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Femina 2017 : Philippe Jaenada parle de "la Serpe"

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Philippe Jaenada avec le jury du Prix Femina, juste après la proclamation de son prix pour "La Serpe"
Philippe Jaenada avec le jury du Prix Femina, juste après la proclamation de son prix pour "La Serpe"
© AFP - PHILIPPE LOPEZ

C'est un fait divers de 1941 qui sert de trame à "La Serpe", livre pour lequel Philippe Jaenada vient d'obtenir le Prix Femina 2017. Ecoutez l'écrivain, invité à plusieurs reprises ces dernières semaines pour parler de cette enquête romanesque.

L'écrivain Philippe Jaenada s'est penché sur un fait divers survenu il y a plus de 70 ans dans un château du Périgord pour son roman "La Serpe", qui vient d'être récompensé par le Prix Femina.

Le texte raconte comment, un matin d’octobre 1941 au château d'Escoire, Henri Girard appelle au secours : son père, sa tante et la bonne ont été massacrés à coups de serpe. Seul survivant, il est l'unique héritier des victimes, et toutes les portes étaient fermées, aucune infraction n’est constatée. Deux jours plus tôt, il avait emprunté l’arme au voisin. Le procès qui s'ensuivra est retentissant. Le jeune homme est acquitté, l’enquête abandonnée, mais l’opinion publique française est convaincue de la culpabilité d’Henri. Il va finir par s’exiler au Venezuela et rentre en France en 1950, avec un autre nom, un livre et un manuscrit, La Salaire de la Peur écrit sous un pseudonyme, celui de Georges Arnaud. 

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55 min

En août dernier, Philippe Jaenada évoquait ce projet au micro des Matins d'été :

Philippe Jaenada dans "les Matins d'été", 23/08/2017

17 min

C’est trop lourd, trop sérieux, trop grave cette vie. Moi j’aime bien les petites choses qui dérapent, les petites anecdotes.

Comme beaucoup, Philippe Jaenada pensait l’homme coupable. Jusqu’au moment où certains détails l’interpellent. Il décide alors de mener l’enquête, de se renseigner. 

Ce type, qui a bénéficié, si on en croit l’opinion publique, de l’injustice dans le sens inverse, passe sa vie à combattre contre les erreurs de la société ou de l’administration. Il y avait quelque chose qui me semblait un peu curieux là-dedans et qui m’a poussé à prendre ma voiture pour aller à Périgueux, sur place.

La famille considère que j’ai résolu l’énigme. Moi aussi, en tout cas j’espère. Moi j’ai en tout cas la certitude qu’Henri Girard, dit Georges Arnaud n’a jamais tué personne.

Au mois de septembre, Philippe Jaenada était face à Olivier Guez dans une émission du Temps des écrivains consacrée aux mystères et à l'enquête : 

Philippe Jaenada invité du Temps des écrivains le 30/09/2017

58 min

C’était le coupable idéal. (...) Et puis il y avait quelques trucs qui me laissaient des doutes. Donc je me suis dit, ça me coûte rien, je loue une voiture, je vais à Périgueux où se trouvent les archives du dossier d’instruction. Je vais passer une semaine là-bas. Si je constate que c’est vraiment lui le coupable, tant pis, je n’écrirai pas le livre. Mais si je trouve quelques petits trucs, on ne sait jamais… Et voilà, je suis revenu avec la certitude qu’il était innocent.

Ce que j’aime, et ce que j’aime raconter, ce sont les petits décalages, les petits dérapages.

J’ai découvert, comme redresseur de torts, que c’est un écrivain incroyable, complètement oublié, qu’on ne lit plus du tout.(...) Le Salaire de la peur était un des favoris du prix Goncourt quand il est sorti.

Je suis quelqu’un du présent. Je ne voulais pas que ce soit un roman lointain. Je voulais qu’il y ait un fil tendu entre 1941 et aujourd’hui. Et ce fil tendu, c’est moi. C’est-à-dire que j’évolue à Périgueux. Ça m’intéressait vraiment d’un point de vue littéraire, romanesque, de superposer Henri Girard à Périgueux en 1941 et le petit détective Jaenada à Périgueux en 2016.

Une sorte de détachement, quelques pas de recul qui souvent forcent à la dérision ou à l’auto-dérision, oui c’est nécessaire quand on a les pieds qui baignent dans le sang.

Dans J'ai connu le bonheur du 15 octobre dernier, Philippe Jaenada parlait de son travail d'enquête sur Henri Girard mais aussi sur Pauline Dubuisson, héroïne de son précédent roman "la Petite femelle" :

Philippe Jaenada dans "J'ai déjà connu le bonheur" du 15/10/17

44 min

Le seul moment de liberté de ma vie, c'est quand j'écris.

Je ne suis pas fasciné par les crimes, mais dans une affaire judiciaire, l'avantage c'est que des tas de types, des gendarmes, des policiers, ont fait tout le boulot avant, ont interrogé des centaines de personnes qui ont connu l'accusé quand il était petit, la veille, de la famille, les amis, les fiancées, etc. Et on dispose d'un matériau sur une personne dont on ne dispose sur personne d'autre.