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Finlande : face à l’appétit de Moscou, la tentation de l’Ouest

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Char finlandais en manœuvre lors des exercices Arrow, le 4 mai 2022, rassemblant des Britanniques, des Estoniens, des Lettons et des Américains en Finlande.
Char finlandais en manœuvre lors des exercices Arrow, le 4 mai 2022, rassemblant des Britanniques, des Estoniens, des Lettons et des Américains en Finlande.
© AFP - Alessandro Rampazzo

Depuis la chute de l’URSS, la Finlande est libre. Depuis 1995, elle est même membre de l’Union européenne. Mais les 1 340 kilomètres de frontière qu’elle partage avec la Russie sont un rappel persistant de ses relations difficiles avec son puissant voisin. Dont elle cherche à se protéger.

La Finlande ne reculera pas. Dans les jours prochains, elle proposera son adhésion à l’Otan. Et la Première ministre sociale-démocrate Sanna Marin – tout comme la plupart des députés – « espère une ratification la plus rapide possible ». Un revirement soudain, après que, pendant des décennies, les Finlandais ont oublié le danger russe.

Avant la crise ukrainienne, l’Otan ne séduisait pas plus 20 à 30 % de Finlandais. Aujourd’hui, ils sont à 76 % favorables à une adhésion de leur pays. Dans un « passé » pas si lointain, les échanges entre la Finlande et la Russie étaient soutenus. Sur plan économique, d’abord, mais aussi sur le plan sportif, par exemple. Le hockey sur glace – les Finlandais sont les derniers champions olympiques, devant la Russie… – a ainsi donné lieu à un championnat continental, la KHL, opposant Russes et Finlandais.

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Depuis le 24 février 2022 et le début de l’invasion de l’Ukraine par la Russie, les liens sont coupés. Les Finlandais ont non seulement voté toutes les sanctions économiques et sportives contre la Russie, mais les souvenirs du péril russe sont remontés à la surface. Tel le traumatisme de 1809, lorsque le Royaume de Suède cède la Finlande à l’Empire russe. Le traité de Fredrikshamn (actuellement Hamina, en Finlande, à côté d’Helsinki) scelle alors le sort du Grand-Duché de Finlande pour plus d’un siècle.

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À la chute du Tsarisme, en 1917, la Finlande retrouve son indépendance. Mais l'URSS n’acceptera pas longtemps l’existence de cette république à ses portes. En 1939, Staline envahit la Finlande. C’est la Guerre d’hiver, trois mois de combats terribles et un incroyable courage des soldats finlandais. Le pays perd 10 % de son territoire – une partie de la Carélie, qui est toujours russe aujourd’hui. Suspendue, la guerre reprend en 1941, pendant trois ans, jusqu’au « traité d’amitié », signé sous la contrainte en 1948.

La neutralité, garantie de la tranquillité ?

Seule petite victoire, la Finlande ne deviendra pas un État-satellite de l’URSS, comme les pays de l’Est ou, pire, comme les Pays baltes. Helsinki, « ami » de l'URSS, devient un pays neutre. Une posture qui, en 1953, sera baptisée « finlandisation » par Karl Gruber, le ministre des Affaires étrangères autrichien. La Finlande est désormais non-alignée militairement et neutre. C’est le prix du voisinage de la Russie.

Mais la chute de l'URSS, en 1991, est l’occasion pour Helsinki de reprendre ses distances avec Moscou. En 1995, elle adhère à l’Union européenne, en conservant sa neutralité. En faisant le pari que ses relations avec Moscou ne se dégraderont pas. L’exemple ukrainien a invalidé cette option.

La Finlande partage 1 340 de kilomètres de frontières avec la Russie. Elle aligne 12 000 soldats professionnels et 21 000 conscrits chaque année. C’est beaucoup pour un pays de 5,5 millions d'habitants. Mais c’est peu face au géant voisin. Alors sans même attendre son adhésion à l’Otan, Helsinki aimerait s’assurer la protection des membres les plus puissants de l’Alliance. On n'est jamais assez méfiant.