Publicité

Fernando "Pino" Solanas, le cinéaste, documentariste et homme politique, est mort

Par
Fernando Solanas à Cannes en 2015, pour la présentation en version restaurée du "Sud", qui a remporté le prix de la mise en scène à Cannes en 1988.
Fernando Solanas à Cannes en 2015, pour la présentation en version restaurée du "Sud", qui a remporté le prix de la mise en scène à Cannes en 1988.
© Maxppp - Frédéric Dugit / Le Parisien

Homme d'art et de combats, Fernando Solanas a été emporté par le coronavirus ce vendredi, à Paris. Le réalisateur et documentariste, ancien sénateur et député argentin, notamment primé à Cannes et Berlin, avait 84 ans. Figure de gauche, il était ambassadeur d'Argentine à l'Unesco.

Fernando Ezequiel Solanas s'est éteint ce vendredi à Paris, victime à 84 ans du coronavirus. Le célèbre réalisateur et homme politique argentin était hospitalisé après avoir contracté la maladie mi-octobre. Réalisateur et documentariste militant, il avait été récompensé dans les plus grands festivals et s'était engagé en politique dans son pays jusqu'à se présenter à la présidentielle. 

Hommage au résistant Fernando Solanas depuis Buenos Aires, par Caroline Vicq.

1 min

De l'appel à "un troisième cinéma" à un Ours d'or d'honneur à Berlin

Après le court-métrage Seguir Andando, Solanas a d'abord marqué le cinéma argentin et sud américain par la création du groupe Cine Liberación à la fin des années 60. Etroitement lié à la gauche péroniste, son ambition avec le cinéaste Octavia Getino était de créer un cinéma de libération pour le tiers monde. En 1968, ils réalisent leur documentaire manifeste L'heure des brasiers, tourné clandestinement en 16 mm, sans son synchrone. Une fresque de presque quatre heures sur les luttes ouvrières et la résistance péroniste projetée aussi clandestinement et qui arrivera jusqu'à Juan Domingo Perón lui-même. "L'équivalent d'un essai historique politique" expliquait-il en 2015 sur nos ondes :

Publicité

Ce sujet de la recherche de l'identité de mon pays, de la recherche de la démocratie et de la liberté est dans tous mes films.

Dans un long article, Solanas et Getino mettent en avant notamment la phrase de Marx : "Il ne suffit pas d'interpréter le monde, il faut le changer". La caméra apparaît comme une arme au service des idées dans un groupe indépendant de production et de diffusion de films.

Fernando Solanas sur le tournage de Tangos, l'exil de Gardel, en 1985.
Fernando Solanas sur le tournage de Tangos, l'exil de Gardel, en 1985.
© Getty - Frédéric Meylan / Sygma

Très critique du pouvoir, celui qui s'est formé à l'École nationale d'art dramatique de Buenos Aires après des études de piano, de composition musicale et de lettres devra s'exiler en Espagne puis à Paris le temps de la dictature. On lui doit alors Tangos, l'exil de Gardel, avec Marie Laforêt et Philippe Léotard, Grand Prix spécial du Jury à Venise en 1985 et César de la meilleure musique l'année suivante.

En 1988, Fernando "Pino" Solanas obtient la consécration à Cannes pour Le Sud, prix de la mise en scène. Une oeuvre majeure marquée par la musique d'Astor Piazzolla. "Le film de l'exil intérieur avec un collier de tangos classiques, la plupart d'Aníbal Troilo. Une sorte de chant au retour de la démocratie", précisait-il sur nos ondes en 2015. 

Il sera plusieurs fois distingué dans différents grands festivals obtenant un Ours d'or d'honneur à Berlin en 2004, où fut présenté en avant-première mondiale son documentaire Mémoire d'un saccage. Il dénoncera encore les travers politiques et les injustices économiques de son pays dans La dignité du peuple.

50 min

Député, sénateur et candidat à la présidentielle

Opposant farouche au président ultralibéral Carlos Menem, Fernando Solanas s'est lancé en politique au début des années 90. Il siège comme député du parti de centre-gauche Frepaso (Front pour un pays solidaire). Puis il bâtit son propre projet, Projet sud, qui regroupe des socialistes, des syndicalistes et des représentants du centre-gauche, et il sera député, sénateur et candidat à la présidentielle de 2007, à 71 ans, critiquant cette fois le gouvernement péroniste de Nestor Kirchner. "Nous sommes les héritiers des assemblées populaires qui, pendant la crise argentine de 2002, exigeaient que tous les politiciens s'en aillent" explique-t-il au journal Le Monde. Il revendique alors "une plus grande démocratie, une profonde réforme fiscale et la récupération des ressources naturelles de l'Argentine". Et de confier au quotidien français son admiration pour Hugo Chavez, le président vénézuélien : "Il a impulsé une révolution sociale au Venezuela et a mis en marche un nouveau modèle d'intégration régionale en Amérique latine."

Un partisan de Fernando Solanas à la mairie de Buenos Aires en juillet 2011.
Un partisan de Fernando Solanas à la mairie de Buenos Aires en juillet 2011.
© Maxppp - Mauricio Dueñas / EPA / EFE / Newscom

Beaucoup d'Argentins se souviennent aussi du discours en 2018 du sénateur Solanas en faveur du projet de loi facilitant l'interruption volontaire de grossesse. "Personne ne pourra stopper la vague de la nouvelle génération. Ce sera une loi. Il y aura une loi contre vents et marées !", clamait-il : 

Pour afficher ce contenu Twitter, vous devez accepter les cookies Réseaux Sociaux.

Ces cookies permettent de partager ou réagir directement sur les réseaux sociaux auxquels vous êtes connectés ou d'intégrer du contenu initialement posté sur ces réseaux sociaux. Ils permettent aussi aux réseaux sociaux d'utiliser vos visites sur nos sites et applications à des fins de personnalisation et de ciblage publicitaire.

Le ministère des Affaires étrangères argentin a communiqué sur Twitter sa profonde peine après la nouvelle de son décès, Fernando Solanas étant ambassadeur à l'Unesco depuis cet été :

Il est mort en accomplissant sa mission d'ambassadeur d'Argentine à l'Unesco. On se souviendra de lui pour son art, son engagement politique et son éthique toujours mis au service d'un pays meilleur.

Pour afficher ce contenu Twitter, vous devez accepter les cookies Réseaux Sociaux.

Ces cookies permettent de partager ou réagir directement sur les réseaux sociaux auxquels vous êtes connectés ou d'intégrer du contenu initialement posté sur ces réseaux sociaux. Ils permettent aussi aux réseaux sociaux d'utiliser vos visites sur nos sites et applications à des fins de personnalisation et de ciblage publicitaire.

Hommage également d'Audrey Azoulay, qui dirige l'organisme onusien :

Pour afficher ce contenu Twitter, vous devez accepter les cookies Réseaux Sociaux.

Ces cookies permettent de partager ou réagir directement sur les réseaux sociaux auxquels vous êtes connectés ou d'intégrer du contenu initialement posté sur ces réseaux sociaux. Ils permettent aussi aux réseaux sociaux d'utiliser vos visites sur nos sites et applications à des fins de personnalisation et de ciblage publicitaire.