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Fukushima: Pourquoi les Japonais ne font-ils pas appel à des robots d'intervention?

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Fukushima - Lances à incendie
Fukushima - Lances à incendie
© Radio France

24 mars 2011 - Environ 600 personnes travailleraient sur la centrale de Fukushima pour tenter de maîtriser les réacteurs 1, 2, 3 et 4. Ils s'agit de poursuivre le branchement électrique qui a commencé cette semaine mais aussi de continuer l'arrosage des réacteurs afin d'éviter leur surchauffe. Mercredi 23 mars, un incendie s'est déclaré dans le réacteur n°3 avec un dégagement de fumée noire. Le personnel a dû être évacué pendant plusieurs heures, retardant les opérations de branchement et de test électrique. Le même jour, deux tremblements de terre de magnitude 5,8 et 6 ont ébranlé le nord-est du Japon où se situe la centrale.

Question: Pourquoi ne pas utiliser des robots pour protéger les hommes?

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Honda: robot Asimo
Honda: robot Asimo
© Radio France

Une telle question semble d'autant plus pertinente que le Japon est le pays de la robotique. Depuis les années 1970 et 1980, les usines automobiles nippones regorgent de robots de tout type pour souder, peindre ou assembler les voitures. Mais d'autres industries comme l'horlogerie ont également développé des robots, à l'image de ceux de Seiko. Dans ce domaine, les Japonais font figure de maîtres incontestés et ils ont balayé la concurrence américaine, allemande, italienne ou française. Aujourd'hui, la bataille s'est déplacée de l'industrie manufacturière à l'activité de service avec, notamment, l'assistance aux personnes âgées. Et les firmes japonaises rivalisent de créativité pour créer des robots humanoïdes capables de servir un être humain, de l'assister et de le surveiller.A l'image d'Asimo, le célèbre robot anthropomorphe d'Honda. La réponse à la question est simple et révélatrice:

Réponse: Les Japonais ne disposent pas de robots d'intervention dans les centrales nucléaires Rodolphe Gélin, responsable du programme de robot humanoïde Roméo chez le fabricant français Aldebaran Rototics, est bien placé pour l'affirmer. Il a en effet travaillé au CEA pour développer de tels robots et il connaît donc bien les contraintes particulières posées par les environnements irradiés. "Un robot classique ne résiste pas aux forts rayonnements car ses composants électroniques, ses capteurs, tout comme ses caméras qui s’obscurcissent, ne peuvent travailler dans un tel environnement" , explique-t-il. Il faut donc développer des robots dits "durcis" dont les composants résistent aux fortes radiations. En France, le CEA a investi dans de tels engins comme le montre cette vidéo:


L'explication d'un tel dénuement des Japonais est probablement à chercher du coté de l'économie. Tous les opérateurs nippons de centrales nucléaires, comme Tepco qui possède celle de Kukushima Daiichi, sont privés. Or, le développement de robots d'intervention dans les centrales nucléaires est coûteux et de tels engins ne semblent pas faire partie des marchés porteurs en matière de robotique. C'est peut-être la raison du désintérêt nippon pour ce domaine d'application de la robotique. A Fukushima, ils auraient pourtant pu se révéler précieux pour économiser les doses de radiations reçues par les opérateurs humains. Le Japon devrait ainsi se retourner vers la solidarité internationale. Dès le 18 mars, Areva, EDF et le CEA ont annoncé l'envoi de 130 tonnes de matériel à Fukushima. Dans le lot, se trouvent des robots télécommandés permettant d'intervenir sans exposer les hommes aux radiations. Ces matériels provenant du Groupement d'intérêt économique d'intervention robotique sur les accidents nucléaires (GIE Intra) sont capables d'évoluer en milieu irradiant, en intérieur comme en extérieur, et de réaliser des travaux publics sur site (pelle mécanique, bulldozer) ou des gestes techniques complexes, comme la récupération de débris, du balisage ou des prélèvements, selon EDF. Ils peuvent aussi enregistrer des vidéos et les transmettre.

** Refus des autorités japonaises** Néanmoins, une dépêche AFP du 21 mars 2011 indique que "les autorités japonaises ont décliné l'offre française d'envoi de robots spécialisés pour intervenir dans la centrale nucléaire accidentée de Fukushima, jugeant ces engins "inadaptés" à la situation" selon l'Autorité de sûreté nucléaire française (ASN). "Jusqu'à présent, les demandes japonaises d'aide ont été extrêmement réduites. Par exemple, le Japon n'a pas donné suite à l'offre d'aide française d'envoyer des robots, en disant que les robots étaient inadaptés" , a expliqué le président de l'ASN, André-Claude Lacoste. La réaction japonaise a de quoi surprendre. Fierté nationale mal placée? Refus justifié par l'état de la centrale? Il est étonnant que ce rejet se produise a priori, sans même avoir reçu et tenté d'utiliser les robots français spécialement conçu pour fonctionner en milieu irradié.

Fukushima: La pompe à béton chinoise munie d'un bras de 62 mètres
Fukushima: La pompe à béton chinoise munie d'un bras de 62 mètres
© Radio France

Fukushima: La pompe à béton chinoise munie d'un bras de 62 mètres ©Radio France

Le Japon ne parait pas, non plus, disposer de matériel d'arrosage adapté au refroidissement externe des centrales nucléaires. Leur nécessité, elle, ne fait pas de doute. Ainsi, un canon à eau réquisitionné par les Etats-Unis et utilisé en Australie par l'entreprise américaine Bechtel, a été acheminé par avion Hercules. Il peut projeter 150 litres d'eau par seconde à une distance de 150 mètres. L'engin le plus spectaculaire va venir de Chine. Il s'agit d'une pompe à béton de l'entreprise Sany munie d'un bras articulé de 62 mètres de long qui pourrait se révéler précieux pour atteindre les piscines de combustibles usés qui ont également besoin d'eau de refroidissement. ( Détails de ces opérations).

Mise à jour du 29 mars 2011:

Le Monirobo mesure la radioactivité à distance
Le Monirobo mesure la radioactivité à distance
© Radio France

Monirobo mesure la radioactivité à distance

Les informations que nous communique Aristarque (voir ci-dessous son message) sont précieuses et nous permettent de compléter cet article. Néanmoins, il semble que les robots développés par le Nuclear Safety Technology Center au ministère japonais de l’Éducation ne soient destinés qu'à la mesure des radiations à distance. Un exemplaire de ce "Monirobo" serait arrivé sur les lieux le 18 mars. Il est probablement très utile pour mesurer la radioactivité dans les zones qui ne disposent pas des capteurs préinstallés par Tepco (il y en aurait une dizaine en différents lieux de la centrale). Un second Monirobo pourrait se charger de mesures chimiques.

Le robot 510 Packbot d'iRobot
Le robot 510 Packbot d'iRobot
© Radio France

Le robot 510 Packbot d'iRobot

Aristarque nous signale également l'envoi de robots construits par la firme américaine iRobot..Il s'agit de 4 robots militaires dont deux sont des prototypes. Deux des robots sont des 510 Packbots destinés à l'observation à distance à l'aide d'une caméra embarquée et qui peuvent désamorcer des bombes... Les deux autres sont des 710 Warrior pouvant soulever des charges de 100 kg. Le personnel d'iRobot a travaillé 24 heures non-stop pour adapter ces modèles, destinés aux champs de bataille en Irak ou en Afghanistan, aux contraintes des milieux irradiés. iRobot est plus célèbre pour ses robots aspirateurs Roomba et Scuba, très civils puisqu'ils automatisent le nettoyage des pièces grâce à une mise en mémoire de la géométrie des lieux.

Le robot 710 Warrior d'iRobot
Le robot 710 Warrior d'iRobot
© Radio France

Le robot 710 Warrior d'iRobot

Le second type de robot, le 710 Warrior, peut poser des bombes soulever des charges lourdes pour dégager des routes et assurer des missions de reconnaissance et de surveillance. Il semble qu'iRobot ait pris seule l'initiative d'expédier ces quatre robots vers le Japon. Reste à savoir si les Japonais vont les juger "adaptés" à la situation de la centrale de Fukushima, assez sensiblement différente de celle d'une champ de bataille traditionnel. Néanmoins, après avoir refusé l'aide proposée par le CEA, EDF et Areva, le Japon vient d'en faire la demande. Un revirement qui s'inscrit dans une organisation décidément très surprenante des opérations de réparation...