Franz Boas, un anthropologue contre les théories racistes de son époque

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Franz Boas, "père de l'anthropologie américaine" contre les dogmes racistes de son époque

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Honni par les nazis, admiré par Lévi-Strauss, Franz Boas, père de l'anthropologie américaine, a contredit toutes les théories racistes de son époque. Voici son histoire.

C’est “le père de l’anthropologie américaine". Franz Boas a contredit les théories scientifiques racistes de son époque, basées sur l’étude de crânes et établissant une hiérarchie des races.  

Honni par les nazis, modèle pour Lévi-Strauss, il a changé notre regard sur ce qu’on appelait les peuples “premiers”.  

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En 1907, le Congrès américain charge Franz Boas d’étudier l’impact de l’immigration et du brassage ethnique sur la morphologie des Américains. Boas compare des données anthropométriques de 17 000 immigrés juifs et italiens, mesure des crânes et des fémurs.
 

Camille Joseph, historienne de l'anthropologie : "On supposait que ce crâne avait non seulement une forme fixe à l’échelle d’un groupe racial, mais qu'en plus il se transmettait héréditairement. Boas a démontré que c’était une erreur et que même le crâne bougeait, ce qui rendait caduques toutes les théories racistes de l'époque. Toute volonté de classer l'humanité dans des groupes est complètement illusoire car ce qui prévaut c’est la variation et la diversité, y compris dans des groupes qu’on suppose homogènes."

Au contact des peuples du Baffin

Né en 1858 dans une famille juive allemande, Franz Boas s’intéresse d’abord à la géographie. En 1883, il part en expédition en terre de Baffin, dans l'archipel Arctique, pour cartographier et étudier le rapport des Inuits avec leur territoire polaire.

Camille Joseph :"Il était frappé par leur capacité à déjouer certains préjugés très courants à l’époque, notamment leur incapacité à se repérer dans leur territoire. Il leur fait dessiner des cartes et il se rend compte que loin d’être incapables de cette représentation dans l'espace, ils en ont en fait un autre qui n'est pas moins rationnelle ou logique que la cartographie moderne occidentale."
Franz Boa décrit leurs techniques de chasse, note leurs chants et réalise que leur société est “saturée de culture”.

Installé aux États-Unis, Franz Boas travaille pour le Musée d’histoire naturelle de New York. Il fait venir des danseurs kwakiutl à l’Exposition universelle de Chicago, dans des mises en scènes folkloriques.  

Contre la hiérarchie des civilisations

En 1899, il obtient la première chaire d’anthropologie du pays, à l’université Columbia. Boas s’oppose à ses confrères qui cherchent à classifier les types raciaux et à hiérarchiser les civilisations.  

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Pour eux, les sociétés européennes industrielles seraient l’aboutissement de ce cette évolution, tandis que les peuples dits “primaires” seraient un vestige du passé.

Camille Joseph : "C’est ça qui est propre à l'anthropologue boasienne : loin de regarder la diversité humaine d'un point de vue surplombant et de faire de grande théories comparatives pour retracer l’évolution de l'humanité de ces stades simples à ces stades complexes, Boas lui, réduit l' échelle et plonge à l'intérieur de ces cultures. Il choisit de les étudier du point de vue de ceux qui la font. Toute cette hiérarchie entre primitifs et civilisés commence à s'ébranler au contact de ces populations.

Engagé politiquement, Boas prend la défense des Noirs aux États-Unis et alerte sur la montée de l’antisémitisme dans les années 1930. Les nazis brûlent ses livres, niant ses travaux, revenant plus d’un siècle en arrière.  

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Boas forme toute une génération d’anthropologues comme Ruth Benedict, Margaret Mead ou Edward Sapir.

Il décède subitement en 1942, en présence de Lévi-Strauss qui l'admirait. L'intellectuel français lui rendra hommage avec ces mots : "Nous avons vu s’éteindre sous nos yeux, non seulement le maître vénéré de notre discipline mais le dernier parmi ces géants de l’esprit que le XIXe  siècle sut produire et comme on n’en verra jamais plus."

Camille Joseph : "Plutôt que de chercher à définir des cultures et à dire après 'toutes ces cultures se valent', du point de vue de Boas, ce n'était pas tellement la question. Son point de vue était plutôt de montrer que les cultures avaient des liens entre elles. C'est ce point de vue non essentiel et non fixiste qui prévalait chez lui. Ce souci de toujours regarder les choses en rapport avec les autres.