Fifi Brindacier, une vraie punk ?

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Fifi Brindacier, icône punk et féministe

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Rebelle, libre, insoumise, Fifi Brindacier est un exemple d’émancipation pour beaucoup de petites filles.

Voici Fifi… Elle tient tête aux adultes, aide les opprimés, ne suit pas les conventions. Elle fait un pied de nez aux “Reste dans ta chambre, sois sage, sois gentille et souris” souvent assénés aux petites filles. Icône pour enfant en Scandinavie et outre-Rhin, Fifi est une punk révolutionnaire. 

"Indubitablement, c'est une petite fille qui n'a pas besoin de sortir des normes sociales de la féminité pour être forte, insolente, bruyante, drôle, puissante. Elle te montre toute la force qui est la tienne, en latence, et que tu n'as pas besoin d'appartenir au clan des autres pour pouvoir sortir tout le potentiel de puissance. C'est en tant que fille que tu le sors" introduit Christine Aventin, écrivaine et autrice de FéminiSpunk : Le monde est notre terrain de jeu

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Une histoire pour sa fille

Fifi Brindacier, de son vrai nom Pippi Långstrump, naît en Suède, sous la plume d’Astrid Lindgren, sténographe et secrétaire. 

"Le personnage, elle l'invente en 1943, elle commence à raconter cette histoire pour sa fille qui est clouée au lit par une forte fièvre donc elle s'ennuie et lui demande de raconter l'histoire de Pippi Långstrump, Ppipi longues chaussettes. Le nom est sorti comme ça, tout seul de la bouche de sa gamine, aussi habitée par les limbes de la fièvre et Astrid Lindgren est devenue raconteuse d'histoires sur cet incident-là. Et à partir du nom, elle a inventé le personnage qui honorait le surgissement de son nom. C’est un truc un peu magique aussi", décrit Christine Aventin.

À réécouter : Fifi Brindacier : "Mais n'oublie pas que, moi, je suis la petite fille la plus forte du monde"

L’autrice s’inspire de théories éducatives, de comics, de contes et du monde qui l’entourent à la fin de la Seconde Guerre mondiale. 

Astrid Lindgren écrit Fifi en voulant créer une soupape de bienveillance et de sécurité pour sa fille.
« La petite fille - Fifi - représente ma propre recherche d'une figure qui possède du pouvoir mais n'en abuse pas » - Astrid Lindgren

Fifi Brindacier
Fifi Brindacier
© Getty

Une tête brûlée sans amoureux

Autre trait distinctif de Fifi par rapport aux autres héroïnes de l’époque : elle n’a pas d’amoureux. 

"À mon avis, un des axes qui lui permet d'avoir cette puissance-là en étant fondamentalement, puissamment fille, c'est qu'il n'y a pas l'ombre d'un enjeu sexuel dans les trois romans, à aucun moment. Enfin, quand je dis sexuel, on parle d'enfants de 10 ans, donc de séduction, de sentiments amoureux, toutes ces idylles d'enfants, il y a toujours un moment donné, le petit garçon qui est beau et tu sens bien que la petite fille rougit quand elle s'approche et qu'il y a des échanges qui sont un peu de l'ordre du romantisme. Et pour moi, c'est une évidence que c'est à cet endroit-là que tu gagnes ta puissance, en fait", continue l'autrice. 

Elle écrit trois tomes des aventures de Fifi, qu’elle fait d’abord imprimer pour sa famille puis qu’elle soumet à des éditeurs. Après plusieurs refus, un premier livre est publié. 

Son côté libre et radical transforme Fifi en une figure punk et underground. Le nom de Pippi Långstrump est même scandé dans des chansons punk. 

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Un cri de ralliement pour toutes celles qui veulent se créer le monde dont elles rêvent, comme Fifi. L’auteur de “Millenium”, a d’ailleurs imaginé Lisbeth Salander comme une Fifi adulte. 

Moins d'engouement en France

Mais dans les pays francophones, Fifi n’est pas perçue comme une icône féministe. Mentalités ? Diffusion ? Eh bien non, traduction, ou plutôt adaptation… C’est ce qu’a découvert une linguiste suédoise, Christina Heldner. 

“Comment ça se fait, en fait, que ce bouquin soit hyper populaire partout, sauf dans les pays francophones ?” Et c'est là qu'elle lève le lièvre qui est en fait la traduction, à ce moment-là, la version qui circule en français, ce n'est pas une traduction, en fait, c'est une adaptation. Il y avait trois volumes en suédois, il en reste plus que deux en français. Le titre du premier volume, c'est “Mademoiselle Brindacier”, tu vois déjà la connotation. Et le deuxième, c'est “Fifi Princesse”, tu vois déjà l'axe qu’ils donnaient. Et cette version traduction-adaptation française a coupé tout ce qui dérange, donc tous les mensonges, les histoires rocambolesques, la non-soumission à l'autorité, tout, tout ce qui fait le piquant du personnage, en fait. Sa rébellion et sa puissance ont été complètement passées à la trappe", résume Christine Aventin.

À réécouter : "Fifi Brindacier, c'est le féminispunk qui vient transformer la littérature jeunesse"

Cette Fifi aseptisée séduit mais n’acquiert pas cette dimension révolutionnaire qui a permis d’inspirer tant de petites filles suédoises ou allemandes.  

La traduction fidèle en français ne sort qu’en 1995. Fifi est aussi adaptée en série télévisée par un studio germano-suédois. Cette version est diffusée dans de nombreux pays européens, en gardant cette fois-ci le côté punk de Fifi, même en français ! 

Les trois acteurs de la série "Fifi Brindacier"
Les trois acteurs de la série "Fifi Brindacier"
© AFP

“FéminiSpunk : Le monde est notre terrain de jeu” de Christine Aventin. Editions Zones, avril 2021.