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Françoise Dolto : "C'est le non-dit qui marque le corps"

Françoise Dolto en 1988.
Françoise Dolto en 1988.
© AFP - Ulf Andersen / Aurimages

1986. A l'occasion de la parution en 1986 de son livre "Enfances", un récit de souvenirs écrit à la demande de sa famille, Françoise Dolto parle de sa vocation pour la psychanalyse appliquée aux enfants et témoigne de sa propre enfance au sein d'une famille nombreuse, dans l'émission "Agora".

Invitée pour parler de son dernier livre paru en 1986, "Enfances", Françoise Dolto explique s'être toujours sentie "questionnée" par les enfants.

Je continue d'être tout le temps questionnée par tout et en particulier par les enfants, leur comportement qui est toujours langagier et qu'il faut décoder pour comprendre ce qu'ils veulent nous dire et en même temps par leurs vraies questions quand en paroles ils nous en posent qui sont toujours surprenantes et auxquelles on a trop vite fait quand on répond : "Tu es bête , c'est comme ça !" Mais non... Les adultes, nous prenons les choses comme si ça allait de soi, mais ça ne va pas de soi du tout.

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Selon la psychanalyste, il est important que les enfants se rendent compte que "les adultes ne savent pas" ce qu'il y a après la mort et qu'"ils font avec cette interrogation qui n'a pas de réponse". Pour l'enfant, c'est un tournant indispensable que de découvrir "la faille" qu'il y a dans le "tout savoir" de l'adulte afin qu'il fasse son propre chemin.

Je crois que c'est un tournant dans la vie d'un enfant quand il s'aperçoit de la faille qu'il y a dans le "tout savoir" de l'adulte que jusque-là était absolument impensable : les parents savent tout. Ils sont "tout-sachant" et "tout puissant".

Françoise Dolto invitée de "Agora" sur France Culture le 11/11/1986.

27 min

D'avoir d'autant plus d'amour, que l'enfant a de la déception : c'est cela que j'ai compris étant jeune, cette compassion pour des parents qui restent merveilleux en étant si faibles.

Françoise Dolto clôt l'entretien en insistant sur l'importance du langage chez les enfants même s'ils ne parlent pas. La maladie est un langage, explique-t-elle, et si des mots n'y sont pas mis, elle laisse des traces qui plus tard pourront se réveiller.

La relation à la mère est une relation de langage qui s'inscrit par la santé ou la mauvaise santé dans le corps de l'enfant. Le psychique et le somatique sont absolument liés : c'est un langage inscrit dans la santé ou dans la maladie et qui est fantastiquement important avant le langage parlé. Le langage parlé quand il est juste et qu'il dit à l'enfant ce qui le concerne, ça lui permet de survivre aux épreuves. Autrement, il est obligé de manifester l'épreuve par le langage du soma, c'est-à-dire par la maladie.

  • "Agora" 
  • Première diffusion le 11/11/1986
  • Production : Paule Chavasse
  • Indexation web : Odile Dereuddre, de la Documentation de Radio France
  • Archive INA - Radio France