François Olislaeger invente la BD du futur

François Olislaeger
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François Olislaeger invente la BD du futur - #CulturePrime

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François Olislaeger invente la BD du futur

Pensionnaire actuellement à la prestigieuse Villa Médicis à Rome, l'auteur de BD François Olislaeger est en train d'y inventer la BD du futur, explosant les limites de son avatar, défrichant les pigments naturels et étendant le domaine de la bulle au réel.

"Moi j’ai envie de faire des expériences. Je ne peux pas dessiner comme l’école belge. Ça suffit !" François Olislaeger est en train d’inventer l'avenir de la BD, de défricher ses pistes d'évolution, de la faire sortir de son cadre. Actuellement pensionnaire à la prestigieuse Villa Médicis à Rome, il veut sortir la bande dessinée de ses cases, et étendre le domaine de la bulle au réel, en trois dimensions. 

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Explorer la BD en volume 

François Olislaeger : "Je cherche comment faire de la BD en volume, mais en restant dans le dessin. C’est venu d’un souvenir du statut d’un enfant qui lit un livre, le livre est plus grand que lui, et il est à l’intérieur des images, il est dans l’histoire, comme ça, submergé par le livre qui devient plus important que la réalité. Je le vois comme un livre, mais un livre qu’on peut partager aussi, dans lequel on peut circuler. La danse, on peut choisir de regarder tel ou tel danseur... C’est un peu ça que je cherche : proposer un dispositif narratif de bande dessinée, dans lequel on a le choix de sa propre lecture. Et donc qu’on soit un peu actif aussi."

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Depuis longtemps, François Olislaeger frotte la BD à d’autres expressions artistiques : 

  • la peinture et les arts plastiques, via des recherches, des ouvrages, des expositions autour Duchamp ou Magritte
  • la danse, par une collaboration avec la chorégraphe Mathilde Monnier
  • le théâtre, en croquant le festival d’Avignon pendant des années 

"J’aime bien aller voir d’autres champs, d’autres médiums. J’ai dessiné pendant huit ans du théâtre, qui est pour moi une sorte de “ready made for comics”. L’histoire est là, les décors, les costumes, les dialogues… et mon travail a été de reprendre des scènes pour les rendre intelligibles et travailler la séquence en direct, en croquis, comme un reportage. Mais le médium auquel je ne m’étais pas vraiment attelé c’est la bande-dessinée. J’ai l’impression d’être allé au cœur de ce qui fait la bande dessinée en mettant le médium vis-à-vis d’autres pratiques artistiques. Donc si on conserve cette idée de narration et de séquence, en fait c’est gigantesque comme possibilité de recherches. Quand je vais voir des représentations de Giotto par exemple, c’est de la bande dessinée, sur les vitraux, les histoires des saints, c’est de la bande dessinée aussi."

Exploser les limites de son avatar

En explorant l’art de la BD, François Olislaeger explose les limites de son avatar : son personnage d’“Ernest”, le fil rouge de son oeuvre, qu'il a élaboré dans le plus pur héritage de l’école belge, de laquelle il s'émancipe pour mieux se retrouver dessiner lui-même. 

"J’ai eu l’occasion de faire une exposition avec ce personnage qui sortait de la planche en deux dimensions, pour passer ensuite dans notre monde réel en trois dimensions. Et pour ce faire, j’ai demandé à ce qu’on me fasse un masque de ce personnage, un masque en cuir, que je pouvais mettre, et qui m’a permis de l’enlever. Qu’est-ce que c’est qu’un personnage, qu’est-ce que c’est que moi-même ? C’est très dur. J’ai dû demander à des amis de me dessiner, pour voir comment ils me voyaient. J’ai regardé aussi Van Gogh__, comment il avait fait ses autoportraits. Il y a aussi un début de recherche de nouvelles façons de dessiner. Parce qu’on passe quand même de la ligne claire à quelque chose de plus sensible, de plus ouvert, plus intuitif, plus pictural aussi, avec l’utilisation du pinceau.”

Peindre l'intimité de la nature

Cette recherche vers la peinture se fait chez Olislaeger grâce à la représentation de la nature, dont il mime l’intimité, avec des pigments d’origine végétale venus du Japon. Pendant des mois, il a peint une image de fleur par jour, diffusée notamment sur son compte Instagram ( @francoisolislaeger). 

"On passe d’une représentation d’arbre à des vibrations de végétation par exemple. Et donc la question là était juste de retrouver le geste pour accéder au mouvement de la plante. Ce sont les nouvelles questions que je me pose, plutôt que la représentation de la plante comme on l’a appris… Il y a une sorte d’urgence à protéger quelque chose qui disparaît, un peu comme les Impressionnistes, au moment de l’industrialisation, qui ont décidé violemment de représenter ce qui était encore sauvage. Mais c’est aussi l’idée de la vie qui continue, de regarder pousser une plante. Et c’est vraiment fascinant en fait de voir aussi les changements de couleur, parce que ça commence par du rouge comme le sang, et puis la feuille qui sort, on regarde où elle va pour attraper la lumière. Voilà. Le départ de ma journée, c’est ça souvent."

Après la génération de la maison d'édition L’Association, qui, avec Christophe Blain, Joann Sfar ou Nicolas de Crécy a revendiqué et obtenu un vrai statut de créateur pour les auteurs de BD, l'enjeu pour eux est aujourd'hui de faire face à un marché foisonnant, avec plus de 5 000 nouveautés publiées par an rien qu’en France. 

"C’est un moment intéressant et dangereux parce qu’il y a beaucoup, beaucoup de propositions. Je pense qu’il se passe des choses très intéressantes en bande dessinée, peut-être parce qu’on lui fout la paix aussi à ce médium, parce qu’il est discret. Je le vois vraiment comme une mauvaise herbe, tranquille. Il y a un rapport direct de auteur à lecteur, en intimité avec le livre. On n’est pas obligé d’être dans une exposition. Il n’y a pas non plus trop d’argent en jeu - malheureusement pour les auteurs - parce qu’il n’y a pas non plus le "star system" comme il y en a dans l’art contemporain ou dans la musique. J’aime bien cette discrétion." 

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A lire
Ecolila, de F. Olislaeger, Actes Sud BD, nov. 2019 

  • Merci à la Villa Médicis et Isabelle Baragan