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Feuilletez "L'Education sentimentale" avec les oreilles

Par
Jean Pierre Léaud et Françoise Fabian lors du tournage du feuilleton inspiré du roman "L'Education sentimentale" de Flaubert et réalisé par Marcel Cravenne.
Jean Pierre Léaud et Françoise Fabian lors du tournage du feuilleton inspiré du roman "L'Education sentimentale" de Flaubert et réalisé par Marcel Cravenne.
© AFP - Georges Galmiche / Ina

Nous vous proposons de parcourir ce grand classique qu'est "L'Education sentimentale" de Gustave Flaubert, à travers une dizaine de passages illustrés par des archives de France Culture, entre saccage révolutionnaire en 1848 et bal costumé, en passant par l'art de l'éloquence et celui du duel.

>>> Retrouvez ici tous les autres romans de la collection "Feuilletez avec les oreilles"

L’Education sentimentale est le troisième roman de Gustave Flaubert, après Madame Bovary et Salammbô. Publié en 1869, il est le fruit de trois œuvres de jeunesse autobiographiques que l’écrivain reprend et réécrit à partir de 1864. Considéré désormais comme un classique, il est très sévèrement jugé par les critiques à sa sortie et ne connaît guère de succès. On lui reproche alors d’être un roman immobile, sans histoire, dont le récit statique est porté par un anti-héros animé d’une "passion inactive".

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Dans L’Education sentimentale, dont le sous-titre est "Histoire d’un jeune homme", Flaubert narre l’histoire de Frédéric Moreau qui s’étale de 1841 à 1867, c’est-à-dire sous la monarchie de Juillet et la Deuxième République (le Second Empire étant éclipsé de la narration). A travers ce récit intimiste, c’est toute une génération qui est peinte par l’auteur, une génération désabusée, sans illusion, insatisfaite de ce que peut lui offrir la vie. En ce sens, L’Education sentimentale est un roman d’apprentissage revisité à la manière de Flaubert, à l’idéalisme de la jeunesse succèdent désillusions et échecs de l’âge adulte.

Pour écrire ce roman, Flaubert s’est à la fois beaucoup documenté sur la Révolution de 1848 mais il s’est aussi inspiré de ses propres souvenirs, comme d’un amour adolescent inachevé, de ses études en droit à Paris qu'il a détestées et de ses propres considérations sur les actes des hommes et leur vanité. En effet, en politique comme en amour, Frédéric Moreau hésite et ne s’engage pas. Il laisse lui échapper Mme Arnoux, son grand amour et la rejette quand il pourrait enfin s’engager auprès d’elle. Il assiste en témoin aux journées révolutionnaires de février et juin 1848, au coup d’État du 2 décembre 1851 mais il n’y prend pas part. Comme tout jeune homme de bonne famille au XIXe siècle, Frédéric Moreau va monter à Paris pour "faire son droit" mais son manque de caractère et surtout un héritage inattendu vont lui faire renoncer à toute carrière. Eternel velléitaire, il s’imagine plaidant avec brio au tribunal, il se voit artiste et s’essaie à la peinture, il rêve de symphonies, commence à écrire un roman, mais rien de tout cela n’aboutira.

Tout à la fois roman réaliste, roman historique et roman d’apprentissage, L’Education sentimentale est un livre à la structure complexe qui mêle événements historiques et politiques avec les aventures intimes des personnages. Décrié à sa sortie, il est revendiqué par de nombreux écrivains comme un modèle d’un nouveau genre aussi bien par les écrivains réalistes, que par Marcel Proust, séduit par les techniques narratives et l’évocation du temps qui passe, ou encore par Georges Perec qui en fera une de ses références pour son roman Les Choses.

Pour découvrir ou redécouvrir ce classique de la littérature française, à la fois roman de formation et fresque historique, nous vous proposons une déambulation littéraire et sonore, au gré d’une dizaine d’extraits qui forment un parcours de la Révolution de 1848 au cimetière du Père Lachaise, en passant par l’art de la plaidoirie, les bals costumés du Second Empire, les courses de chevaux sur le Champ de Mars, ou encore l'art du duel.

A la cour, par Honoré Daumier (1808-1879). Musée des Beaux Arts de Rotterdam
A la cour, par Honoré Daumier (1808-1879). Musée des Beaux Arts de Rotterdam
© Getty - De Agostini

L'art de l'éloquence

"Il se voyait dans une cour d’assises, par un soir d’hiver, à la fin des plaidoiries, quand les jurés sont pâles et que la foule haletante fait craquer les cloisons du prétoire, parlant depuis quatre heures déjà, résumant toutes ses preuves, en découvrant de nouvelles, et sentant à chaque phrase, à chaque mot, à chaque geste, le couperet de la guillotine, suspendu derrière lui, se relever ; puis, à la tribune de la Chambre, orateur qui porte sur ses lèvres le salut de tout un peuple, noyant ses adversaires sous les prosopopées, les écrasant d’une riposte, avec des foudres et des intonations musicales dans la voix, ironique, pathétique, emporté, sublime. Elle serait là, quelque part, au milieu des autres, cachant sous son voile ses pleurs d’enthousiasme ; ils se retrouveraient ensuite ; - et les découragements, les calomnies et les injures ne l’atteindraient pas, si elle disait : “Ah ! Cela est beau !” en lui passant sur le front ses mains légères."

(L'Education sentimentale, p.128)

En 2002, Robert Badinter donnait une série d'entretiens, moment de radio intense pour mieux appréhender le parcours de celui qui fut un grand orateur dans les cours d'assises depuis son apprentissage auprès d'Henry Torrès. C'est ce qu'il nous raconte ici, l'importance de briser la banquise entre l'avocat et les jurés et de toujours laisser place à la vie dans ses discours : "Mieux vaut perdre un argument, que perdre le regard des jurés."

Robert Badinter dans "Mémorables" 5/15 : Plaider. Une diffusion du 08/02/2002

25 min

Tête féminine en marbre d'Asie Mineure, réplique du type de l'Aphrodite de Cnide, présentée au Musée du Louvre en 2007.
Tête féminine en marbre d'Asie Mineure, réplique du type de l'Aphrodite de Cnide, présentée au Musée du Louvre en 2007.
© AFP - François Guillot

A la recherche du Beau

"Pellerin lisait tous les ouvrages d’esthétique pour découvrir la véritable théorie du Beau, convaincu, quand il l’aurait trouvée, de faire des chefs-d’œuvre. Il s’entourait de tous les auxiliaires imaginables, dessins, plâtres, modèles, gravures ; et il cherchait, se rongeait ; il accusait le temps, ses nerfs, son atelier, sortait dans la rue pour rencontrer l’inspiration, tressaillait de l’avoir saisie, puis abandonnait son œuvre et en rêvait une autre qui devait être plus belle. Ainsi tourmenté par des convoitises de gloire et perdant ses jours en discussions, croyant à mille niaiseries, aux systèmes, aux critiques, à l’importance d’un règlement ou d’une réforme en matière d’art, il n’avait, à cinquante ans, encore produit que des ébauches. Son orgueil robuste l’empêchait de subir aucun découragement, mais il était toujours irrité, et dans cette exaltation à la fois factice et naturelle qui constitue les comédiens."

(L'Education sentimentale, p.65)

Ce premier volet des Chemins de la connaissance est consacré à la beauté dans l'art. On nous explique que si la beauté est indéfinissable, on peut repérer néanmoins au cours de l'histoire des manières très différentes de la penser. La période prémoderne où il existerait une essence de la beauté d'ordre transcendantal, puis au tournant du XVIe siècle, on observe une subjectivisation du beau avant une remise en question de l'académisme au XIXe siècle avec le mouvement romantique et un XXe siècle où tout est possible dans le domaine de l'art.

La beauté (1/4) : L'art doit-il être beau ? dans "Les Chemins de la philosophie". Une diffusion du 01/04/2019

58 min

Les Héritiers par Jean-Eugène Buland, 1887. Musée des Beaux-Arts de Bordeaux
Les Héritiers par Jean-Eugène Buland, 1887. Musée des Beaux-Arts de Bordeaux

Les rêves tumultueux d'un rentier

"Il héritait !

Comme si un incendie eût éclaté derrière le mur, il sauta hors de son lit, pieds nus, en chemise : il se passa la main sur le visage, doutant de ses yeux, croyant qu’il rêvait encore, et pour se raffermir dans la réalité, il ouvrit la fenêtre toute grande.

Il était tombé de la neige ; les toits étaient blancs ; - et même il reconnut dans la cour un baquet à lessive, qui avait fait trébucher la veille au soir.

Il relut la lettre trois fois de suite ; rien de plus vrai ! Toute la fortune de l’oncle ! Vingt-sept mille livres de rente ! - et une joie frénétique le bouleversa, à l’idée de revoir Mme Arnoux. Avec la netteté d’une hallucination, il s’aperçut auprès d’elle, chez elle, lui apportant quelque cadeau dans du papier de soie, tandis qu’à la porte stationnerait son tilbury, non, un coupé plutôt ! Un coupé noir, avec un domestique en livrée brune ; il entendait piaffer son cheval et le bruit de la gourmette se confondant avec le murmure de leurs baisers. Cela se renouvellerait tous les jours, indéfiniment. Il les recevrait chez lui, dans sa maison ; la salle à manger serait en cuir rouge, le boudoir en soie jaune, des divans partout ! Et quelles étagères ! Quels vases de Chine ! Quels tapis ! Ces images arrivaient si tumultueusement, qu’il sentait la tête lui tourner."

(L'Education sentimentale, p.143)

Dans Les Pieds sur terre, Josette, 83 ans, témoigne de sa surprise lorsqu'elle a appris qu'elle héritait d'une cousine de son père décédée sans héritier direct. "C'est quelqu'un que je connaissais de nom mais que je n'ai jamais côtoyé", raconte avec étonnement cette grand-mère bien contente de savoir qu'elle aura des héritiers le jour venu.

L'héritage inattendu (extrait) dans "Les Pieds sur terre". Une diffusion du 05/12/2016

3 min

Dynamic Hieroglyphic of the Bal Tabarin de Gino Severini, 1912. Museum Of Modern Art, New York
Dynamic Hieroglyphic of the Bal Tabarin de Gino Severini, 1912. Museum Of Modern Art, New York

Au bal costumé

"Ils étaient une soixantaine environ, les femmes pour la plupart en villageoises ou en marquises, et les hommes, presque tous d’âge mûr, en costumes de roulier, de débardeur ou de matelot.

Frédéric, s’étant rangé contre le mur, regarda le quadrille devant lui.

Un vieux beau, vêtu, comme un doge vénitien, d’une longue simarre de soie pourpre, dansait avec Mme Rosanette, qui portait un habit vert, une culotte de tricot et des bottes molles à éperons d’or. Le couple en face se composait d’un Arnaute chargé de yatagans et d’une Suissesse aux yeux bleus, blanche comme du lait, potelée comme une caille, en manche de chemise et corset rouge. Pour faire valoir sa chevelure qui lui descendait jusqu’aux jarrets, une grande blonde, marcheuse à l’Opéra, s’était mise en femme sauvage ; et par-dessus son maillot de couleur brune, n’avait qu’un pagne de cuir, des bracelets de verroterie, et un diadème de clinquant, d’où s’élevait une haute gerbe en plumes de paon. Devant elle, un Pritchard, affublé d’un habit noir grotesquement large, battait la mesure avec son coude sur sa tabatière. (…) Il y avait aussi un Ange, un glaive d’or à la main, deux ailes de cygne dans le dos, et qui, allant, venant, perdant à toute minute son cavalier, un Louis XIV, ne comprenant rien aux figues et embarrassait la contredanse."

(L'Education sentimentale, p.165)

Dans  une semaine de La Fabrique de l'histoire consacrée au second Empire, Anaïs Kien présente son documentaire, Un soir chez Morny, le bal masqué du 2 mars 1859**, une évocation des fastes impériaux à travers les codes sociaux du bal masqué lors d'une soirée chez le comte de Morny, demi-frère de Napoléon III. Nous sommes le 2 mars 1859, à l'entrée de l'Hôtel de Lassay, l'un des centres de la vie parisienne sous le Second Empire…**

Un soir chez Morny, le bal masqué du 2 mars 1859 dans "La fabrique de l'histoire". Une diffusion du 18/10/2016

52 min

Tribunes séparées entre les hommes et les femmes dans un hippodrome, en France en 1906.
Tribunes séparées entre les hommes et les femmes dans un hippodrome, en France en 1906.
© Getty - API/Gamma-Rapho

Frénésie à l'hippodrome

"La quatrième, où huit chevaux disputèrent le prix de la Ville, fut plus intéressante.

Les spectateurs des tribunes avaient grimpé sur les bancs. Les autres, debout dans les voitures, suivaient avec des lorgnettes à main l’évolution des jockeys ; on les voyait filer comme des taches rouges, jaunes et bleues sur toute la longueur de la foule, qui bordait le tour de l’Hippodrome. De loin, leur vitesse n’avait pas l’air excessive ; à l’autre bout du Champ de Mars, ils semblaient même se ralentir, et ne plus avancer que pour une sorte de glissement, où les ventres de chevaux touchaient la terre sans que leurs jambes étendues pliassent. Mais, revenant bien vite, ils grandissaient ; leur passage coupait le vent, le sol tremblait, les cailloux volaient ; l’air, s’engouffrant dans les casaques des jockeys, les faisait palpiter comme des voiles ; à grands coups de cravache, ils fouaillaient leurs bêtes pour atteindre le poteau, c’était le but. On enlevait les chiffres, un autre était hissé ; et, au milieu des applaudissements, le cheval victorieux se traînait jusqu’au pesage, tout couvert de sueur, les genoux raidis, l’encolure basse, tandis que son cavalier, comme agonisant sur sa selle, se tenait les côtes."

(L'Education sentimentale, p.278)

Documentaire à l'hippodrome de Vincennes avec des témoignages d'anciens acteurs des courses de chevaux, jockeys et lad-jockeys, qui parlent de la fièvre qui les a pris de travailler dans ce milieu, se souviennent de leur première course, du trac qu'ils avaient au début de chacune. Ce sont des sensations très fortes qu'ils n'ont pas oublié vingt ou trente ans plus tard.

Vincennes, un trot plein de souvenirs dans l'émission "Le monde en soi". Une diffusion du 27/07/2002

49 min

Le marquis Georges de las Cuevas (G) s'apprête à se battre en duel avec Serge Lifar, le 30 mars 1958 près de Paris. Parmi les témoins, Jean-Marie Le Pen.
Le marquis Georges de las Cuevas (G) s'apprête à se battre en duel avec Serge Lifar, le 30 mars 1958 près de Paris. Parmi les témoins, Jean-Marie Le Pen.
© AFP - Intercontinentale

Le rituel du duel

"Les témoins, sans s’arrêter, fouillaient de l’œil les deux bords de la route. On délibéra si l’on irait à la croix Catelan ou sous les murs de Bagatelle. Enfin, on prit à droite ; et on s’arrêta dans une espèce de quinconce, entre les pins.

L’endroit fut choisi de manière à répartir également le niveau du terrain. On marqua les deux places où les adversaires devaient se poser. Puis Regimbart ouvrit sa boîte. Elle contenait, sur un capitonnage de basane rouge, quatre épées charmantes, creuses au milieu, avec des poignées garnies de filigrane. Un rayon lumineux, traversant les feuilles, tomba dessus ; et elles parurent à Cisy briller comme des vipères d’argent sur une mare de sang.

Le Citoyen fit voir qu’elles étaient de longueur pareille ; il prit la troisième pour lui-même, afin de séparer les combattants, en cas de besoin. M. de Comaing tenait une canne. Il y eut un silence. On se regarda. Toutes les figures avaient quelque chose d’effaré ou de cruel.

Frédéric avait mis bas sa redingote et son gilet. Joseph aida Cisy à faire de même ; sa cravate étant retirée, on aperçut à son cou une médaille bénite. Cela fit sourire de pitié Regimbart."

(L'Education sentimentale, p.308)

S'affronter en duel relève d'une procédure, d'une ritualisation bien établies comme on l'apprend dans les Chemins de la connaissance consacrés aux duels et règlements de comptes. Convoquer quelqu'un en duel est une autre façon de prolonger le dialogue, par les armes, lorsque la parole n'est plus possible et permet de restaurer l'honneur au-dessus de toutes les interdictions juridiques.

Duels au champ d'honneur dans l'émission "Les chemins de la connaissance". Une diffusion du 10/05/2000

29 min

Le Peuple aux Tuileries (estampe). Collection De Vinck, Un siècle d'histoire de France par l'estampe.
Le Peuple aux Tuileries (estampe). Collection De Vinck, Un siècle d'histoire de France par l'estampe.
- Bibliothèque nationale de France

Les Tuileries saccagées

"Alors, une joie frénétique éclata, comme si, à la place du trône, un avenir de bonheur illimité avait paru ; et le peuple, moins par vengeance que pour affirmer sa possession, brisa, lacéra les glaces et les rideaux, les lustres, les flambeaux, les tables, les chaises, les tabourets, tous les meubles, jusqu’à des albums de dessins, jusqu’à des corbeilles de tapisserie. Puisqu’on était victorieux, ne fallait-il pas s’amuser ! La canaille s’affubla ironiquement de dentelles et de cachemires. Des crépines d’or s’enroulèrent aux manches des blouses, des chapeaux à plumes d’autruche ornaient la tête des forgerons, des rubans de la Légion d’honneur firent des ceintures aux prostituées. Chacun satisfaisait son caprice ; les uns dansaient, d’autres buvaient. Dans la chambre de la reine, une femme lustrait ses bandeaux avec de la pommade derrière un paravent, deux amateurs jouaient aux cartes ; Hussonnet montra à Frédéric un individu qui fumait son brûle-gueule accoudé sur un balcon ; et le délire redoublait son tintamarre continu des porcelaines brisées et des morceaux de cristal qui sonnaient, en rebondissant, comme des lames d’harmonica."

(L'Education sentimentale, p.385)

On peut entendre une lecture de cet extrait de l’Education sentimentale dans  l’émission Concordance des temps consacrée aux symboles politiques. L'historien Emmanuel Fureix en propose une analyse, montrant en quoi le vol du trône royal dans le but d'être brûlé a pu être vu comme un "régicide symbolique" par le peuple insurgé. Il montre aussi ce qui était en jeu dans l'occupation des Tuileries en tant qu'espace du pouvoir, dans le fait de s'adonner à un saccage rituel, de fouiller dans les entrailles du pouvoir et de détruire les portraits du Roi.

Les symboles politiques : des cibles (extrait) dans l'émission "Concordance des temps". Une diffusion du 02/11/2019

12 min

La Voix des femmes : journal socialiste et politique, organe des intérêts de toutes, du 06 avril 1848.
La Voix des femmes : journal socialiste et politique, organe des intérêts de toutes, du 06 avril 1848.
- Bibliothèque nationale de France

Tout pour les femmes !

"Elle était une de ces célibataires parisiennes qui, chaque soir, quand elles ont donné leurs leçons, ou tâché de vendre de petits dessins, de placer de pauvres manuscrits, rentrent chez elles avec de la crotte à leurs jupons, font leur dîner, le mangent toutes seules, puis, les pieds sur une chaufferette, à la lueur d’une lampe malpropre, rêvent d’un amour, une famille, un foyer, la fortune, tout ce qui leur manque. Aussi, comme beaucoup d’autres, avait-elle salué dans la Révolution l’avènement de la vengeance ; - et elle se livrait à une propagande socialiste effrénée.

L’affranchissement du prolétaire, selon la Vatnaz, n’était possible que par l’affranchissement de la femme. Elle voulait son admissibilité à tous les emplois, la recherche de la paternité, un autre code, l’abolition, ou tout au moins “une réglementation du mariage plus intelligente”. Alors chaque Française serait tenue d’épouser un Français ou d’adopter un vieillard. Il fallait que les nourrices et les accoucheuses fussent des fonctionnaires salariés par l’Etat ; qu’il y eût un jury pour examiner les œuvres de femmes, des éditeurs spéciaux pour les femmes, une école polytechnique pour les femmes, une garde nationale pour les femmes, tout pour les femmes ! Et puisque le Gouvernement méconnaissait leurs droits, elles devaient vaincre la force par la force. Dix mille citoyennes, avec de bons fusils, pouvaient faire trembler l’Hôtel de Ville !"

(L'Education sentimentale, p.396)

En 1998, l'historienne Michelle Perrot présentait une série d'émissions intitulée "La longue et difficile conquête du vote des femmes : les rendez-vous manqués de l'histoire". Cet épisode commence par la période de 1848 alors que les hommes sont devenus pleinement citoyens grâce au suffrage universel élargi et que les femmes en sont toujours exclues. Le fossé se creuse alors et le mouvement ouvrier qui a obtenu satisfaction va se désolidariser du mouvement des féministes.

La longue et difficile conquête du vote des femmes 2/5 dans l'émission "Le cabinet de curiosités". Une diffusion du 10/03/1998

29 min

Cimetière du Père Lachaise à Paris le 7 Mars 2014. Gisant en bronze de la famille Tartarin-Moris.
Cimetière du Père Lachaise à Paris le 7 Mars 2014. Gisant en bronze de la famille Tartarin-Moris.
© Getty - Bruno de Hogues/Gamma-Rapho

Parmi les tombes du Père Lachaise

"Les tombes se levaient au milieu des arbres, colonnes brisées, pyramides, temples, dolmens, obélisques, caveaux étrusques à porte de bronze. On apercevait dans quelques-uns des espèces de boudoirs funèbres, avec des fauteuils rustiques et des pliants. Des toiles d’araignées pendaient comme des haillons aux chaînettes des urnes ; et de la poussière couvrait les bouquets à rubans de satin et les crucifix. Partout, entre les balustres, sur les tombeaux, des couronnes d’immortelles et des chandeliers, des vases, des fleurs, des disques noirs rehaussés de lettres d’or, des statuettes de plâtre : petits garçons et petites demoiselles, ou petits anges tenus en l’air par un fil de laiton : plusieurs même ont un toit de zinc sur la tête. D’énormes câbles en verre filé, noir, blanc et azur, descendant du haut des stèles jusqu’au pied des dalles, avec des longs replis, comme des boas. Le soleil, frappant dessus, les faisait scintiller entre les croix de bois noir ; - et le corbillard s’avançait dans les grands chemins, qui sont pavés comme les rues d’une ville. De temps à autre, les essieux claquaient. Des femmes à genoux, la robe traînant dans l’herbe, parlaient doucement aux morts."

(L'Education sentimentale, p.501)

Une heure de visite au cimetière du Père Lachaise dans ce documentaire diffusé dans l'émission Lieux de mémoire en 1998 en compagnie de passeurs de cette mémoire, simples amateurs du lieu ou guides officiels. Chacun nous raconte une parcelle de l'histoire de ce cimetière mondialement connu, faisant se croiser mémoire individuelle et collective.

Le cimetière du Père Lachaise, un documentaire proposé dans l'émission "Lieux de mémoire". Une diffusion du 05/02/1998

58 min

59 min
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