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France Soir : le fonds de son passé

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2140 cartons de déménagement contenant des photos en noir et blanc d'événements sportifs, d'affaires criminelles, de célébrités du monde politique ou littéraire... Les archives photographiques du journal France Soir , mis en liquidation en 2012, ont fait l'objet d'une préemption de l'Etat et appartiennent aujourd'hui à la Bibliothèque historique de la ville de Paris. Mais si ce fonds est d'une richesse incroyable, les aléas qui ont accompagné sa récupération et le travail titanesque que représente son inventaire ne sont pas sans poser de questions concernant la sauvegarde du patrimoine. **A la fin de ce reportage, découvrez le commentaire de cinq photographies extraites de ces fonds. **

Archives photographiques de France Soir_Sagan, planche contact
Archives photographiques de France Soir_Sagan, planche contact
© Radio France

"Jeté à la poubelle, oublié, dispersé… En tout cas, il n’aurait pas déménagé avec France Soir, qui ne savait pas quoi en faire… " Carole Gascard est responsable de la collection photographique à la Bibliothèque historique de la ville de Paris. C'est en deux temps que le fonds d'archives photographiques du journal a été récupéré par la bibliothèque publique, située dans la bien nommée rue Pavée de la capitale : en 1987, une première partie est arrivée dans son escarcelle, suite au déménagement de France Soir qui se trouvait encombré de ses archives photographiques : "La bibliothèque en a été avertie, et est venue chercher ces archives dans les caves du journal ", se remémore Carole Gascard.

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Carole Gascard
Carole Gascard

Le fonds est alors exploité commercialement par la bibliothèque, jusqu'en 2003 où France Soir fait un procès à la Ville de Paris, lui rappelant qu'elle n'est pas propriétaire de ces photographies : "Avant 2003, c’était une époque où il était plus facile qu’aujourd’hui d’utiliser des images, on n’avait pas les mêmes contraintes de droit d’auteur ."

L’exploitation du fonds cesse, jusqu’à la liquidation du journal en 2012. Lors d'une vente judiciaire, la bibliothèque historique achète la seconde partie du fonds pour 10 000 euros sur préemption de l'Etat, et devient propriétaire de l’intégralité des photos.

Ce sont donc 522 cartons (ancien fonds), auxquels s'aditionnent les 1 617 cartons de la deuxième partie du fonds (archives allant de 1980 au milieu des années 2000), qui sont stockés dans un entrepôt extérieur, dans Paris intra-muros. Ils sont rapatriés au compte-gouttes, par thématiques, à la Bibliothèque historique. Mais qu'y a-t-il exactement dans ces cartons ?

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Pas de projet d'exposition à l'ordre du jour, mais n’importe qui peut demander à voir ces documents, même si mettre la main sur certains peut s'avérer difficile : "Le nouveau fonds, lui, est correctement inventorié [l’inventaire a été fait en 2012 au moment du transfert des archives NDLR], mais l’ancien fonds est entré en 1987 dans des conditions chaotiques, rangé un peu en vrac dans des cartons sans aucune indication de contenu. Donc pour le moment, les 522 cartons de l’ancien fonds sont muets. On les ouvre les uns après les autres. On va les traiter, et les réunir au nouveau fonds. "

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Carole Gascard s'en félicite : l'exploitation du fonds est plus facile que ce à quoi elle s'attendait : les photographes ont tous été retrouvés et se font directement régler leurs droits d'auteurs par ceux qui veulent exploiter leurs clichés (voire, cèdent gracieusement ces droits si le projet est non lucratif). La numérisation des documents n'est pas systématique, elle se fait uniquement sur demande des usagers.

Au fur et à mesure de l'inventaire, Carole Gascard et Emilie Fromenteze , sa jeune collègue, entrent les informations dans un tableau Excel destiné à être versé dans le catalogue informatisé des bibliothèques spécialisées. Le travail est colossal. Rien que pour les affaires criminelles, les archives représentent vingt-six gros cartons, soit au moins trois mois d'inventaire : "Je serai à la retraite avant d'avoir terminé ! ", ironise la responsable photo de la bibliothèque.

Dans les gros cartons de déménagement, des cartons plus petits. Ici, ceux des affaires criminelles
Dans les gros cartons de déménagement, des cartons plus petits. Ici, ceux des affaires criminelles

"Politique, incendies, faits divers, attentats, sport, personnalités, cinéma, télévision, festivals… ", Carole Gascard décline en un souffle quelques-unes des multiples thématiques dont s'est fait l'écho France Soir durant des décennies. Du temps de Pierre Lazareff, le fondateur du journal, entre vingt et cinquante photographes contribuaient à illustrer les pages du quotidien : "Il y avait sept éditions par jour, avec des Unes différentes, mais finalement assez peu d'images ", précise Carole Gascard.

Carlos Gayoso, photographe à France Soir de 1980 à 2003, auteur de plusieurs Unes, se souvient de cette époque où, le numérique n'existant pas, il fallait réaliser de bons clichés du premier coup :

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Le reporter Jean-François Leroy, fondateur de l'unique festival mondial de photojournalisme qui se déroule tous les ans à Perpignan, "Visa pour l'image", témoigne de l'importance, mais aussi de la difficulté de sauver les archives du passé argentique du photojournalisme :

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Pour terminer, la preuve par l'image : avec Carole Gascard, nous avons tiré cinq photos des cartons.

France Soir, Fausto Coppi
France Soir, Fausto Coppi

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