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"Francis Bacon a appris la peinture à la National Gallery de Londres et pas ailleurs. C'est un autodidacte."

Francis Bacon le 10 janvier 1984.
Francis Bacon le 10 janvier 1984.
© Getty - Ulf Andersen

2003. Portrait sonore retraçant la vie et l’œuvre du peintre Francis Bacon avec la participation de nombreux spécialistes et illustré par des archives et des lectures d'extraits littéraires.

"J'ai toujours voulu - sans jamais réussir - peindre le sourire", disait Francis Bacon,  un jour de mai 1966, à David Sylvester. C'était durant l'un de leurs entretiens. "J'aime", disait-il aussi, "le luisant et la couleur qui  viennent de la bouche et j'ai toujours espéré, en un sens, être capable  de peindre la bouche comme Monet peignait un coucher de soleil". De sourires, point ; de couchers de soleil, point. Mais l'être humain,  toujours, qui a été la préoccupation incessante de Bacon, le sujet nécessaire.

"Une vie, une oeuvre" sur Francis Bacon, diffusée le 15/06/2003.

1h 27

On le sait, Francis Bacon  a peint des portraits, des autoportraits, des têtes, des corps, cabossés, dépecés, lacérés, bousculés. Et pourtant, de ces portraits, sort la ressemblance ; de ces corps, de ces cris, émanent une interrogation, et un doute permanents. Bacon, dit Daniel Lelong, son galeriste parisien, doutait toujours de son  travail. Cet autodidacte de la peinture "enregistrait", selon son  expression, toutes les perceptions que lui donnaient le monde et la vie  des gens qui l'entouraient, et il peignait les multiples souvenirs superposés de leur existence.

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Dans cette figuration choisie par lui - il  disait l'abstraction de son époque trop esthétisante pour " la tension  et l'excitation " qu'il ressentait - c'est aussi au mouvement saisi dans son essence même, que l'on est confronté. Le mouvement des corps masculins amoureux qui roulent sur des lits catafalques, le mouvement de  la chair qui parfois se liquéfie en coulées grises, le mouvement du temps qui laisse voir le spectre des cadavres sur les triptyques, le  mouvement de la peinture qui peut rendre la figure évanescente - mais c'est peut-être illusion car elle nous projette toujours avec violence  son extrême présence. Et nous, nous nous interrogeons sur ces images, sur cette nudité, sur cette vulnérabilité, sur ces métamorphoses, sur ces blessures et sur ce  sang, sur la couleur, sur les accidents de la création, sur la peinture enfin. "Faire une peinture qui ne transmette qu'elle-même", a dit Gilbert Lascaux à son propos.

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Bacon vit l'expérience de la peinture. Bacon n'est pas un intellectuel. Bacon ne lit pas Schopenhauer ou Kierkegaard. Bacon, ce qu'il fait, c'est voir des tableaux. C'est terriblement important pour comprendre l’œuvre, de voir cette référence à la peinture, une référence immanente à la peinture de Francis Bacon. Stéfan Leclercq

Bacon refuse absolument toute espèce de présence humaine dans son atelier. Et quand il peint y compris des portraits, il n'est pas question que le modèle soit dans l'atelier. Il fait faire des photos et il travaille ensuite seul dans l'atelier avec les photos. Donc le rapport au modèle est médiatisé si l'on peut dire par la photographie. Cela est vrai aussi de son côté consommateur de magazines. [...] C'est une bétonneuse ou une prodigieuse machine à malaxer de l'image et à recracher de la peinture. Phillipe Dagen