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Femmes d’Iran, femmes d'images

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En 1979, l’Ayatollah Khomeini, guide suprême de la révolution islamique déclare : « Chaque fois que dans un autobus un corps féminin frôle un corps masculin, une secousse fait vaciller l’édifice de notre révolution ».

L es lignes qui suivent ont pour objet de dresser le portrait de quelques femmes iraniennes et de leur dédier, ainsi qu’à toutes les autres, cette journée spéciale de 6 heures à 23 heures sur France Culture. Sur l’antenne précisément : Shirin Ebadi , avocate iranienne, Prix Nobel de la Paix 2003, Tasliman Nasreen , écrivaine bangladaise, Darya Davar , soprane, Golshifteh Farahani , actrice et chanteuse, Sou Abadi , documentariste…

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Sakineh Mohammadi Asthiani
Sakineh Mohammadi Asthiani

Sakineh Mohammadi Ashtiani ©amnesty international

Pour commencer, quelques mots à propos de Sakineh Mohammadi Ashtiani , un nom sur toutes les lèvres, un visage, une femme d’Iran. Un symbole. Mère de famille âgée de 43 ans, emprisonnée depuis 2006. D’abord condamnée à 99 coups de fouet pour adultère puis condamnée en plus pour complicité de meurtre contre son mari après des aveux obtenus sous la torture. Même si cette dernière charge aurait été abandonnée, Sakineh Mohammadi Ashtiani reste condamnée à mort pour seul adultère et par lapidation . En juillet dernier, l’exécution imminente de Sakineh Mohammadi Ashtiani a été suspendue. Auparavant, il semblerait que Téhéran ait renoncé à la lapidation, ce qui ne signifie nullement la clémence du pouvoir iranien envers Sakineh Mohammadi Ashtiani.

Suivent ici trois portraits de femmes iraniennes. Particularités : elles sont créatrices de BD, photographes, graphistes, vidéastes et s’expriment par l’image. C’est donc ce regard unique, particulier, personnel et naturellement pertinent qu’elles portent sur l’Iran qui nous interpelle.

Persepolis - Marjane Satrapi
Persepolis - Marjane Satrapi

Persepolis - Marjane Satrapi ©L'Association

Marjane Satrapi , un nom qui vient à l’esprit immédiatement à propos de l’Iran et de sa culture. Marjane Satrapi, c’est bien sûr Persepolis . D’abord une bande dessinée qui connaît le succès dès la parution du premier tome en 2000. Trois autres volumes suivront. L’histoire est racontée par une petite fille de dix ans. Une histoire très autobiographique qui commence peu avant la Révolution iranienne. Marjane est issue d’une famille progressiste, elle est l’arrière petite fille du dernier Chah de la dynastie des Qajar, ce qui ne l’empêche nullement d’être espiègle, de dire des gros mots ou de se poser des questions. C’est une enfant comme toutes les autres. Ses parents sont plutôt à gauche et manifesteront contre l’arrivée au pouvoir des islamistes tout comme ils ont manifesté à l’époque du Chah. En 1980, le port du foulard devient obligatoire. C’est ensuite le début de la guerre Iran-Irak (tome 2). Le tome 3, c’est l’exil à Vienne en 1984 et les premières désillusions face au rejet en bloc de l’Iran par une jeunesse dorée, insouciante et prompte à l’amalgame, les premières injustices dont elle sera la victime et puis le pays – son pays – qui lui manque. Tome 4 : retour à Téhéran, le pays est en ruines après la guerre contre l’Irak et la répression est féroce. L’amour, pour la jeune femme, interdit hors mariage. Alors après un dernier regard sur le pays de son enfance, elle quitte l’Iran pour la France. La BD deviendra un film en 2007 , prix du jury du Festival de Cannes et obtiendra deux **César ** en 2008, meilleur premier film et meilleure adaptation . Marjane Satrapi vit à Paris depuis 1994. Poulet aux Prunes , film d’après sa BD publiée en 2004 est actuellement en tournage.

Shadi Ghadarian, l'album de Rosse Issa
Shadi Ghadarian, l'album de Rosse Issa
- Shadi Ghadirian

©Saqi Books

Shadafarin Ghadirian , photographe. Portraits sépia et improbables à la mode vestimentaire de la dynastie Qajar qui régna sur l’Iran de la fin du XVIIIème siècle jusqu’en 1925, juste avant la dynastie des Palhavi à laquelle appartenait le dernier Chah d’Iran. Ici les personnages arborent des objets hétéroclites complètement décalés : boite de Pepsi, téléphone, aspirateur, etc.

Une autre série : Like Every Day fait de la femme voilée iranienne, une double femme-objet portant sur le voile à hauteur du regard, casserole, théière, poêle, balai-brosse ou encore fer à repasser. En Iran, pas facile d’être une femme, pas facile d’être féministe et pas facile d’être photographe. **Shadafarin ** ou Shadi est née à Téhéran en 1974 , vit en Iran et travaille notamment pour le musée de la photographie de Téhéran. Voir ces œuvres complètes ici.

Shirin Neshat self portrait
Shirin Neshat self portrait
- Self Portrait

Shirin Neshat self portrait ©Shirin Neshat

Shirin Neshat ou la difficulté d’être une femme dans l’Islam. Née à Qazvin en Iran en 1957 et vit à New York. Issue d’une famille aisée, occidentalisée, dont le père était médecin, Shirin Neshat quitte l’Iran pour étudier l’art à Los Angeles et s’inscrit à l’Université de Berkeley. Puis survient la Révolution iranienne. Lors de son retour en Iran en 1990, après une quinzaine d’années d’absence, le choc est violent. Le pays de son enfance n’existe plus. Son père a du se retirer et survit avec un maigre salaire, la famille peine à joindre les deux bouts. L’Iran contemporain et moderne des classes moyennes a fait place à une République islamique repliée sur la tradition où la femme, désormais voilée, est réduite au silence ou plutôt à l’invisibilité. De cette fracture va naître les photos de la série The Women of Allah montrant pieds , mains , brefs fragments de visage - sans doute seules représentations non-impudiques de la femme - couverts d’une calligraphie farsi . La femme iranienne connaît à la fois une difficulté d’être dans l’Islam, la solitude d’être partagée entre culture occidentale et moyen orientale, la division sociale enfin entre hommes d’un côté, femmes en tchador de l’autre. Après la photographie, Shirin Neshat va utiliser la vidéo comme support de création en montrant deux films sur deux écrans côte-à-côte ou face à face mais le travail de Shirin Neshat reste le même sans être formellement polémique : la vie des femmes dans les sociétés islamiques contemporaines. Shirin Neshat a obtenu le lion d’or de la 18ème biennale de Venise en 1999 et son œuvre est internationalement reconnue. Plus récemment, en 2008, des œuvres de Shirin Neshat ont été présentées au cours de l’exposition de la collection François Pinault au Tri Postal de Lille , Passage du Temps .

Shirin Neshat à la galerie Jérôme de Noirmont. voir aussi Shirin Neshat à la Gladstone Gallery.