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Filmer les sentiments : romantisme ou réalisme, faut-il vraiment choisir ?

Par
Lola - Jacques Demy, 1961
Lola - Jacques Demy, 1961

Au cinéma, lyrisme et codes du réalisme sont-ils contradictoires ?

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Captation de l'ACID POP (l'Université populaire de l'ACID) du 08/04/2019 au mk2 Quai de Seine (Paris), avec les cinéastes de l'ACID Michaël Dacheux et Mathieu Lis et la projection de L'AMOUR DEBOUT de Michaël Dacheux.

REALISME ET ROMANTISME : DEUX VOIES ET DEUX GESTES QUI NE SONT PAS FORCEMENT CONTRADICTOIRES - A propos de Umberto D de Vittorio De Sica (1952)

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Le réalisme prend acte de la puissance enregistreuse du cinéma - qui est, scientifiquement, un appareil capable de reproduire mécaniquement et analogiquement la réalité. L'empreinte et le témoignage ont une valeur anthropologique : regarder les choses apparaître, se manifester, de façon phénoménologique. Le cinéma imprime.

Le lyrisme (à rapprocher du romantisme et du formalisme) utilise les puissances d'expression du cinéma (le montage, le son, les images, les dialogues, la musique…) : le cinéma exprime. C'est l'expression d'une intériorité, en l'occurrence des sentiments, du cinéaste et/ou des personnages.

On entrevoit, dans Umberto D, les fondamentaux du réalisme : l'attention à l'écoulement du temps, à la présence physique des corps, à l'inscription de ces corps dans les lieux. Autant de réalités premières du cinéma comme art de l'enregistrement.
De Sica prend appui sur cette épaisseur du réel pour cristalliser l'émotion née du récit. Réalisme et expression des sentiments deviennent ici indissociables, livrant les contours d'une tradition cinématographique où l'émotion se nourrit avant tout de l'attention portée au monde.

ENTRE REALISME ET LYRISME - A propos de Lola de Jacques Demy (1961)

Dans Lola, Jacques Demy porte une grande attention aux lieux, au monde autour de la fiction mais aussi aux gestes, détails et dialogues.
Les personnages parlent parfois seuls comme une intériorité projetée, le parole est alors en roue libre, sans efficacité narrative ou psychologique. Le jeu des acteurs est en quelque sorte en représentation - comme sur une scène de théâtre. Ni le cinéaste, ni le spectateur, ne sont dupes de la façon de faire avancer l'action : les choses sont énoncées de façon frontale et rapide. On remarque également une grande vitalité narrative et une expression de la forme qui se montre comme telle. 

Transparaît aussi l'amour de Jacques Demy pour ses acteurs : leurs pics et accidents, le jeu d'Anouk Aimée semble artificiel et contraste avec le jeu plus retenu de Marc Michel.
Lola est un film romanesque, poursuivant un imaginaire littéraire, énoncé dans des dialogues frontaux et littéraux : hasards, vies potentiellement gâchées, promesses non tenues, crainte de passer à côté de sa vie. Mais la mélancolie, voire le désespoir, n'empêche pas, voire oblige à la vitalité.

COMMENT CONSTRUIRE UN FILM POUR LE RENDRE PERMEABLE AU MONDE ? - A propos de Les Amis de Gérard Blain (1971)

La structure de narration classique fixe au personnage un objectif qu'il doit atteindre, en surmontant les obstacles, intérieurs et extérieurs. Par là, elle donne une intensité dramatique au récit, mais elle réduit aussi le champ des possibles, circonscrit par les nécessités de la dramaturgie. Une autre manière de construire la narration est possible. Le début du premier film de Gérard Blain, Les Amis, offre l'exemple d'un récit qui se met en place à travers les gestes et l'action du personnage principal, plutôt que de se nouer autour d'un enjeu dramaturgique.

Le film prend alors des accents de chronique, voire de tranche de vie, où tout peut arriver, y compris le plus ordinaire. Cette ouverture sur le réel - l'accident, l'imprévu, ou tout simplement un paysage estival - qu'appelle la structure même du film, s'accompagne d'une mise en scène formelle, où le lyrisme est porté par un découpage tranché, cherchant à condenser le regard, sans s'embarrasser d'illusion mimétique.
Le lyrisme passe par la couleur et la musique et la question des classes sociales est abordée de façon très précise, mais sans les codes du cinéma social ou naturaliste.

CELEBRATION DE L'EXISTANT - A propos de Sur le départ de Michaël Dacheux

Le début de Sur le départ (2011), de Michaël Dacheux, vient d'un besoin de voir la ville se préparer à accueillir la fiction. Le film repose sur un socle documentaire avant que l'histoire ne commence. L'ouverture se fait avant que les personnages ne fassent leur « entrée » et forment un choeur. Le cinéaste montre, frontalement, une ville « moyenne », portant ainsi une attention au banal, à l'ordinaire.

Extraits projetés :

  • Umberto D, 1952, de Vittorio De Sica 
  • Lola, 1961, Jacques Demy
  • Les Amis, 1971, Gérard Blain
  • Sur le départ, 2011, Michaël Dacheux

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