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Gainsbourg, Gainsbarre, source d'inspiration de rappeurs français

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Mc Solaar, à gauche, a signé en 2017 un morceau intitulé "Super Gainsbarre". Et pour le jeune rappeur français Lord Esperanza, "Gainsbourg est un génie". Photo en 2019 à Budapest.
Mc Solaar, à gauche, a signé en 2017 un morceau intitulé "Super Gainsbarre". Et pour le jeune rappeur français Lord Esperanza, "Gainsbourg est un génie". Photo en 2019 à Budapest.
© AFP - Thomas Samson / Attila Kisbenedek

Trente ans après la disparition soudaine du compositeur et interprète, son héritage se ressent encore, aussi, dans les boucles musicales et le goût de la rime et de la frime de certains rappeurs.

Le 2 mars 1991, Serge Gainsbourg disparaissait d'une crise cardiaque foudroyante, alors qu'il était seul chez lui, à Paris. "L'homme à la tête de chou" a laissé une immense influence musicale, avec des héritiers de longue date et reconnus comme Étienne Daho, Alain Bashung ou Benjamin Biolay. Et des plus jeunes comme Yelle. Sans oublier des artistes étrangers réunis en 2006 dans la compilation Monsieur Gainsbourg Revisited : Portishead, Franz Ferdinand ou Placebo. Chez les rappeurs français, très tôt, Mc Solaar s'en est brillamment inspiré, et aujourd'hui encore, certains ne l'oublient pas. Quand le site whosampled.com a recensé 177 samples de Serge Gainsbourg, qui aimait lui aussi à s'inspirer, à sampler presque, de grands compositeurs (Chopin, Dvořák, Beethoven).

"C'est un génie" pour Lord Esperanza

Trente après la mort de celui qui a laissé une discographie de référence avec 17 albums studio entre la fin des années 50 et celles des années 80, la jeune génération de rappeurs n'est pas en reste. Lord Esperanza a 24 ans. Il a découvert Gainsbourg sur des vinyles, avec son père. Et "l'homme à la tête de chou" ne l'a plus lâché :

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Lord Esperanza explique en quoi Serge Gainsbourg l'a inspiré : texte, sens de la rime, rapport à la provocation et à l'image.

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C'est un génie. Pour ses textes d'abord, je pense au morceau Aux armes, etc., toujours détourner des morceaux célèbres pour faire des joutes verbales et venir créer un petit noeud dans la tête. L'avant-gardisme, ses thématiques, son sens de la rime aussi. Je pense à ce live avec Michel Berger où ils échangent tous les deux autour d'un piano et qu'il joue Sans aucun préTexte et qu'il met en place des rimes sur les ex "parce qu'il est important que cela sonne", comme il le dit. Et dans un troisième temps, son rapport à la provocation, en tout cas à l'image et à toutes ses différentes phases, de Gainsbourg à Gainsbarre. La cigarette, les lunettes, mais aussi l'attitude en général, clairement parfois contestable et qui dans d'autres cas relève du génie, parce que toujours à la limite et en même temps qui vient questionner des dogmes bien trop instaurés pour ne pas les titiller.

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Hyacinthe, jeune rappeur parisien, dit lui aussi avoir été inspiré par Gainsbourg. Même si indirectement :

Je pense que j'ai écouté pas mal de gens qui eux-mêmes ont été influencés par lui. A travers par exemple Étienne Daho et Benjamin Biolay, des enfants directs de Gainsbourg. Le format de ses chansons m'a frappé, assez peu commun déjà à l'époque, peu axé autour de refrain quand on écoute les albums, avec des structures assez originales. Et il n'y a pas tant d'artistes aussi populaires avec des textes aussi fouillés, radicaux et aussi abstraits, qui demandent d'être attentifs. Variations sur Marilou ou Comme un boomerang par exemple.

Beaucoup de critiques musicaux font aussi un parallèle entre le Belge Damso et le père de Melody Nelson, pour son art de raconter des histoires.

Des pionniers de longue date avec Solaar, IAM ou 113 

Il suffit d'écouter des albums cultes de rappeurs français des années 90 pour que l'influence de Gainsbourg saute aux oreilles. Dès fin 1993, Mc Solaar frappe très fort avec Nouveau Western et sa boucle reprise à Bonnie and Clyde. Son titre devient un tube, qui reste jusqu'au printemps 2014 au Top 50. Dans un podcast pour Vanity Fair, le journaliste Christophe Conte estime toutefois que "l'antécédent du rap originel de Gainsbourg est quand même [dès 1968] le breakbeat de Requiem pour un con, qui a été finalement presque la matrice du rap en lui-même. Ce morceau, que l'on doit plutôt à [l'arrangeur] Michel Colombier, amène une rythmique qui va être copiée, samplée plusieurs fois". IAM reprend d'ailleurs à sa sauce cette boucle dans Hold-up Mental, en 1997. Et l'année suivante, le groupe 113 sample La valse de Melody Nelson dans Les Evadés.

Mais dans ce même podcast, la journaliste Constance Dovergne rappelle que les premiers à avoir samplé Gainsbourg furent les Américains de De la Soul. En 1991, dans Talkin' Bout Hey Love et dans Not Over till the Fat Lady Plays the Demo. Avant l'année suivante un Français resté méconnu : Destroy Man, incluant du Je t'aime moi non plus dans J'suis auch.

Les mélodies et les textes inspirent les rappeurs, mais aussi selon Christophe Conte "le fait que très tôt Gainsbourg parle plus qu'il ne chante", et son personnage multi facettes, en marge, aux limites aussi parfois du bling-bling. En 2012, Alkpote va jusqu'à s'autoproclamer "Gainzbeur", au son d'une boucle de Sea, sex and sun, et lance : 

Chuis le côté diabolique de Serge Gainsbourg. Je connais le diagnostic mais j'espère que les médecins se gourrent. Sers moi un verre de vin rouge dans la piscine. Chuis le nouveau Serge Gainsbourg sans Jane Birkin.

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Et en 2017, MC Solaar a bouclé la boucle dans son album avec Super Gainsbarre, hommage, écrit cette fois, à l'univers de l'artiste. Dans une interview à Pure Charts, il expliquait :

C'était pour montrer que Gainsbourg ça ressemble parfois aux rappeurs. Il y a les petits pépés, la malette de billets, l'arrogance avec l'épisode de Whitney Houston, une fascination pour les mondes glauques, des chansons sur la drogue, les armes... Les rappeurs américains ils ont ça. On dirait qu'il avait le comportement d'un rappeur avant la lettre. Il était bien en avance sur l'ego trip.

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