Faut-il bannir la viande de nos assiettes ?

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Faut-il bannir la viande de nos assiettes ?

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La viande est-elle nocive pour l’homme et la nature ? C'est la question au cœur des Idées Claires, notre programme hebdomadaire produit par France Culture et franceinfo destiné à lutter contre les désordres de l'information, des fake news aux idées reçues.

L’humanité n’a jamais consommé autant de viande. En 2018, 330 millions de tonnes de viande ont été produites sur la planète, contre 70 millions en 1961, selon des chiffres repris par Le Monde.

Et le monde entier continuera à consommer encore plus de viande, selon les prévisions de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture. Plus de viande à produire implique plus de champs à trouver pour nourrir les élevages. Mais plus de terrains agricoles c'est moins de forêt et davantage de CO2 et de méthane rejetés par les animaux.

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Notre consommation de viande serait donc une des causes directes du réchauffement climatique. Mais les "super fermes" de 1 000 vaches et les petites exploitations ont-elles la même responsabilité ? 

La viande n'est pas seulement pointée du doigt pour son bilan carbone. Selon le Centre International de Recherche contre le Cancer, un lien existerait entre la consommation excessive de viande rouge et le développement du cancer colorectal.

Pour démêler le vrai du faux, nous avons demandé à Eric Birlouez, ingénieur agronome et sociologue de l’alimentation.

Faut-il bannir la viande de nos assiettes ?

Eric Birlouez : "Consommer de la viande en soi n’est pas mauvais. C’est une question de quantité et de qualité de la viande. Bien sûr, on parle des impacts, qui sont réels, de la viande sur la santé, sur l’environnement, sur le bien-être animal. Il faut regarder les choses, non pas de manière globale.

On ne peut pas parler de l’élevage et de la viande en général, au singulier. Il y a différents types d’élevages, différents types de viandes et c’est ça qu’il faut prendre en compte."

Les élevages contribuent-ils au réchauffement climatique ?

Eric Birlouez : "Bien évidemment, il y a certains types d’élevages qui ont des conséquences très néfastes sur l’environnement, que ce soit au travers de pollutions, on parle des produits phytosanitaires répandus sur les fourrages, ou de pollution par les nitrates.

Il y a évidemment les émissions de gaz à effet de serre, il y a aussi le prélèvement d’eau.

Mais il ne faut pas oublier que dans certains cas, il peut aussi y avoir des impacts sur l’environnement qui sont positifs.

Si on prend par exemple, dans le cas de la France, l’élevage des vaches, leur ration alimentaire est constituée de 60% d’herbe. Le fait d'avoir de l’herbe, d’avoir des prairies, c’est intéressant pour l’environnement.

D’une part parce que les prairies sont des puits de carbone, elles vont capter une partie des gaz à effet de serre qui sont émis par les animaux, les ruminants, les vaches. L’autre intérêt des prairies, c’est qu’elles sont souvent entourées de fossés, de haies, de talus, donc ce sont des réservoirs de biodiversité.

Les prairies, on les a sur des terres qui, parce qu’elles sont trop en pentes, ou des sols pas assez fertiles, ne permettraient pas de cultiver autre chose."

Le secteur de l’élevage pollue-t-il plus que l’industrie automobile ?

Eric Birlouez : "Il y a un chiffre qui a été donné par la FAO, l’organisation pour l’agriculture et l’alimentation, c’est une organisation des nations unies, qui dit que 14,5% des gaz à effet de serre mondiaux sont liés à l’élevage.

Parallèlement, un autre chiffre a été produit par une autre structure bien connue, le GIEC, qui dit que 14% des gaz à effet de serre sont émis par les transports. Autrement dit, l’élevage produirait davantage de ces gaz à effet de serre que les transports.

En réalité, les deux chiffres ne sont pas du tout comparables. Dans le cas des transports, on a pris en compte uniquement les gaz à effet de serre émis par les voitures et les camions en circulation.

Dans le cas de l’élevage on a utilisé une autre méthode et on a tout pris en compte depuis la fabrication des aliments pour animaux, des engrais, des produits phytosanitaires, jusqu’au magasin où on va les acheter.

Quand on prend la même méthode pour faire le calcul, dans le cas de la France, on se rend compte que l’agriculture dans son ensemble, pas seulement l’élevage, contribue à 19% des gaz à effet de serre mais que les transports contribuent beaucoup plus, 31% des gaz à effet de serre."

Faut-il réduire drastiquement notre consommation de viande ?

Eric Birlouez : "Il est important dans les pays riches, c’est le cas de la France, des pays d’Amérique du Nord notamment de réduire notre consommation globale de viande, mais on ne peut pas généraliser ça à l’ensemble de la planète.

Il y a des zones du monde dans lesquelles les gens ne mangent pas à leur faim et pour qui avoir un peu de viande dans leur assiette serait une bénédiction, serait nécessaire pour l'équilibre de leur ration alimentaire.

Il y a des organisations internationales, des instances publiques de santé qui ont émis des recommandations. Pour la viande rouge, c’est 500 g par semaine. Les Français en sont à moins de 400 g en moyenne, environ 370 g donc pour la santé on est dans les clous.

Évidemment pour l’environnement, c’est une autre question et pour la production alimentaire mondiale, l’idée c’est quand même de réduire.

On est aujourd’hui à ⅔ de protéines animales pour ⅓ de protéines végétales en France et dans les pays développés, il faudrait arriver à un équilibre 50/50 et donc non pas bannir la viande de notre assiette, mais la diminuer."

La viande rouge est-elle cancérigène ?

Eric Birlouez : "Il y a eu en novembre 2015 une annonce du Centre International de Recherche contre le Cancer qui a établi une relation entre non pas la consommation de viande, mais l’excès de consommation de viande rouge, précisément 100 g de viande rouge par jour et une augmentation d’un certain type de cancer, le cancer colorectal, une augmentation du risque relatif de 27%.

C’est bien l’excès évidemment qui est en cause donc ce n’est pas la viande qui donne le cancer mais l’excès de viande."

Comment assurer le bien-être animal dans les élevages ?

Eric Birlouez : "Quand on parle d’élevage industriel, on fait référence à des superstructures d’élevage dans lesquelles les animaux sont juste considérés comme des objets, des machines à produire le maximum de viande, de lait, etc.

L’élevage, ce n’est pas ça, l’élevage, c’est une relation de l’homme à l’animal qui est respectueuse du bien-être animal et de l’environnement et qui produit une nourriture qui est, non pas indispensable mais qui n’est pas sans intérêt pour l’homme.

On peut réfléchir à des systèmes plus respectueux du bien-être animal. On évoque par exemple l’idée d'avoir des abattoirs mobiles qui vont dans les fermes pour réduire le stress de l’animal, de continuer à améliorer certaines pratiques d’élevage.

Je crois qu’il y a vraiment des progrès qui sont possibles et qui sont déjà engagés mais sans pour autant que cela remette en cause la consommation de viande en tant que telle".

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