Publicité

Francis Bacon : "Moi-même, j'ai tout regardé et j'ai tout absorbé. Je suis une sorte de butineuse."

Francis Bacon en septembre 1987.
Francis Bacon en septembre 1987.
© Getty - Raphaël Gaillarde/Gamma-Rapho

1976. Francis Bacon se raconte en français dans cet entretien diffusé dans "Les après-midi de France Culture" à l'occasion de l'exposition qui lui était consacrée au Musée Cantini de Marseille. Il aborde sa relation aux autres arts, l'importance de l'instinct dans sa création et de l'ordre irrationnel.

Invité de l'émission "Les après-midi de France Culture" durant l'été 1976, Francis Bacon commence la visite de son exposition au musée Cantini de Marseille, en lançant une mise en garde, "on ne peut pas expliquer la peinture. Il y a des images qu'on peut interpréter, chaque personne peut les interpréter comme il veut. Moi, je ne les interprète jamais. Mes tableaux je ne les interprète pas mais je n'interprète pas les tableaux des autres, même je ne sais pas interpréter Rembrandt. Parce que l'art plastique c'est un côté du système nerveux qui parle tout de suite sans interprétation."

Francis Bacon, l'invité des "Après-midi de France Culture" le 12/07/1976 : "Moi-même, j'ai tout regardé et j'ai tout absorbé."

43 min

Francis Bacon et son admiration pour Picasso

Francis Bacon revient sur son parcours artistique et parle des expositions qu'il a vues à Paris, en particulier l'exposition de Picasso en 1927, qui l'a décidé de se lancer dans la peinture qu'il n'avait pourtant jamais étudiée. "Avec cette exposition, je commençais vraiment à regarder les tableaux de Picasso. [...] Je crois que Picasso était un homme qui absorbait tout autour de lui."

Publicité

Francis Bacon dit aussi son admiration pour Rembrandt, Velázquez, Cézanne. Au sujet de la période cubiste de Picasso, il révèle que ce n'est pas ce qu'il préfère chez Picasso même si c'est compliqué car "c'est un génie qui est toujours tellement intéressant". Pourtant, il lui semble que "le cubisme est une décoration sur Cézanne". Il évoque également la technique si particulière de Vincent Van Gogh, de la "violence" dans sa peinture.

Ce que Francis Bacon recherche dans les portraits

Peintre portraitiste, il explique pourquoi il aime tellement peindre des portraits, "c'est la chose la plus difficile à faire maintenant dans la peinture, de faire des traits qui ne soient pas de l'illustration complètement, c'est horriblement difficile." Il développe cette idée : "Avec la photographie maintenant, c'est tellement facile à enregistrer un portrait de quelqu'un, on peut en faire une illustration. Mais pour refaire le portrait par des taches irrationnelles,  ça rend - si ça marche et je ne sais pas pourquoi - ça rend le portrait beaucoup plus vrai et beaucoup plus ressemblant. Ce n'est pas quelque chose qui passe par l'intelligence, mais ça vous choque tout de suite sur l’instinct. Un portrait, c'est plus mystérieux si on peut le faire sans l'illustrer."

Je travaille d'une façon très accidentelle. J'aime l'ordre dans la peinture, mais la façon de laquelle je travaille c'est un ordre de l'irrationnel. C'est tout ce que je peux dire.

Puis, le peintre de l'irrationnel explique une de ses idées fixes actuelles : "Je voudrais faire la bouche comme Monet a fait les couchers de soleil. Je n'y suis pas arrivé, malheureusement." Il poursuit sa réflexion sur l'ensemble de sa peinture, "je voudrais tout renouveler, travailler d'une autre façon. Je le sais dans mon instinct, mais je ne peux pas l'expliquer." Il s'exprime sur la violence qu'il sait que l'on ressent devant ses tableaux, il lui semble ainsi évident qu' "il ne faut jamais oublier qu'un tableau ne peut pas être aussi violent que la vie elle-même, et la vie est tellement violente..."

Francis Bacon prédit la mort de la peinture

Le peintre à succès dit qu'il peint avant tout pour lui-même et il s'étonne d'ailleurs que ses toiles puissent intéresser d'autres personnes, "c'est une sorte d'accident quand qu'on a commencé à vendre des tableaux, je les ai faits pour moi-même parce que la peinture me passionne." Mais cette célébrité ne l'a pas rendu "moins solitaire" pour autant. A la fin de l'entretien, Francis Bacon livre son avis assez pessimiste sur la peinture, "peut-être la peinture va mourir" car l'art conceptuel prend le dessus sur l'art plastique.

  • "Les après-midi de France Culture"
  • Première diffusion le 12/07/1976
  • Producteur : Pierre Descargues
  • Réalisation : Martine Cadieu
  • Indexation web : Odile Dereuddre, de la Documentation de Radio France
  • Archive INA - Radio France