Fukushima: Comment traiter l'eau radioactive ?

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Fukushima: Comment traiter l'eau radioactive ?

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Fukushima: l'usine flottante russe de décontamination "Sourouzane"
Fukushima: l'usine flottante russe de décontamination "Sourouzane"
© Reuters

L'usine flottante russe de décontamination "Sourouzane"

05 avril 2011 - Tepco fait appel à la Russie en lui demandant l'envoi à Fukushima Daiichi de l'usine flottante "Sourouzane" de décontamination (photo à gauche) utilisée par les Russes pour le démantèlement des sous-marins nucléaires. Cette demande fait suite à la décision, le 4 avril, de rejeter 11 500 tonnes d'eau faiblement contaminée dans le Pacifique. Une barge japonaise de stockagea également été évoquée.

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Fukushima: Annonce rejet en mer
Fukushima: Annonce rejet en mer

Thierry Charles , directeur de la sécurité des usines à l'Institut de radioprotection et de sureté nucléaire (IRSN) nous indique que ce rejet radioactif était inévitable. Il s'agit de faire le la place dans les systèmes de stockage d'eau de Fukushima afin de pouvoir y recueillir l'eau fortement radioactive qui s'échappe des réacteurs de la centrale et qui gène le travail des "liquidateurs".

Pour Thierry Charles, il existe trois techniques de décontamination de l'eau fortement radioactive:

La filtration - Cette opération physique permet de récupérer les particules radioactives en suspension dans l'eau à l'aide de filtres très fins.

**La réaction chimique ** - Par échange d'ions avec des résines ou par précipitation, les réaction chimiques permettent de récupérer les éléments dissouts dans l'eau radioactive, comme les sels de Césium.

Point
Point
© Radio France

La solidification - En chauffant l'eau radioactive, elle s'évapore et on récupère par condensation une partie de l'eau, faiblement radioactive, que l'on peut rejeter à la mer. Le reste, très fortement radioactif, peut être solidifié dans du béton ou du verre.

Fukushima au bord de mer
Fukushima au bord de mer
© Reuters

Dans les trois cas, une installation est nécessaire. Et elle n'est pas présente à l'intérieur d'une centrale nucléaire en activité comme celle de Fukushima. D'où la demande de Tepco à la Russie d'une usine flottante, solution plus rapide à mettre en oeuvre que la construction d'une installation dans la centrale.

** Pas plus de 15 minutes dans la centrale**

Fukushima workers
Fukushima workers
© Radio France

La décontamination de l'eau radioactive est donc devenue indispensable dans l'usine de Fukushima Daiichi.Dans les bâtiments, se trouve un mélange d'eau de mer provenant du tsunami, d'eau de mer provenant de l'arrosage initial par les canons à eau de mer et d'eau douce provenant de fuites des circuits de refroidissement réutilisés. Au final, ce mélange émettrait une radioactivité très forte de 1 sievert par heure, soit 1000 millisierverts/h.De quoi limiter fortement le temps de présence de chaque employé à l'intérieur de la centrale. En effet, le Japon a fixé à 250 millisieverts par an la dose maximale reçue par chaque liquidateur. Soit deux fois et demi la valeur internationalement admise de 100 millisieverts pour des interventions en temps de crise. Des valeurs à comparer au 20 millisieverts par an que ne doivent pas dépasser les personnels travaillant dans les centrales nucléaires, et aux 2 millisieverts par an qui sont la limite pour le grand public. En 15 minutes, les employés de Fukushima reçoivent la dose annuelle maximale adoptée par le Japon. Ils atteindraient la dose internationale en 6 minutes et en moins de 2 minutes celle des travailleurs du nucléaire... Et personne ne peut assurer aujourd'hui que les employés, dont seuls les chefs d'équipe sont équipés de compteur geiger, respectent ces contraintes.

** 10 m3 par heure et par réacteur** Une telle situation résulte des opérations d'urgence menées par Tepco depuis trois semaines. Pour parer au plus pressé, refroidir les cœurs de réacteur et les piscines de stockage, l'opérateur injecte environ 10 mètres cube d'eau par heure et par réacteur dans la centrale. Soit quelque 20 000 tonnes d'eau déjà déversée. Tous les réservoirs de stockage sont pleins, comme les tranchées, et l'eau qui provient des fuites actuelles des réacteurs se révèle de plus en plus radioactive. Preuve, pour les experts, que des fuites existent dans les cuves de réacteur, en particulier du N°2. Cela signifie que l'eau chargée de refroidir directement les cœurs, dont trois pourraient être en fusion partielle, ressort dans le bâtiment du réacteur.

** Course contre la montre** Après les risques de fusion des cœurs de réacteur, avec la formation du fameux corium, c'est donc désormais l'eau radioactive qui met Tepco dans une situation de course contre la montre. Il faut continuer à refroidir les cœurs en injectant de l'eau qui alimente l'inondation des bâtiments et les rend peu accessibles par les équipes d'intervention. Ce qui ralentit les travaux. Tepco reste donc sur le fil du rasoir, ses solutions induisant de nouveaux problèmes. Comme le dit l'IRSN, la situation est qualifiée de "stabilisation dynamique". Un peu comme celle d'un patient qui survit grâce à une perfusion ou une assistance respiratoire...

M.A.