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Feuilletez "Vernon Subutex" avec les oreilles

Par
Peinture murale sur le Mur de la paix à Santiago du Chili, le 8 juillet 2017.
Peinture murale sur le Mur de la paix à Santiago du Chili, le 8 juillet 2017.
© Getty - Frédéric Soltan/Corbis

Parcourez le grand succès de Virginie Despentes, la série "Vernon Subutex", au gré d'émissions de France Culture qui vous feront vagabonder de l'histoire du cinéma porno à Nuit Debout, en passant par une balade matinale aux Buttes Chaumont, les souvenirs d'un disquaire et une rave party hypnotique.

Parue en trois tomes entre 2015 et 2017, la saga Vernon Subutex de Virginie Despentes met en scène un ancien disquaire obligé de fermer boutique suite à la crise du disque. S’ensuit une succession de mésaventures qui le conduit à la rue où il décide de refaire sa vie entouré de tout un monde interlope qui gravite autour de lui. Une communauté se construit alors d’abord aux Buttes-Chaumont puis en itinérance en France, vibrant et s’adonnant à des hallucinations spirituelles au son des musiques mixées par Vernon Subutex devenu à la fois DJ et gourou. Tout au long de cette épopée « christique », Virginie Despentes nous fait traverser l’évolution de la société depuis les années 80 jusqu’aux attentats de Paris grâce à une galerie de personnages dont les parcours se révèlent être des échecs sinistres. La romancière s’intéressant surtout au "vaincu, à l'humilié, au moins-que-rien, au raté" - comme elle l’évoquait dans un entretien sur France Culture - elle estime que toutes ces marges plus ou moins en grande précarité constituent une part importante du corps social. On trouve ainsi dans son roman des ex-stars de porno comme Pamela Kant ou Vodka Satana, dont la fille Aïcha se réfugie dans le rigorisme musulman ; des anciens rockers qui n’ont pas percé dans la musique ; ainsi que des compagnons de rue de Vernon Subutex.

Le titre de cette saga fait référence d’une part au Subutex, produit de substitution proposé aux héroïnomanes et d’autre part au pseudo Vernon qu’utilisait Virginie Despentes sur les réseaux sociaux. Drogues et réseaux sociaux sont en effet présents dans ce roman-fleuve qui agit comme un miroir de notre société contemporaine par l’intermédiaire des personnages de La Hyène, spécialiste en cyberlynchage, de Kiko, un trader cocaïnomane, et de plusieurs personnages morts par overdose.

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Ce Feuilletez vous propose une plongée littéraire et sonore dans l’univers sombre de ce roman-feuilleton, où l’on croisera donc des anciennes actrices de films X, des femmes battues et des clochards, mais aussi des bobos parisiens, dans un Paris cosmopolite qui a connu l’expérience collective de Nuit Debout et se défoule dans des rave party.

Geoff Travis, fondateur du magasin The Rough Trade Shop, à Londres aux alentours de 1977.
Geoff Travis, fondateur du magasin The Rough Trade Shop, à Londres aux alentours de 1977.
© Getty - Estate of Keith Morris/Redferns

Disquaire King

"Qu’est-ce que j’ai été heureux en arrivant dans ta boutique. Souvent tu mettais quelque chose sur la platine à laquelle je ne me serais jamais spontanément intéressé. Un petit accident. Qui m’emmenait super loin, ensuite. Je n’aurais pas été capable de faire autant de disques différents, si tu ne m’avais pas ouvert les portes. T’as été un passeur, mec. Les gens t’aimaient bien. Tu ne t’en rendais pas compte. Chez toi, c’était toujours plein de monde. Tu as tenu ton truc à bout de bras. Je t’ai toujours respecté pour ça. Quand les gens ont cessé d’acheter des disques, j’ai continué de venir te voir. C’était bizarre de te voir assis tout seul sur ton tabouret. Tu commençais à parler de tes livres de comptes. Tu n’avais jamais fait ça. J’ai compris que tu allais fermer. Ta maison n’intéressait plus personne. Je me souviens des quinze derniers jours, quand tu as liquidé. Ils sont tous revenus, pour les soldes. Tu les as accueillis comme des rois. C’était toi, le roi."

(Vernon Subutex , tome 2 p. 139)

Revivez l'histoire des magasins de disques, lieux magiques des vinyles, à travers les témoignages de disquaires passionnés de musique, contraints de fermer boutique devant l'arrivée des grandes surfaces avec leurs prix cassés. Ce sont ces souvenirs qu'ils racontent dans le documentaire "Au temps des bacs".

"Au temps des bacs", un documentaire d'Anaïs Kien dans "La Fabrique de l'histoire" diffusé le 13/04/2010 sur France Culture.

51 min

Intérieur de la salle de cinéma X L' Amour à Montréal.
Intérieur de la salle de cinéma X L' Amour à Montréal.
- Photo du gérant sur le site yelp.fr

Les amazones du X

"Elle adorait être traitée en créature. En star de cinéma. Ensuite, le plus terrible, c’est de comprendre qu’on n’arrête jamais. On est coupé de son milieu, on perd ses amis, on perd l’argent facile – mais on est marqué à vie. Pendant qu’elle faisait du X, elle ne fréquentait que des gens qui faisaient le même travail, la désapprobation était un concept assez lointain. Mais porter l’étoile du X parmi les gens normaux, jour après jour, c’est une autre affaire. Elle préférerait crever que de l’admettre à voix haute, mais les braves gens finissent toujours par gagner : ils vous rendent la vie si difficile que même une fille comme elle, un jour ou l’autre, le reconnaît – elle aurait mieux fait de rester dans son coin. Dix ans plus tard, elle ne peut toujours pas faire ses courses au supermarché sans qu’une connasse la reconnaisse et la dévisage durement – les femmes sont les juges les plus dures. Celles qui se contentent de ce qu’on les laisse faire haïssent les amazones. Si elles pouvaient, elles brûleraient les idoles de leurs époux. Elles savent que leurs mecs bandent tous pour Pamela Kant, et ça les rend malades. Le porno est devenu cette industrie glauque, conforme à leurs vœux morbides."

(Vernon Subutex , tome 1 p. 191)

Pour nous éclairer sur le cinéma porno, écoutons l'actrice, réalisatrice et écrivaine Ovidie, ancienne hardeuse. Dans cet entretien des "Nouveaux chemins de la connaissance", elle dénonce la représentation victimaire et misérabiliste des travailleurs du sexe en général, par toutes les catégories d'intellectuels. Elle soutient que "la dégradation et l'avilissement, finalement, on le vit en dehors de la pornographie, on ne le vit pas dans le milieu de la pornographie". Et de dénoncer les obstacles à la reconversion des actrices de films X, "la difficulté, c'est quand on quitte le milieu de la pornographie", affirme-t-elle.

L'actrice Ovidie au micro de Raphaël Enthoven dans "Les nouveaux chemins de la connaissance" sur le thème : "Splendeurs et misères de la pornographie : la madone du porno", le 11/09/2007.

30 min

Affiche de campagne contre les violences conjugales. Projet de Thomas Dolleans en 2010.
Affiche de campagne contre les violences conjugales. Projet de Thomas Dolleans en 2010.

Cogner pour terroriser

"C’est un serpent dans la poitrine, c’est quelque chose qu’on a dans le sang. Ça n’a rien à voir avec le passé. Il a été conçu comme ça. S’il connaissait son père, peut-être qu’il conviendrait qu’il y a une explication biologique. Ce qu’on veut sur le coup c’est le rush de puissance. Lire le respect dans les yeux de l’autre. La crainte. Tant que la fille n’est pas suffisamment terrorisée, le mec cogne. Il faut qu’elle montre qu’elle s’abandonne entièrement pour que la violence retombe."

"Juste après la colère, il se sentait vidé. Il regardait sa femme ramassée dans un coin, il avait envie d’effacer ce qui venait de se passer, l’emmener au soleil faire un tour et qu’ils prennent du bon temps comme si rien n’était arrivé. Aucune parole entre les dents serrées, pas de coups de poing à casser les portes en deux, pas de main qui se lève, pas de corps secoué en la regardant droit dans les yeux et exigeant qu’elle le prenne au sérieux parce que tant que dans son visage restait la moindre trace de résistance il fallait qu’il aille plus loin."

(Vernon Subutex , tome 1 pp. 306-307)

"Dans deux heures, je te défonce", témoignage bouleversant de Morgane, battue par son compagnon pendant plusieurs années. Derrière les coups, elle raconte la perversion et la manipulation de cet homme, mais aussi la complaisance silencieuse de sa famille face à sa situation, puis le long parcours judiciaire après sa plainte et le harcèlement qu'elle subit encore de la part de son ancien conjoint.

"Dans deux heures je te défonce", témoignage oppressant de Morgane, femme battue, dans "Les Pieds sur terre" du 25/11/2016 sur France Culture.

30 min

Quai de Bourbon sur l’Île Saint Louis à Paris en 1993.
Quai de Bourbon sur l’Île Saint Louis à Paris en 1993.
© Getty - Bruno de Hogues/Gamma-Rapho

Nous, on est les repoussoirs

"Tu sais pourquoi on nous tolère encore en ville ? Ils ont arraché les bancs, ils ont aménagé les devantures de magasins pour être sûrs qu’on ne pouvait s’asseoir nulle part, mais on ne nous ramasse pas encore pour nous mettre dans des camps, et ce n’est pas parce que ça coûterait trop cher, non… c’est parce que nous, on est les repoussoirs. Il faut que les gens nous voient pour qu’ils se souviennent de toujours obéir. Moi aussi, j’ai bossé, j’ai bossé dix ans. Je développais des photos dans un labo. Toute la journée au-dessus des cuves, avec des petits gants comme protection, je suis sortie de là couverte d’eczéma. Ils ont dit que ça n’avait rien à voir avec les produits et ils m’ont mise à pied. Je ne regrette rien. J’avais une vie de merde. Entre le loyer et ma voiture, tout mon salaire y passait, je regardais le prix de chaque article que je mettais dans mon Caddie. Ils me font tous rigoler. Les marxistes d’aujourd’hui me font autant rire que les autres – l’ouvrier et son usine, créer de l’emploi et tout le bordel… moi, ce que je veux, c’est ne plus travailler."

(Vernon Subutex , tome 1 pp. 372-373)

L'image du pauvre a évolué au cours des siècles, comme le raconte dans un entretien des "Chemins de la connaissance" l'historien André Gueslin. Comment est-on passé de ce qu'il appelle le "pauvre du Christ" au Moyen Âge, au vagabond "inutile au monde" d'un point de vue économique au XVIe siècle, jusqu'au clochard presque "séducteur" du début du XXe et l'apparition du SDF à l'image négative et repoussante dans les années 80. A travers cette trajectoire du pauvre, c'est donc toute une histoire culturelle et sociétale que nous propose André Gueslin.

Entretien avec l'historien André Gueslin pour parler des "Visages de la pauvreté" dans une série des "Chemins de la connaissance", le 03/05/2004 sur France Culture.

19 min

Tag sur un mur du quartier de la Croix-Rousse Lyon en 2009.
Tag sur un mur du quartier de la Croix-Rousse Lyon en 2009.
- Mimmo Pucciarelli / Atelier de création libertaire

Les bobos contre les rageux

"Pendant ce temps les bobos s’indignent qu’on insulte les Roms. Il faut dire qu’ils ne vivent pas à proximité d’un camp de gitans. Non, les bobos se payent de la viande bio, de la viande homologuée française parce que le bobo son corps il faut le protéger des maladies. Tant pis pour la gueule des autres, les crevards. Et quand son gosse entre en primaire, le bobo change de quartier parce qu’il n’a pas envie que son blondinet se fasse appeler face de craie par des hordes de rageux."

(Vernon Subutex , tome 1 p. 401)

Tentative de définition du bobo par les journalistes Thomas Legrand et Jean-Michel Normand invités de "Répliques" avec Alain Finkielkraut. Selon eux, les bobos ne sont pas une classe sociale, mais plutôt un groupe social, à la culture horizontale acceptant le monde ouvert de la mondialisation. L'émission nous propose un tour d'horizon des caractéristiques du bourgeois-bohème : son capital culturel, son attachement à l'école publique, son antiracisme, sa défense de la République.

"Le monde des bobos" avec Thomas Legrand dans l'émission "Répliques" du 17/05/2014 sur France Culture.

52 min

Carte postale de la tranchée de la Petite Ceinture aux Buttes Chaumont dans les années 1900.
Carte postale de la tranchée de la Petite Ceinture aux Buttes Chaumont dans les années 1900.
- sur le site paris1900.lartnouveau

Petit matin aux Buttes Chaumont

"Il se lève tôt. La journée commence avec les oiseaux qui se mettent en route, et se termine sur le même air. A la longue, il reconnaît leurs chants. Il y a le premier, qui roucoule un peu, puis déboulent les piafs plus petits, leur son ne correspond pas à leur corpulence, ensuite, ça se complique, ça plaque des accords dans tous les sens et il n’a même plus besoin de regarder le réveil vert fluo qu’il s’est dégoté pour savoir que c’est l’heure de se lever et de remonter à la surface : le parc a ouvert ses grilles. Il peut sortir de son trou. Le matin, il croise des vieux qui promènent leur chien. Des agents parfois leur mettent des amendes, au prétexte qu’il est interdit de lâcher les animaux en laisse. Puis arrivent les Chinois, qui se déploient par groupes et font des gestes dans le vide, synchrones et généralement gracieux. De loin, Vernon imite quelques-uns de leurs mouvements, en essayant de ne pas se faire voir. Un jeune garçon vient tous les jours chanter devant le grand marronnier. Il écarte les bras, ferme les yeux, sa voix basse fait vibrer de longues notes. C’est assez agréable."

(Vernon Subutex , tome 2 pp. 195-196)

Promenons-nous dans le parc des Buttes Chaumont, inauguré en 1867, et dont le documentaire de Camille Juza "Les Buttes Chaumont, le technoparc du Baron Haussmann", nous retrace la curieuse histoire. On y apprend que ce parc avait pour mission de réconcilier nature et technologie, c'est pourquoi on y trouve une nature toute artificielle faite de lac, de grotte, de falaises rocheuses, de cascade, de tunnels et ponts suspendus qui se succèdent comme des scènes paysagères.

Une balade aux Buttes Chaumont grâce à "LSD, la série documentaire" diffusé le 23/01/2017 sur France Culture.

52 min

Détail d'une création de l'artiste Joana Vasconcelos intitulée "La mariée", un lustre composé de tampons hygiéniques, exposé au CentQuatre, le 4 juillet 2012.
Détail d'une création de l'artiste Joana Vasconcelos intitulée "La mariée", un lustre composé de tampons hygiéniques, exposé au CentQuatre, le 4 juillet 2012.
© AFP - Kenzo Tribouillard

Les règles, quelle galère...

"Cycles de vingt et un jours. Un cauchemar. Elle évite de s’asseoir chez les autres, elle a déjà démoli plusieurs canapés. Troisième millénaire, et elle porte les mêmes serviettes hygiéniques que sa mère mettait à son âge. Ça colle, on a l’impression de se balader avec une couche mal mise entre les cuisses, mais vu les performances des tampons, elle n’a pas le choix, elle doit porter les deux. De toute façon, les tampons, elle sera ménopausée avant d’avoir compris comment ça se met correctement. De la même façon qu’elle est incapable de coller une serviette hygiénique en visant juste – il faut toujours que ça saigne à côté. Si les mecs avaient leurs règles, l’industrie aurait inventé depuis longtemps une façon de se protéger high-tech, quelque chose de digne, qu’on se fixerait le premier jour et qu’on expulserait le dernier, un truc clean et qui aurait de l’allure. Et on aurait élaboré une drogue adéquate, pour les douleurs prémenstruelles. On ne les laisserait pas tous seuls patauger dans cette merde, c’est évident. On pollue l’espace intersidéral de satellites de reconnaissance, mais pour les symptômes d’avant règle, que dalle."

(Vernon Subutex , tome 2 pp. 276-277)

Voici un documentaire à la rencontre de femmes qui racontent librement leurs règles, de leur première apparition à ce qui se joue tous les mois dans leur utérus et dans leur tête. Un sujet rarement traité qui concerne pourtant la moitié de l'humanité ! On y découvre aussi deux artistes Gina Pane et Joana Vasconcelos qui ont détourné les tampons hygiéniques pour les transformer en œuvres d'art.

"1001 façons de vivre (ou de ne pas vivre) ses règles" un documentaire de Catherine Guilyardi diffusé le 07/03/2013 dans Sur les docks.

53 min

Fresque murale de Monsieur Chat dans la rue Erckmann Chatrian à la Goutte d'Or, Paris.
Fresque murale de Monsieur Chat dans la rue Erckmann Chatrian à la Goutte d'Or, Paris.
- blog de Crikette Guilimaux

Paris, Babylone du troisième millénaire

"Elle aime Paris, de toute façon, de la porte de la Chapelle à Montparnasse. Elle en aime les couches successives, contradictoires, les intersections et les changements brusques. Parfois, deux rues suffisent pour basculer d’un quartier à l’autre, d’autres fois il faut traverser de courtes zones sans identité. Elle aime le brassage des touristes, de la racaille, des Chinois, des provinciaux, des cultureux, des modeuses, des banquiers et des caissières – tous chez eux, en même temps, qui n’habitent ni tout à fait la même ville, ni tout à fait une autre. Un jour on pensera à ce Paris cosmopolite du début du troisième millénaire comme à une Babylone insensée, et on aura du mal à se représenter autant de gens différents ayant réussi à vivre ensemble dans une paix bien réelle. Des geeks barbus, des pédés d’extrême-droite, des Juifs dealeurs, des bombasses khâgneuses, des Américains bohèmes et des toxicos réactionnaires… Toutes les articulations sont possibles et elle fait partie de cette mosaïque. Même si elle n’arrête pas de se plaindre que tout change et toujours vers le pire, elle se sent toujours autant chez elle, dans cette ville tarabiscotée."

(Vernon Subutex , tome 2 p. 280)

Plongée dans le quartier de Belleville en 1995, à la rencontre de ses habitants de longue date ou fraîchement arrivés, d'horizons lointains et divers. On y croise Mme Suzanne, l'artiste de rue Nemo, M. Bakayoko, délégué du foyer Bisson pour les Africains musulmans, Meïr Miro, juif tunisien appelé le "roi de l'encens"... On y écoute des récits de menace d'expulsion, des anecdotes de cohabitation alors que le sentiment d'appartenance au quartier est très fort.

"Belleville, à chacun son territoire" un documentaire de Marie-Dominique Arrighi datant de 1995, remonté et rediffusé le 13/07/2010 dans Sur les docks.

53 min

Des "teuffeurs" dansent au soir du 28 avril 2007 sur l'ancienne base militaire de l'Otan de Toul-Rosières (Meurthe-et-Moselle), pendant le Teknival.
Des "teuffeurs" dansent au soir du 28 avril 2007 sur l'ancienne base militaire de l'Otan de Toul-Rosières (Meurthe-et-Moselle), pendant le Teknival.
© AFP - Jean-Christophe Verhaegen

Comme une hypnose collective

"… Je ne me souviens pas m’être levé, ni avoir pris la décision de me joindre à eux… quand je reprends conscience, je danse. Comme jamais j’ai dansé. J’avais les doigts de pied qui dansaient, j’avais les cheveux qui dansaient, j’avais les narines qui dansaient… Connecté. Je ne vois que ce mot. Pas tout à fait stone comme avec des champignons, mais ce genre… je voyais des lumières qui me sortaient des paumes et qui s’enroulaient aux lumières des autres. Le lendemain, j’en ai parlé avec eux, ils pensent que c’est un truc d’hypnose collective. T’as l’impression d’être dans ton état normal sauf que tu es capable d’entendre le bruit que fait le sang quand il arrive dans le cœur d’une meuf à trente mètres de toi. Je te jure."

"Le jour s’est levé, je dansais encore, j’avais pas arrêté, sauf pour aller pisser de temps à autre, et encore… et tout le monde était dans cet état. Même quand ça s’est arrêté, la musique, j’étais dans la tête des autres, sous leur peau, dans leur ventre, et dans chaque note, dans chaque instrument, j’entendais les silences qui créent les notes… C’était abusé. Ils ont trouvé un truc. Ils mettent quelque chose dans le son. Ça, c’est sûr."

(Vernon Subutex , tome 3 p. 169)

"On est tous dans le brouillard" nous propose une immersion dans l'organisation d'une rave-party où règne la consommation de drogues. Des témoignages de participants, d'habitants, de médiateurs et de policiers qui encadrent le teknival, se succèdent dans ce documentaire. Pour certains, il semblerait que la musique techno à elle seule produise les mêmes effets que la prise de drogue grâce aux "sons instinctifs, intra-utérins que l'on vit au fond des tripes", explique un participant.

"Drogues et fêtes" un documentaire de Jérôme Sandlarz diffusé dans l'émission "On est tous dans le brouillard", le 12/10/2005.

59 min

Radio Debout du mouvement Nuit Debout, place de la République, le 18 avril 2016 à Paris.
Radio Debout du mouvement Nuit Debout, place de la République, le 18 avril 2016 à Paris.
© Getty - Elise Hardy/Gamma-Rapho

Debout la nuit

"Je suis d’accord avec tout ce qui se dit, ici. J’écoute, même quand je ne viens pas, je mets Periscope comme si c’était la radio, et j’écoute les interventions. Sur l’inventaire des problèmes, j’ai pas grand-chose à redire… les abeilles en péril, la junte militaire au Bénin, les prix des loyers, la déchéance de la nationalité, la violence policière, les massacres au Congo, les morts pour la France d’Algérie, le vote blanc, mai 68, la réforme des retraites… l’état des lieux ne me paraît pas délirant. C’est sur la liste des solutions que j’aurais des divergences. Mais des solutions, ici, personne n’en propose… quand vous en arriverez là, j’arrêterai de venir, j’imagine. Les réfugiés, tout le monde veut leur faire à manger – je suis chrétien, mec, je vais pas m’opposer à ça, je vois bien qu’ils sont là comme des chiens et des couvertures et de la soupe, même moi, je veux bien leur en porter. Je connais mes classiques, Jésus n’a jamais dit aux plus démunis d’aller se faire régulariser."

(Vernon Subutex , tome 3 p. 335)

A écouter, un récit à cinq voix sur les débuts du mouvement "Nuit Debout" au printemps 2016 place de la République à Paris : comment cela a commencé, l'organisation des commissions, la vigilance et la sécurité de la place la nuit, et aussi l'espoir suscité par cette occupation de l'espace public.

"Nuit debout", reportage diffusé dans "Les pieds sur terre" le 14/04/2016 sur France Culture.

28 min

18 min
46 min

Et pour continuer cette balade sonore, quelques titres musicaux à travers ces playlists inspirées par la trilogie Vernon Subutex :

Playlists à emporter

En cliquant sur "Ajouter à..." vous pourrez récupérer tout ou partie des playlists sur Spotify, Deezer ou Youtube.

Choix des extraits littéraires : Annelise Signoret, de la Documentation de Radio France.

Sélection d'archives radiophoniques : Odile Dereuddre, de la Documentation de Radio France.

Choix des titres musicaux : Antoine Vuilloz, de la Discothèque de Radio France.

Archives INA - Radio France