne plus montrer ces terroristes.

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"A la suite de l'attentat de Nice, nous ne publierons plus de photographies des auteurs de tueries, pour éviter d'éventuels effets de glorification posthume", écrit ainsi ce mercredi le directeur du Monde dans un éditorial.

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"On tient compte de la répétition", explique Jérôme Fenoglio, joint par Cécile de Kervasdoué.

"Avec ces passages à l'acte de plus en plus fréquents, on s'est dit à partir de Nice que l'on était mal à l'aise avec la mise en avant de photographies issues du passé, de la vie quotidienne de ces terroristes, comme on a pu le faire précédemment." Plus de publication de ces photos "dans ce contexte", mais pas de changement concernant les noms. " Moi je continue de penser que l'identité de ces terroristes est un élément d'information avec lequel on ne peut pas transiger. Il est donné par le Procureur dans une conférence de presse. Je ne pense pas qu'il soit de nature aujourd'hui à devoir être caché."  :

"Etre affiché en Une fait partie d'une prise de pouvoir psychologique sur les populations. Mais il ne faut pas pour autant ne pas informer."

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Avec ces précisions quelques heures plus tard :

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Le directeur de la rédaction de BFMTV, Hervé Béroud, a lui expliqué à l'AFP : "Nous avons pris la décision hier soir de ne plus diffuser des photos de terroristes à l'antenne, jusqu'à nouvel ordre. La réflexion était engagée dans la rédaction depuis un certain temps. Elle s'est accélérée après Nice, avec la répétition de ces tragédies".

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Pour La Croix, François Ernenwein, rédacteur en chef, a annoncé à l'AFP qu'"On ne publiera que le prénom et l'initiale du nom et pas de photo". Avec bientôt un texte de réflexion sur ces choix "afin de les argumenter devant nos lecteurs".

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"Mieux vaut regarder la menace en face"

En revanche, selon Johan Hufnagel, le directeur adjoint de Libération, toujours interrogé par l'AFP, anonymiser les terroristes n'est pas une position tenable. "Imaginez un papier avec les frères SA et BA, AA, FAM", ajoutant toutefois que "le débat sur l'utilisation de la photo dans le journal et sur le site de Libération est une discussion permanente depuis l'existence du journal". Et dans un édito ce jeudi, le directeur de la publication du quotidien, Laurent Joffrin, précise notamment que pour "regarder la menace en face" :

"Libération s’interdit de publier des photos répulsives, sanguinolentes, ou bien qui pourraient porter atteinte à la dignité des victimes. Ou encore de donner des éléments précis qui pourraient faciliter la tâche des terroristes ou bien aider à leur fuite. Mais ce n’est pas le glorifier que de montrer le visage d’un tueur. Le lecteur n’est pas si bête."

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Le directeur des rédactions du Figaro a repris un propos de Charles Péguy dans un entretien publié très tôt ce jeudi : "Il faut toujours dire ce que l'on voit. Surtout, il faut toujours, ce qui est plus difficile, voir ce que l'on voit". Alexis Brézet d'ajouter : "Le nom des terroristes est un élément d'information objectif essentiel pour comprendre ce qui se joue sur notre sol, et notre devoir est de le porter à la connaissance de nos lecteurs ou de nos internautes. Ne pas le faire, ce serait alimenter les fantasmes complotistes de tous ceux qui estiment que les médias « nous cachent la vérité »". Quant aux photos : "Tout est affaire de mesure, de prudence et de bon sens. Publier dans nos pages, ou sur notre site, une photo neutre et discrète du terroriste, c'est nécessaire. L'afficher en une ou le présenter dans une pose flatteuse à visée de propagande, nous nous l'interdisons".

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Ce mercredi soir tard, France Télévisions a choisi le cas par cas. Pour Michel Field, le directeur exécutif en charge de l'information :

"Ma position est de faire confiance au sens de la responsabilité et à l'éthique journalistique des équipes de France Télévisions. C'est à elles de juger, au cas par cas, suivant le contexte, de l'intérêt ou non d'une information ou d'une image à diffuser. Oui, nous pourrons nous tromper. Oui, nous le reconnaîtrons si cela arrive. Mais rien ne serait pire que mettre le doigt dans une auto-censure."

Et l'Agence France Presse a laissé ces clients décider :

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A écouter > Les médias ont-ils un rôle dans la lutte antiterroriste ?

Des propositions à venir pour "repenser l'éthique des médias"

La secrétaire d’État chargée de l'aide aux victimes, Juliette Méadel, avait annoncé le 21 juillet dernier sur metronews.fr la création d'un groupe de travail qui proposera en septembre des mesures pour "repenser l'éthique des médias" dans pareilles circonstances.

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"Ceux qui commettent ces actes attendent une gloire planétaire. On peut même considérer que cela fait partie de l'acte. De ce point de vue, il faut réfléchir à des moyens de donner de l'information sans forcément livrer tous les détails de l'identité ou de la biographie du terroriste", expliquait-elle.

Et des prises de position qui se multiplient

Mi juillet, sur notre antenne, le psychanalyste Fethi Benslama se prononçait déjà pour l'anonymat des tueurs. "Alors même que leurs victimes sont anonymes et le resteront, et on connaîtra peu leurs noms, eux vont avoir une gloire aux yeux de leurs commanditaires, de leurs amis. Et cela incite d'autres à y recourir. C'est un ressort très très important ." Fethi Benslama :

"Ils laissent leur carte d'identité. Ils veulent être très vite connus. Ils se servent de la communication comme d'un prolongement de la terreur."

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Un anonymat qui devrait être obligatoire selon le psychiatre et anthropologue Richard Rechtman, interrogé pour le site de Télérama.

Mardi soir sur TF1, l'archevêque de Paris, Mgr Vingt-trois, s'est interrogé sur la "médiatisation excessive" des attentats qui pourrait être "un facteur aggravant parce que c'est : 'Enfin, on peut parler de moi, je suis quelqu'un'".

Bernard-Henri Lévy a également tweeté à ce sujet hier :

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Avant que différents politiques ne s'expriment :

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Des spécialistes de l'islamisme radical ont aussi évidemment pris la parole. David Thomson, le journaliste de RFI spécialiste des Français jihadistes, a par exemple exprimé ses doutes sur la portée de telles initiatives :

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Alors que Wassim Nasr, autre spécialiste du djihadisme, dénonce ce choix et affirme à L'Express qu'"Anonymiser les terroristes, c'est laisser la place aux complotistes".

Le président de l'Observatoire de la déontologie de l'information (ODI), Patrick Eveno, souligne les divisions des chercheurs selon leurs domaines de compétence. Écoutez le, il répond à Stéphane Robert ce jeudi :

"Le bouc émissaire dans tous les cas, ce sont les médias. Il y a même maintenant une proposition de loi à ce sujet !"

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La France un peu en retard sur ce débat médiatique

Aux États-Unis, ce débat, non tranché, existe depuis des années en raison des meurtriers de masse. Éclairage de Cécile de Kervasdoué, qui évoque également les positions des médias en Allemagne, en Suisse ou au Maghreb :

Et à l'étranger ? Quels choix ?

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