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France Gall, au-delà de la muse

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France Gall, chez elle à Paris, en 1968
France Gall, chez elle à Paris, en 1968
© AFP - Photo12 / Michael Holtz

Disparition. Morte ce dimanche à 70 ans, France Gall a très souvent été présentée comme une voix au service de Michel Berger ou de Serge Gainsbourg. Mais elle a su affirmer son propre talent.

La disparition de France Gall suit de peu celle de Johnny Hallyday avec qui elle était montée sur scène  exceptionnellement en 2000 pour chanter "Quelque chose de Tennessee", sa dernière apparition sur scène.

Comme Johnny, France Gall sera une idole des jeunes. Figure de Salut les copains ! dans la France d’après-guerre, elle incarne un vent de fraîcheur et d’innocence avec ceux qu’Edgar Morin baptisera les yé-yé. On la prendra d’abord pour une Lolita de la chanson, celle qui remporte l’Eurovision en 1965 avec "Poupée de cire, poupée de son" et qui chantera "Annie aime les Sucettes" sans percevoir le côté grivois des paroles de Serge Gainsbourg.  

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C’est une période en tout cas souvent difficile comme elle le confiera souvent plus tard dans les entretiens,  et sa carrière prendra un tour très différent après sa rencontre en 1974 avec l’auteur et compositeur Michel Berger, qui avait contribué jusque-là aux débuts de Véronique Sanson. 

Plusieurs des succès de France Gall disent son affection pour d’autres chanteurs et musiciens : ici, cet hymne à la différence fait référence à Jerry Lee Lewis, quand ce n’est pas celui qui joue du piano debout, c’est Ella Fitzgerald avec "Ella, elle l’a…" ou encore la chanson "Evidemment", en hommage à Daniel Balavoine. Si Michel Berger veut rendre hommage  à la chanteuse, France Gall elle aussi célèbre sa passion pour le jazz qu’elle aura beaucoup de mal à faire entendre, notamment à ses débuts.  

La collaboration et le mariage avec Michel Berger seront selon elle l’occasion de tous les accomplissements, personnels et professionnels. Citons ces chansons que tout le monde connaît ou siffle sans y penser parfois : "Musique", "Si maman si", "Besoin d’amour", "Résiste". France Gall triomphera aussi dans la comédie musicale Starmania au Palais des congrès en 1979, où elle joue le rôle de Cristal, présentatrice de Starmania amoureuse de Johnny Rockfort.

"Il y a chez France Gall le suicide d'un patrimoine : France Gall a décidé de jeter France Gall !", selon Bertrand Dicale, spécialiste de la chanson

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Si la discographie de France Gall sera pour certains discutable, reste que la mort brutale de Michel  Berger, en août 1992, portera un coup sérieux à sa production. Même si elle continuera à se produire pendant plusieurs années. Elle renonce à chanter après la mort de sa fille Pauline en 1997. En 2015, elle s'investissait beaucoup dans la comédie musicale "Résiste", où elle n’apparaissait qu’en vidéo.

France Gall aura aussi une petite carrière en Allemagne où elle enregistre « Ein bißchen Goethe, ein  bißchen Bonaparte » (Un peu de Goethe, un peu de Bonaparte) et collabore avec le jeune Giorgio Moroder, alors encore méconnu. 

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Elle aura également une relation importante avec le Sénégal, où elle  vivait une partie de l’année, sur l’île de Ngor près de Dakar, où dans les années 80 elle prend conscience des problèmes de faim dans le monde quand une femme lui demande de prendre son enfant. Il s’appelle Babacar. Michel Berger et France Gall n’adopteront finalement pas l’enfant mais en feront une chanson, elle s’investira auprès des associations humanitaires notamment "Action Écoles", qu’elle crée sur le modèle de Band Aid.

Née dans la musique

Elle est issue d’une famille qui vivait déjà tout pour la musique. Son père, Robert Gall, était chanteur et parolier : auteur de "La Mamma", pour Charles Aznavour, ou encore "Les amants merveilleux", pour Edith Piaf, c’est aussi lui qui signe "Sacré Charlemagne", que sa fille enregistre en 1964. Sa mère jouait du violoncelle, ses frères de la guitare, son grand-père maternel, Paul Berthier, organiste de la cathédrale d’Auxerre, fut l’un des fondateurs des Petits chanteurs à la croix de bois.

Elle connaît son premier succès à 16 ans avec "Ne sois pas si bête" (1963). C’est son directeur artistique qui suggère à Isabelle Gall de s’appeler France (pour la différencier d'Isabelle Aubret). Et c’est encore lui qui la présente à Serge Gainsbourg.

Faut-il définir France Gall par les hommes qui l’ont entourée, est-ce qu’au fond France Gall n’a  été que la « muse » de Serge Gainsbourg et de Michel Berger ? 

On pourrait aller plus loin et rappeler que sans doute sa rupture avec Claude François inspirera "Comme  d'habitude", ou encore Joe Dassin ou Julien Clerc qui composeront pour elle.  

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Manifestement, France Gall sera un catalyseur de talents : servie non seulement par Serge Gainbourg puis Michel Berger, mais aussi par des auteurs comme Pierre Delanoë qui signe son premier succès ("Ne sois pas si bête"), Jacques Lanzmann, Boris Bergman (qui écrit notamment "Shakespeare et pire encore"), Etienne Roda-Gil… Elle s’entourera aussi d’excellents arrangeurs comme Alain Goraguer, David Whitaker (le très beau "Chanson Indienne"), Giorgio Moroder (pour son disque en allemand). On ne saurait trop recommander l’association Serge Gainsbourg avec Jean-Claude Vannier pour les chansons "Frankenstein" et "Les petits  ballons", délicieuses à souhait. 

Enfin, puisque l'on a souvent résumé France Gall à ses chansons légères, voici une des très belles chansons que Serge Gainsbourg écrivit pour elle : "Attends ou va-t’en".

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