Garder les yeux ouverts en découvrant l’histoire de "L’ange" de Mona et Bruno Boudjelal

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Garder les yeux ouverts en découvrant l’histoire de "L’ange" de Mona et Bruno Boudjelal

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Captation d'écran du film L'ange  de Mona et Bruno Boudjelal réalisé à la demande des Mots de minuit (France Télévisions)
Captation d'écran du film L'ange de Mona et Bruno Boudjelal réalisé à la demande des Mots de minuit (France Télévisions)
- Bruno Boudjelal

Culture Maison. Pendant le confinement, l’agence Vu a mis en ligne des images que ses photographes réalisaient à leur rythme, là où ils/elles se trouvaient, réunies dans une série intitulée "Garder les yeux ouverts".

Marie Richeux, productrice de l’émission Par les temps qui courent, vous propose de vous attarder sur le travail de Bruno Boudjelal, et particulièrement sur le dernier objet posté : L'ange_,_la forme hybride, sonore, visuelle, d’une correspondance triangulaire entre un père, une fille et un ange.

On ne peut ignorer la demande de l’ange

Qui exige la réalisation d'une image ? Celui qui la fait ? L’image elle-même ? Le réel peut-être ? A quel appel répond celui qui appuie sur le déclencheur ? Bruno Boudjelal connaît certainement la profondeur de ces questions, lui qui raconte souvent combien la vocation de photographe lui est tombée dessus par hasard. On lui mit un appareil dans les mains alors qu’il entreprenait son premier voyage en Algérie, sur les traces d’une histoire aussi intime que politique. Il n’y connaissait rien, et la guerre civile rendait impossible la moindre innocence dans les rues algériennes. Bruno Boudjelal a donc commencé par faire des images impossibles. Pourtant, c’est ce petit appareil - et l’incongruité qu’il représentait dans l’Algérie de 1993 - qui lui permit de franchir de justesse un barrage policier, et rentrer avec une puissante série d’images.

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Des années plus tard, et une carrière de photographe tout à fait installée, Bruno Boudjelal se réveille un matin de printemps 2020 troublé par un drôle de rêve. Il y rencontrait l’ange déterré dans le jardin de la maison un temps prêtée son père, et dans laquelle il avait vécu avec sa famille en banlieue parisienne. L’ange demandait pourquoi il n’avait toujours pas été secouru, pourquoi cette promesse n’avait-elle pas été tenue ? Persuadé qu’il est impossible d’ignorer l’appel de l’ange, le photographe entame alors une conversation sonore et visuelle avec sa fille Mona - confinée dans une autre ville - qui avait l’habitude, enfant, de parler tout bas au petit ange de pierre.

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Des jours heureux aux jours intranquilles 

Cette vidéo-correspondance clôt une série de photographies publiée régulièrement sur le site de l’agence VU pendant le confinement. Elle est composée d’images de Bruno et Mona Boudjelal auxquelles viennent s’adjoindre les œuvres d’autres artistes comme Andreï Tarkovski ou Claude Lévêque, montées avec les voix entrelacées du père et de la fille. Le montage, signé Mona Boudjelal n’oublie pas les silences, qui miment le temps de réponse entre deux missives. 

A la demande de l’ange succède rapidement la demande du père : il faut retourner sur les lieux de l’enfance, il faut libérer l’ange prisonnier du grand-père, qui avait brutalement récupéré la maison et fait disparaître la statue. Il faut le faire remonter (au ciel ?) par le truchement d’une autre oeuvre d’art, découverte au musée d’histoire de Saint-Denis. Tandis que le père expose ses plans, Mona évoque le visage de « l’ange heureux », et nous le découvrons sur un petit Polaroïd tandis que dans la voix de la jeune femme on distingue le mot : « dange…reux ». 

« J'ai eu tort, je suis revenue, dans cette ville au loin perdue, où j'avais passé mon enfance. » La chanson de Barbara plane et avec elle, le danger que l’on court toujours à revenir sur les lieux du souvenir. A l’écran, le ciel est sombre, les nuages se déplacent très lentement - est-ce le printemps 2020 ou la Seine-Saint-Denis d’il y a quinze ans ?

Ce chemin vers les origines, Bruno Boudjelal l’a emprunté bien des fois. C’est une des lignes de forces de son travail, qu’il s’agisse de ses origines à lui, ou celles des personnes en exil dont il fait souvent le portrait. En reprenant la demande de l’ange, en la transmettant à sa fille Mona, Bruno Boudjelal la décale un peu, crée de l’espace, espace que la fille finit par refuser d’occuper. « Il ne faut pas se retourner » : c’est elle qui a le dernier mot, et le final cut.

Jour de deuil / La Noue (France, Bagnolet,  28 Avril 2020)
Jour de deuil / La Noue (France, Bagnolet, 28 Avril 2020)
- Bruno Boudjelal

Les anges ne font que passer, l’enfance aussi 

Il y a toujours quelque chose qui file dans les photographies de Bruno Boudjelal et fait sentir le « maintenant ou jamais » de l’image, son urgence et sa nécessité. Son journal de confinement, dont une partie est publiée sur le site de l’Agence Vu (et le tout bientôt exposé en Belgique), montre des êtres de la ville - Paris, Bagnolet, Montreuil - , silhouettes et visages rencontrés dans la promenade quotidienne et que l’attention du photographe sort de l’obscurité. Rien n’est ralenti, mais soudain tout est visible. La plupart des yeux sont clos, comme ceux des morts, ou comme ceux de l’homme qui rêve d’un ange, d’un jardin, d’une enfance, d’une amie perdue, ou d’une nuit enfin passée à l’abri.

Voilà des années que le travail de Bruno Boudjelal interpelle et bouleverse. C’est une chance, pour nous, regardeurs et regardeuses, qu’il ait eu le désir de garder trace de cette période-là. Une chance pour nous que sa fille Mona ait répondu à la première missive. Que déciderons-nous dans quinze ans, quand un ange de pierre nous visitera et nous demandera de rallier les lieux réels ou rêvés de nos confinements respectifs ?

Backstage
1h 01
Par les temps qui courent
59 min

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